Mili: apprendre les langues et le calcul par le jeu

Avec le soutien de
Hajra Maleck, géographe et conceptrice de «Mili».

Hajra Maleck, géographe et conceptrice de «Mili».

Les gens que l’on croise laissent indéniablement une empreinte sur nous. Dans le cas de Hajra Maleck, géographe aujourd’hui à la retraite, c’est George Limfat qui a eu cet effet sur elle, lui mettant la puce à l’oreille quant à la conception d’un jeu.

«C’était dans les années 80. Georges Limfat, connu comme Ah Thai, me disait que je devais faire quelque chose pour que les enfants mauriciens puissent avoir un jeu sur Maurice. Sans le savoir, il avait semé la petite graine dans ma tête», écrit-elle par mèl de La Réunion, où elle vit depuis son mariage.

Hajra Maleck est originaire de la rue de l’Église, à Port-Louis. Lorsque la grande maison familiale où vivent ses parents et sa famille élargie est détruite par le cyclone Carol, les Maleck vont s’installer à la rue Enniskillen. Bien qu’étant fort occupé, le père de cette aînée de la famille, commerçant à la rue La Corderie, fait répéter à ses quatre enfants leurs leçons.

«Le jeu aiderait l’enfant à acquérir les bases de la lecture de carte, du calcul, des langues, tout en découvrant le pays de manière ludique.»

Depuis qu’elle est petite, Hajra Maleck ressent le besoin d’expliquer, de transmettre aux autres ce qu’elle sait. Après une scolarité primaire à l’école de Taherbagh, c’est au Queen Elizabeth College qu’elle poursuit ses études secondaires. Elle apprécie les mathématiques, certes, mais voue une passion à la géographie qui «me faisait découvrir le pays, le monde et me faisait comprendre les phénomènes naturels, géomorphologiques et météorologiques. Je me voyais bien enseignante de mathématiques et surtout de géographie».

Lorsqu’elle réussit son Higher School Certificate, elle obtient un emploi comme enseignante de géographie au collège Lorette de Rose-Hill (LCRH). Ses élèves sont en Form V. Elle insiste pour enseigner également les mathématiques jusqu’en Form V. Dans le but de se perfectionner davantage en géographie, elle étudie en vue d’obtenir le London External Degree en la matière. Et, pour sa dernière année d’études, elle part pour l’Angleterre et réussit l’examen final.

«J’aurais aimé que le jeu soit pris comme un outil pédagogique dans chaque école et que les enseignants mauriciens comme réunionnais l’utilisent en classe. Comme c’est un jeu convivial, il peut être joué par parents et enfants.»

À son retour, elle choisit de rester au LCRH, car elle sent que l’établissement est au service des élèves les moins favorisées. Elle entraîne chaque année ses élèves à Albion ou à Pointe-aux-Caves pour étudier le phénomène de l’érosion. Les élèves qui suivent ses classes de mathématiques obtiennent des 1 et des 2 en la matière à l’examen de Cambridge. Dans son désir d’actualiser ses connaissances, elle postule pour une bourse du Commonwealth et l’obtient en Inde auprès de l’université de Delhi, où elle étudie et décroche son M.Phil en sciences de l’éducation.

De retour au pays en 1980, elle caresse le rêve de travailler sur une politique de langues dans les écoles de Maurice. Mais c’est sans compter l’amour qui est venu frapper à sa porte. «Je n’avais aucune intention de quitter Maurice, mais je me suis mariée en 1984 et je me suis retrouvée à La Réunion.»

Comme son diplôme anglais ne lui donne pas l’équivalence pour une maîtrise, elle suit des cours et obtient une licence et une maîtrise en anglais auprès de l’université de La Réunion. Après quoi, elle enseigne l’anglais au lycée Jean Hinglo pendant 16 ans ; et ce, jusqu’à sa retraite en 2007. Elle en fait de même au lycée de Bellepierre. Hajra Maleck a aussi l’opportunité d’enseigner l’histoire-géographie à la section européenne au lycée de Bellepierre.

De ses 14 ans d’enseignement au LCRH, elle conserve d’heureux souvenirs, comme son premier voyage en avion où elle avait accompagné à Nairobi et Mombassa une élève qui avait remporté une compétition du Commonwealth. Elle n’a pas non plus oublié sa lutte en compagnie du syndicat des enseignants des collèges confessionnels, qui militaient pour une égalité de salaires avec leurs homologues des collèges d’États lorsque l’éducation a été déclarée gratuite en 1977.

Appelée à dire pourquoi elle a attendu si longtemps pour concevoir Mili, qui signifie «gagner» en hindi, elle explique qu’en réalité, elle a fait un premier essai qui ne s’est pas soldé comme elle l’entendait. «Lorsque George Limfat m’a mis cette idée en tête, durant les semaines qui ont suivi, j’avais trouvé le nom du jeu, soit Mili, qui est une contraction des premières syllabes de Mimi, le sobriquet que l’on me donnait lorsque j’étais petite et de Li Yee, le prénom de la fille de George Limfat.»

D’ajouter : «Au fil des semaines, je voyais ce qui convenait : une carte de Maurice avec les routes que les joueurs allaient emprunter et des endroits à visiter et pendant qu’ils sont en route, des cases jaunes et des cartes jaunes les éloignent ou les rapprochent du but. Ainsi, l’enfant apprendrait à s’orienter, tout en découvrant des lieux. Puis, j’y ai ajouté un deuxième jeu qui, lui, ferait calculer les distances et un troisième qui est un quiz sur le pays. Le jeu aiderait l’enfant à acquérir les bases de la lecture de carte, du calcul, des langues, tout en découvrant le pays de manière ludique.»

Elle dessine la carte de Maurice et comme elle vit à La Réunion, elle se dit qu’il faut qu’elle fasse aussi une carte de l’île soeur. Seules les langues différencient les deux pays. Hajra Maleck fait fabriquer le jeu, sauf que la production prend du retard. À la livraison, elle est une maman active qui n’a pas le temps de commercialiser Mili. Elle confie cette vente à un commerçant qui fait par la suite faillite.

C’est à sa retraite qu’elle a décidé de relancer Mili, réactualisant les routes, révisant les cartes à questions et rendant bilingues – anglais et français – les cartes jaunes et celles à questions. Elle est pressée de faire imprimer son jeu, mais vit quelques péripéties avant de tomber sur le bon imprimeur, qui n’est autre que Caractère Ltd. Et c’est la Souris Verte qui distribue Mili.

Hajra Maleck avait prévu de lancer son jeu à Maurice pour le 50e anniversaire de l’Indépendance du pays, mais n’a pu le faire. C’est le 3 mai, lors de la Journée mondiale du livre, qu’elle y est parvenue. Mili est disponible dans les grandes surfaces de Maurice à Rs 940.

Quid de sa commercialisation à La Réunion ? Elle attend que les formalités administratives soient approuvées pour le lancer à l’île soeur. «J’aurais aimé que le jeu soit pris comme un outil pédagogique dans chaque école et que les enseignants mauriciens comme réunionnais l’utilisent en classe. Comme c’est un jeu convivial, il peut être joué par parents et enfants.» Bien que Réunionnaise d’adoption, elle est profondément Mauricienne. «La Souris Verte m’a parlé de Rodrigues. Je ne dois surtout pas oublier les Rodriguais.» Il n’y a pas à dire: Mili est un jeu qui ira loin.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires