Champions League: Liverpool ou Real Madrid, qui sera sacré ?

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Mohamed Salah et Cristiano Ronaldo, un duel qui promet des rebondissements ce soir.

Mohamed Salah et Cristiano Ronaldo, un duel qui promet des rebondissements ce soir.

Le grand jour est arrivé. Les amateurs de foot l’attendaient avec impatience. Ce soir, à 22h45, heure locale, le Real Madrid et Liverpool s’affronteront. Une finale qui promet d’importants rebondissements à Kiev. Les yeux seront rivés sur les joueurs phares que sont Mohamed Salah et Cristiano Ronaldo. Mais au-delà des joueurs et des équipes, c’est aussi deux entraineurs qui sont en duel : Jürgen Klopp et Zinedine Zidane.

Real Madrid: Zidane, une immense soif d’apprendre

Zinedine Zidane (à g.) a suivi une formation de niveau bac + 4 pour devenir entraîneur du Real Madrid.

Est-ce vraiment de la magie ou le fruit d’une méthode patiemment élaborée ? L’incroyable réussite sur le banc du Real Madrid de Zinédine Zidane, joueur légendaire dont la reconversion au métier d’entraîneur avait suscité un profond scepticisme au départ, ne doit rien au hasard.

«Il y a sa qualité d’entraîneur, de meneur d’hommes, et tout ce qu’on sait de lui, mais il y a aussi sa réussite. Elle l’avait un peu quittée en début de saison mais il la retrouve grâce à cette Ligie des Champions. C’est formidable !» s’enthousiasme auprès de Gernot Rohr, son ancien entraîneur à Bordeaux (1996).

Certes, son équipe a bénéficié d’une décision arbitrale avantageuse lors des derniers instants du quarts de finale retour contre la Juventus Turin (3-0, 3-1), ou encore de deux buts «cadeaux» en demies face au Bayern Munich (2-1, 2-2) alors que ses joueurs n’ont jamais semblé autant au bord de la rupture...

Mais difficile de réduire la réussite de ‘Zizou’ à de la chance, comme le soulignent ses détracteurs.

L’origine de sa recette gagnante s’explique aussi simplement que celle de n’importe quel étudiant déterminé à apprivoiser son futur métier : une formation de cinq ans et une immense soif d’apprendre.

«J’ai arrêté l’école très tôt, je me devais de me préparer. J’ai bien fait de prendre le temps avant de me lancer là-dedans parce qu’aujourd’hui, je vois la complexité que c’est pour être performant», observait «ZZ» en mars dernier, lors de son retour au Centre de droit et d’économie du sport de Limoges (CDES).

Nommé directeur sportif du Real Madrid en juillet 2011, après une «coupure» de quelques années avec le milieu à la suite de son «coup de boule» en finale du Mondial-2006, Zidane a suivi la formation de niveau BAC+4 dédiée aux anciens sportifs de haut niveau.

«Le président du Real lui avait dit: Il faut que tu te formes à l’économie, la gestion, le management, raconte Jean-Pierre Karaquillo, fondateur du CDES. Il n’est pas venu en disant : ‘Je suis Zinédine Zidane et vous allez me prendre’ mais plutôt: ‘Je vous dépose mon dossier, je sais que je peux ne pas être pris’».

Absent seulement une fois lors des 14 sessions de trois-quatre jours de formation, l’étudiant «Zizou» impressionne le directeur par son «humilité» et sa «conscience professionnelle extraordinaire»: «C’est une éponge ! Il retient tout, incorpore de manière très intelligente des données dont il sait que ça va lui servir, tous les outils dont il a besoin pour y arriver.»

L’odeur du terrain lui manque vite, et il devient adjoint de Carlo Ancelotti lors de la «Decima» du Real en 2014, avant de passer N°1 de la réserve la saison suivante, pour faire ses armes. Une façon de procéder «remarquable pour un homme aussi connu et représentatif», salue pour Guy Lacombe, l’homme qui l’a fait éclore au centre de formation de l’AS Cannes à la fin des années 1980... avant de devenir son formateur au métier d’entraîneur près de 30 plus tard !

«Je sais très bien comment fonctionne un vestiaire, j’y ai passé plus de 20 ans. Et ça m’a facilité beaucoup de choses» : au-delà de ses innovations tactiques, l’entraîneur Zidane a rapidement impressionné, une fois devenu coach du Real en janvier 2016, par sa capacité à transformer un groupe en perte de confiance en machine à gagner, avec deux C1 et une Liga remportés en deux saisons.

Comment ? Grâce «à une autorité naturelle» et une «finesse psychologique», nécessaires par exemple pour obliger l’hyperactive star Cristiano Ronaldo à se ménager avant les grands rendez-vous... «Lorsqu’on est allé au FC Bruges, les éducateurs devaient prendre le pouls des joueurs avant et ils ont remarqué que lorsque (Zidane) avait pris l’équipe, chaque joueur avait augmenté sa fréquence cardiaque de 15 pulsations», raconte Guy Lacombe.

