Homicide involontaire, absentéisme, agression: pourquoi les policiers se font licencier

Avec le soutien de
La police, avec ses 13 000 membres, est la plus grande institution de la fonction publique.

La police, avec ses 13 000 membres, est la plus grande institution de la fonction publique.

Drogues, vols, absence inexpliquée, voire même homicide. Ils sont 35 policiers à avoir reçu leur feuille de route, d’octobre 2015 à mai 2018, tandis que 38 de leurs collègues ont été suspendus depuis décembre 2016, après divers délits. C’est ce que fait état le document déposé par le ministre mentor sir Anerood Jugnauth au Parlement, vendredi.

Ce document comprend une liste des raisons qui ont poussé les autorités à sanctionner ces policiers. Si dans 26 cas, les policiers ont été licenciés pour longue absence au travail, sans la permission du commissaire de police, certains, dans d’autres cas, ont été reconnus coupables par la cour et la Disciplined Forces Service Commissions (DFSC) n’a eu d’autre choix que de les congédier.

Homicide involontaire

À titre d’exemple, en décembre 2016, un constable a été trouvé coupable d’agression avec préméditation. Pendant la même période, un autre policier affecté à la Western Division a été condamné à 18 mois de prison pour vol. Un jeune policier encore en formation, affecté à l’époque à la Southern Division, a également été licencié après avait été reconnu coupable d’homicide involontaire.

Toujours selon la liste déposée au Parlement, trois autres policiers ont été condamnés, l’année dernière. L’un pour vol de voiture alors que le deuxième pour en possession d’héroïne. Un autre agent affecté au port a été sanctionné pour vol. Au début de cette année, deux autres policiers ont été remerciés par la DFSC. L’un d’eux devra purger une peine de 27 ans pour meurtre et l’autre a été poursuivi sous quatre chefs d’accusation, notamment pour conspiration et pour avoir prêté des uniformes de la police à des individus dans le but de commettre un acte malveillant.

Parmi les 38 policiers suspendus depuis 2016 pour divers délits, seize sont impliqués dans des affaires liées au trafic ou à la consommation de drogue. Cinq autres policiers ont été suspendus pour des affaires de mœurs.

L’inspecteur Jaylall Boojhawon, président de la Police Officers Solidarity Union, concède que ces chiffres paraissent impressionnants. Mais il fait une autre analyse. «Beaucoup de policiers sont démotivés. Ils quittent donc la force policière pour le privé où les conditions d’emploi sont meilleures. De plus, les hors-la loi sont mieux équipés que les policiers. Ces derniers sont donc découragés. Beaucoup attendent leur performance bonus», déclare l’inspecteur. Or, alors que ce bonus n’est accordé que chaque deux ans, nombreux sont ceux qui ne l’obtiennent pas.

Concernant les policiers accusés ou condamnés pour divers délits, il explique que le pourcentage est faible comparé aux 13 000 agents qui représentent la force policière. «Au sein de la fonction publique, c’est une institution avec le plus grand nombre d’employés. C’est normal que l’on entend plus souvent parler de policiers impliqués dans des délits. De toute façon, ce sont des accusations. Il faut les prouver», ajoute-t-il.

Enquête approfondie

Toutefois, il reconnaît qu’il faut revoir le système de recrutement en faisant des enquêtes approfondies sur les postulants. Il estime que parmi les nouvelles recrues, il y a également certains qui ne deviennent pas policiers par vocation.

Du côté de la DFSC, un officier de cet organisme, également chargé de recrutement, affirme que lors du dernier exercice, un psychologue était parmi les interviewers. «Il y a eu beaucoup de candidatures qui n’ont pas été retenues en raison de problèmes psychologiques. Il est vrai qu’autrefois, l’on n’avait pas la compétence au sein du board pour savoir quelles sont les recrues qui ont un problème d’alcool ou de drogue. Il leur a fallu que quelques mois au sein de la police pour qu’ils montrent leur vraie nature. C’est probablement la source du problème», déclare notre interlocuteur. Cependant, après le rejet de plusieurs candidatures en se fondant sur le rapport du psychologue, indique-t-il, la police a dû faire face à plusieurs critiques.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires