Programme Goal: autonomiser les adolescentes afin qu’elles trouvent leur voie

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Des élèves de la Swami Sivananda Secondary School, mercredi 16 mai, lors d’une classe d’éducation physique à laquelle est intégré le programme Goal.

  Des élèves de la Swami Sivananda Secondary School, mercredi 16 mai, lors d’une classe d’éducation physique à laquelle est intégré le programme Goal.  

À chacune de ses visites au pays, la Mauricienne Roselyne Renel, Global Head, Enterprise Risk Management à la Standard Chartered à Londres, marraine du programme Goal dans le monde, se rend sur le terrain pour voir l’évolution du projet. Mercred 16 mai, elle s’est rendue à la Swami Sivananda Secondary School, avec des employées de la banque qui s’occupent de Goal à Maurice.

Mais bien avant leur arrivée dans cet établissement scolaire, une classe de Form II était réunie dans le gymnase de l’école sous la houlette du chef de département d’éducation physique, Bernard Joseph. Ce jour-là, le thème du programme Goal, qui a été inséré dans le cours d’éducation physique du jour, était le «labelling» ou comment le fait de coller des étiquettes aux autres peut poser des difficultés dans la vie. Le volley-ball était le medium utilisé.

Les filles de la classe portaient, pour cet exercice, des pancartes autour du cou sur lesquelles on pouvait lire un nom moqueur ou dénigrant, comme «Zako», «Gro Néné», «Tempo», «Lalo», «Brinzel». En leur apprenant les techniques de volley-ball, Bernard Joseph leur a enseigné, dans la foulée, qu’elles devaient faire peu de cas de ces appellations dénigrantes et des préjugés et qu’elles ne devaient pas les utiliser en retour.

L’aisance avec laquelle il a animé son cours, mercredi, n’était pas celle des débuts du programme Goal dans ses cours d’éducation physique, en 2016. «Au commencement, c’était un peu difficile car l’éducation physique est devenue une matière notée à l’examen de Cambridge. Il a fallu en plus insérer Goal dans le programme. Je craignais de ne pouvoir le faire. Mais j’ai vite réalisé que Goal, qui utilise le sport comme médium d’enseignement, est complémentaire au curriculum de l’éducation physique.»

Elles étaient 28 filles de Form II à suivre le programme Goal en 2016. Bernard Joseph a réalisé que ce programme et celui de l’éducation physique ont des points en commun. «Il y a d’abord le jeu comme point commun. Ensuite, dans le sport, on apprend le fair-play, le travail d’équipe. On apprend à accepter les épreuves et à les gérer mais aussi à encaisser la défaite la tête haute. Le sport développe l’estime de soi, est bon pour la santé, permet de maîtriser les émotions et l’agressivité. Autant d’éléments que l’on retrouve dans les thèmes du programme Goal, qui vise à autonomiser les filles de tous les milieux.»

Changement de comportement

En 2017, elles étaient 108 filles de Form II, dont une classe prévocationnelle à suivre Goal. Cette année, ce sont 98 filles des classes de Form II qui en bénéficient. D’un point de vue personnel, le chef de département d’éducation physique déclare que le programme a développé sa créativité. «J’ai dû faire preuve de créativité pour insérer les thèmes du programme dans mes cours mais après deux ans, je suis plus sûr de moi et je connais mieux le programme.»

Concernant les bénéficiaires, il dit avoir noté des progrès. «Il y a des choses qu’elles savaient mais sans trop y penser. Mais elles ne savaient pas comment réagir face à certaines situations, notamment lorsqu’elles se faisaient dénigrer par rapport à leur physique ou autre. Le plus gros changement que j’ai noté, c’est qu’elles sont beaucoup plus aptes à s’exprimer. Elles communiquent davantage, que ce soit en classe ou avec l’enseignant. Certaines arrivent à parler ouvertement de leur situation d’enfants issus de familles en difficulté. Certaines viennent même me parler des problèmes qu’elles rencontrent à la maison ou encore de leur problème de santé, ce qu’elles n’auraient jamais fait avant.»

Et bien que le programme Goal ait commencé en retard cette année, soit en mars en raison des jours chômés (les fortes pluies et les cyclones), Bernard Joseph se dit surpris par leur joie de vivre. «Avant, le sport pour elles, c’était apprendre des techniques. Là comme le sport et ses techniques sont associés aux thèmes de Goal (confiance en soi, leadership, santé, droits) déclinés comme un jeu, elles sont contentes de venir au gymnase. Elles veulent savoir quel thème les attend la semaine prochaine. Elles participent davantage et avec entrain.»

Les filles elles-mêmes reconnaissent avoir changé. Léane (prénom modifié), 12 ans, dit entrer dans une folle colère lorsqu’elle vit des situations où elle se sent lésée. «J’ai envie de tout casser. Comme je ne peux le faire, je m’enferme dans ma chambre.»

Depuis qu’elle suit le programme Goal, elle trouve qu’elle est moins colérique. «Mon caractère s’est amélioré. Et puis, j’ai appris à connaître mes droits, à ne pas accepter la violence. J’ai appris des tas de choses, même si ça ne veut pas sortir là devant vous.»

Son amie, Emilie (prénom modifié), vient d’un environnement difficile. Grâce au programme Goal, Emilie dit avoir su quels étaient ses droits, avoir appris le respect des règles en groupe et le respect des autres. Mais par-dessus tout, elle a davantage confiance en elle.

Oublier le passé

Sunita (prénom modifié), fille unique, avoue avoir longtemps souffert du rejet. «À l’école primaire, les filles de ma classe me mettaient de côté en raison de mes performances scolaires. Elles me disaient que je n’étais qu’une bonne à rien. Aujourd’hui, depuis que je suis à la SSS de Bambous et avec Goal, j’arrive à mettre le passé derrière moi. J’apprends à mieux me connaître et à communiquer avec n’importe quelle personne, chose que je ne pouvais faire avant.»

Neha (prénom modifié), avait, elle, honte de dire qu’elle est épileptique. Une maladie déclenchée après une querelle avec une camarade. «J’étais tellement stressée que j’ai fait une crise.» Même si elle et son amie ont renoué, elle a eu d’autres crises par la suite. «Depuis que nous avons commencé Goal, j’arrive à en parler. J’avais aussi un esprit négatif et une idée de suicide me trottait en tête. Mon oncle m’a sermonnée. Avec Goal, j’arrive à mieux comprendre ce que je ressens, à mieux me connaître. Je me sens plus en confiance et je peux parler de ma maladie sans avoir honte ou peur. Akoz sa program-la sa…»

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