Dr Praveen Ramdaursingh: «Ce qui tue les nouveau-nés, c’est la désorganisation des hôpitaux»

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Dr Praveen Ramdaursingh, gynécologue-obstétricien.

Dr Praveen Ramdaursingh, gynécologue-obstétricien.

Alors que la mortalité infantile a considérablement diminué ces dernières décennies, le nombre de décès des tout-petits reste élevé. Pourquoi ? Le gynécologue Praveen Ramdaursingh pointe les carences de la santé néonatale.

Deux bébés de moins d’un mois meurent chaque semaine. Pourquoi est-il encore «risqué» de naître à Maurice ?

Il n’est pas tout à fait juste de dire qu’il est risqué de naître à Maurice, tout dépend à qui l’on se compare. Si on le fait avec les pays les plus avancés, comme Singapour ou le Japon, c’est effectivement alarmant : les bébés nés à Maurice ont dix fois moins de chance de survie. Mais, comparés au pays de la région, on s’en sort très bien.

À Maurice, huit nourrissons sur 1 000 meurent dans leurs 28 premiers jours de vie. C’est deux fois moins qu’à Madagascar, quatre fois moins qu’aux Comores. Donc, il faut nuancer.

Comment interpréter ce taux, alors ?

L’idée à retenir, c’est que les progrès réalisés à Maurice sont trop lents. Surtout avec les moyens dont nous disposons. Il y a eu de réelles avancées durant les dernières décennies, mais insuffisantes.

En 2000, Maurice s’était engagé à ramener la mortalité des enfants de moins de cinq ans à sept pour 1 000 naissances vivantes. C’était «l’objectif du millénaire» pour 2015. En 2018, nous sommes encore à 13 pour 1 000, presque le double. C’est mauvais, nous sommes en retard.

«Ces morts sont évitables. Des bébés meurent parce que les protocoles du ministère de la Santé ne sont pas respectés.»

Où porter les efforts en priorité ?

Sur la mortalité néonatale, qui correspond à la tranche d’âge d’un jour à quatre semaines. C’est la période la plus dangereuse de la vie de l’enfant, particulièrement à Maurice où les deux tiers des enfants de moins de cinq ans qui décèdent sont des nouveau-nés. Le plus rageant, c’est que la majorité de ces décès pourrait être évitée.

De quoi meurent ces bébés ?

Il y a deux façons de répondre à cette question. D’un point de vue strictement médical, les principales causes des décès sont la prématurité, les complications au moment de la naissance et les infections, septicémies, pneumonies… On sait soigner tout ça.

La seconde réponse possible, c’est de se pencher sur les causes profondes de ces décès. On constate alors que les nourrissons ne périssent pas seulement de troubles médicaux. Beaucoup meurent en raison de la désorganisation des hôpitaux.

C’est fort comme propos…

C’est la réalité, croyez-en mon expérience. Cela fait 30 ans que j’exerce, dont 25 dans le public. Cette réalité, nous devons la changer pour donner à chaque enfant une chance de vivre.

Les cliniques sont-elles plus sûres ?

Pas forcément. Des nombreux dysfonctionnements existent aussi dans le privé, même s’ils sont moins visibles.

Remettez-vous en cause la qualité des soins ?

Je remets en cause l’accompagnement des femmes enceintes. C’est un problème structurel. La formation initiale des médecins et des sages-femmes qui travaillent à l’hôpital est de bonne qualité. Ce qui est dommageable, c’est l’absence de formation continue. Il faut bien comprendre une chose : la qualité des soins ne dépend pas de l’université où le médecin a étudié. Ni du fait que les ressources et les services existent bel et bien, mais aussi de leur bon fonctionnement. C’est sur ce point qu’il faut progresser. Vous pouvez avoir du personnel diplômé disposant de matériel performant, si personne ne sait s’en servir, ça ne sert à rien.

«Le pays manque à son devoir, celui de protéger les êtres les plus jeunes et les plus vulnérables. Il est urgent d’en prendre conscience, le temps presse.»

Ce n’est, donc, pas une question de compétences médicales…

Non, c’est une affaire d’organisation. Personne n’a le temps, la durée moyenne de consultation est inférieure à deux minutes. Poser le bon diagnostic, dans ces conditions, relève du miracle. Les patientes ont aussi leur part de responsabilité. Certaines attendent leur cinquième mois sans règles avant de faire une première échographie. Que ce soit par ignorance ou pour cacher leur grossesse, elles font courir des risques au bébé.

Au rythme actuel, un millier de nouveau-nés mourront dans les dix prochaines années. Comment éviter cette tragédie ?

Encore une fois, ces morts sont évitables. Des bébés meurent parce que les protocoles du ministère de la Santé ne sont pas respectés. Pendant l’accouchement, la règle, c’est une sage-femme par patiente, contre une pour trois ou quatre dans les faits. Des bébés meurent aussi par manque de suivis médicaux. Le cas typique, c’est le médecin qui prescrit des analyses de sang, revoit la patiente deux semaines plus tard, mais sans les résultats, introuvables…

Des choses élémentaires pourraient donc faire la différence…

Absolument. Si les spécialistes de garde – gynécologues, pédiatres, anesthésistes – passaient la nuit à l’hôpital, de nombreuses vies seraient épargnées. Mieux diagnostiquer les patientes à risques est un autre levier pour faire reculer la mortalité néonatale. Environ 10 % des femmes enceintes sont diabétiques et 15 % souffrent d’hypertension artérielle. Ces grossesses exigent un parcours de soin spécifique, le suivi d’une équipe, faire confiance à l’intelligence collective. Ce n’est pas ce qui prévaut à l’hôpital. Il faut voir comment les jeunes médecins traitent les sages-femmes…

Tous ces facteurs cumulés finissent par tuer. Au final, le pays manque à son devoir, celui de protéger les êtres les plus jeunes et les plus vulnérables. Il est urgent d’en prendre conscience, le temps presse.

Chaque semaine :

• entre deux et trois bébés sont mort-nés

• deux nouveau-nés meurent avant l’âge d’un mois

• un bébé meurt entre son premier mois et son premier anniversaire

Sources : ministère de la Santé, Statistics Mauritius

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