Affaire Lutchigadoo: «Une leçon à retenir pour les policiers»

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Kusraj Lutchigadoo (sur la photo de g.) et Ashish Dayal à l’issue de leur interrogatoire aux Casernes centrales le samedi 19 mai.

Kusraj Lutchigadoo (sur la photo de g.) et Ashish Dayal à l’issue de leur interrogatoire aux Casernes centrales le samedi 19 mai.

Le fait que trois policiers sont soupçonnés d’avoir aidé Kusraj Lutchigadoo et Ashish Dayal à sortir du Vacoas Detention Centre a choqué plusieurs membres de la force policière. Pour eux, c’est un acte condamnable et impardonnable mais c’est aussi une leçon à retenir.

«Cela démontre une certaine frustration. Car, bien souvent, ce sont des personnes victimes de transferts punitifs qui se retrouvent à travailler dans les centres de détentions, à la Special Supporting Unit ou à la Special Mobile Force», explique un policier. «Pa gété si dimounn ena konpétans, pran dimounn brik a brak. Voilà le résultat», confie un autre policier.

Akashsing Goomany, Jacques Henry Augustin et Amitsing Narain ont recouvré la liberté conditionnelle ce mardi 22 mai. Ils ont payé une caution de Rs 7 000 et ont signé une reconnaissance de dette de Rs 100 000.

Qui sont-ils ?

Akashsing Goomany, un habitant de Highlands âgé d’une vingtaine d’années, a intégré la force policière en 2015. Jacques Henry Augustin, aussi âgé d’une vingtaine d’années, domicilié à Floréal, est, lui, devenu policier en 2010. Il travaillait au poste de police de Curepipe avant d’être affecté au centre de détention de Vacoas.

Pour sa part, Amitsing Narain, un habitant de Rose-Belle âgé d’une trentaine d’années, a été affecté à la Special Mobile Force, au poste de police d’Eau-Coulée, entre autres avant d’atterrir au centre de détention de Vacoas.

Des mots peu élogieux ont été dits à propos de ces policiers qui se retrouvent en eaux troubles dans le cadre de l’escapade du détenu Kusraj Lutchigadoo. Un de leurs ex-collègues avance que leur performance a souvent laissé à désirer.

Une famille qui a toujours défrayé la chronique

Les périples de Kusraj Lutchigadoo hors du centre de détention de Vacoas seront évoqués au Parlement, aujourd’hui. Le député bleu Guito Lepoigneur voudra connaître du ministre mentor, sir Anerood Jugnauth, dans quelles circonstances ce détenu a pu quitter ce centre, le 23 avril. Dans la région de Bassin, où ils habitent, le nom de cette famille est connu, mais pas toujours pour les bonnes raisons. Les avis des voisins divergent. Car ce n’est pas la première fois que ce nom défraie la chronique à Maurice…

«C’est une famille tranquille, qui n’a pas d’histoires», fait savoir une personnalité très en vue de la région. La famille Lutchigadoo était ses voisins et a déménagé quelques rues plus loin récemment. Kusraj Lutchigadoo  est issu d’une fratrie  de six enfants. Le père, s’est donné la mort par pendaison. «Zot tou inn al lekol. Ena enn ki ena enn klib spor aster. Zame inn gagn problem», poursuit notre interlocuteur. L’arrestation de Kusraj Lutchigadoo, en avril dernier, était un choc pour lui. Mais son avis n’est pas partagé par tous les habitants.

L’histoire de la famille est loin d’être calme. En 2004, Gita Lutchigadoo avait été arrêtée pour escroquerie, dans le sillage de l’affaire du notaire Vinay Deelchand. Elle était accusée d’avoir escroqué Rs 400 000 d’un enseignant, en lui vendant un terrain qui avait déjà été vendu. Par la suite, plusieurs autres affaires lui avaient été imputées.

Son nom avait été cité par Jeetendra Jhungee, un SDF qui était sous le coup d’une surveillance policière lorsque cette affaire a éclaté. La fille de Gita Lutchigadoo, Saraswatee, avait aussi été arrêtée pour «conspiracy to commit forgery». Mère et fille travaillaient dans le cabinet du notaire incriminé.

D’autres personnes qui ont côtoyé la famille, affirment que Gita Lutchigadoo serait connue comme escroc. L’un d’eux a même failli se faire avoir. «Il y avait un terrain à vendre, elle m’avait affirmé que la parcelle de terre lui appartenait», confie-t-il. Il était sur le point de conclure l’affaire lorsqu’il a appris que le terrain appartenait à une compagnie.

«C’était quelqu’un qui pouvait mettre un panneau ‘À Vendre’ sur n’importe quel terrain, avec son numéro de téléphone, sans problème», poursuit cet interlocuteur. D’ailleurs, à maintes reprises, des gens venaient réclamer leur argent à Gita Lutchigadoo lorsqu’ils se rendaient compte qu’ils se sont fait berner. Les fils les chassaient avec violence, affirme-t-on dans la région. Et d’ajouter que la police avait déjà embarqué les fils Lutchigadoo à la suite de bagarres. Depuis que les Lutchigadoo ont déménagé, le lieu où habitait la famille est devenu une maison de retraite.

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Comment ce détenu a-t-il pu quitter le centre de détention de Vacoas «pour prendre l’air» ? Avec la complicité de policiers et d’amis. Retrouvez notre série d’articles ainsi que notre vidéo retraçant toute cette affaire.

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