Mais son succès tient-il uniquement à «son management de joueur» plutôt qu’à sa science tactique ? Son sens des coaching gagnant, avec notamment les entrées en jeu décisives de Marcos Asensio face au PSG ou au Bayern, l’utilisation d’Isco en N°10 pour naviguer entre les lignes, ou le recours au 4-3-3 classique pour mettre en orbite la «BBC» (Bale-Benzema-Ronaldo) montrent, selon Lacombe, qu’«il fait attention aux joueurs qu’il a pour être capable de changer d’organisation».

Liverpool: Klopp, une finale gagnée et cinq perdues

Salah et Klopp auront un challenge éminemment supérieur face au Real Madrid.

Il a réveillé la légende oubliée de Liverpool, son équipe fait rugir le public des Reds et son parcours en Ligue des champions fait des envieux dans toute l’Europe. Mais Jürgen Klopp a un fâcheux défaut : ses équipes ont (presque) toujours perdu en finale. Pendant 45 minutes, il avait pu y croire. À la mi-temps de la finale d’Europa League 2016, face au Séville d’Unai Emery, le Liverpool qu’il commençait à construire menait 1-0, aurait pu inscrire deux autres buts et semblait bien parti pour emporter le trophée. Et puis la malédiction a rattrapé Jürgen Klopp, finalement défait 3-1.

L’Allemand de 50 ans n’a gagné qu’une seule de ses six finales, en Coupe d’Allemagne en 2012 avec le Borussia Dortmund (5-2 face au Bayern Munich). Depuis, une défaite en finale de Ligue des champions (2013), deux en finale de Coupe d’Allemagne (2014, 2015), une en Coupe de la Ligue d’Angleterre (2016) et donc l’Europa League 2016 ont fini d’asseoir l’embarrassante légende du perdant magnifique, beautiful loser par opposition au statut de normal one que revendiquait l’Allemand à son arrivée à Liverpool, en 2015.

«Le fait est qu’à chaque fois, hormis contre Séville, son équipe était le challenger, pas le favori», plaide Raphael Honigstein, auteur de Bring the noise, une biographie fouillée de la rockstar de Liverpool. «Il n’est pas un entraîneur ‘challenger’ par essence, mais les équipes qu’il a coachées étaient de ce niveau. Le Borussia ne pouvait être durablement compétitif par rapport au Bayern Munich, poursuit-il. Et Liverpool n’a pas la puissance financière des deux Manchester.»

Les Reds ont pourtant réussi à éliminer sans sourciller le puissant Manchester City, pour atteindre les demi-finales de la Ligue des champions (3-0, 2-1). Mais en finale, le challenge est encore supérieur, face à un Real au ratio inversement proportionnel à celui de Klopp : 12 victoires en 15 finales, dont les 6 dernières (1998, 2000, 2002, 2014, 2016, 2017).

Cela n’empêche pas les Madrilènes d’être méfiants. Toni Kroos, qui a rencontré sept fois une équipe coachée par son compatriote quand il jouait au Bayern Munich, n’a remporté qu’une seule des confrontations : «C’est toujours difficile de jouer ses équipes», a-t-il prévenu tandis que Zinédine Zidane a salué, avec son flegme habituel, «un formidable entraîneur».

«Il l’a déjà démontré à Dortmund, qu’il a pris en main il y a longtemps pour faire un travail formidable, et ce qu’il est en train de faire à Liverpool, pas seulement en Ligue des champions mais aussi en championnat... Respect», a encore expliqué l’entraîneur du Real.

Les états de service de Klopp sont en effet spectaculaires. Joueur médiocre à Mayence, il passe sur le banc à 34 ans, en 2001, un peu en dernier recours, et conduit le club jusqu’à l’élite pour la première fois de son histoire, en 2005.

Passionnant consultant TV lors du Mondial-2006, le grand (1,93 m) blond aux joues mangées par une barbe négligée rend ensuite à partir de 2008 son lustre au Borussia Dortmund à l’aide d’une tactique ébouriffante : pressing à la gorge et contres foudroyants, jusqu’à un improbable doublé Coupe-championnat d’Allemagne en 2012 au pays du Bayern Munich, déjà coiffé en 2011.

Et après sept années magnifiques à Dortmund, marquées aussi par la finale de Ligue des champions atteinte en 2013 (et... perdue contre le Bayern, 2-1), l’Allemand charismatique, aux célébrations insensées, a relevé le défi qui l’attendait à Liverpool. Avec succès jusqu’ici.

«C’était la bonne personne pour le poste, c’était clair même avant qu’il n’arrive», observe Raphael Honigstein. «Sa façon de faire conviendrait dans d’autres clubs, mais il aime davantage ce genre de club, et ce club aime davantage ce genre d’entraîneur. Il est capable de mettre l’ensemble du club, l’ensemble de la ville en mouvement, pour créer quelque chose, quelque chose qui lui permet, même sans être la meilleure équipe, de battre les meilleures équipes», ajoute-t-il.

Au point de battre le terrible Real Madrid ? Après tout, la dernière fois que ce dernier a perdu une finale de Ligue des champions, c’était certes il y a 37 ans, en 1981, mais c’était face à Liverpool.

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