Hausse des prix des produits pétroliers: «Sa bann-la pomp nou disan!»

Avec le soutien de
Marchands et chauffeurs de taxi s’élèvent contre cette hausse.

Marchands et chauffeurs de taxi s’élèvent contre cette hausse.

«Des jours meilleurs sont devant nous. En attendant, nous devons tous collaborer…» Enième appel du ministre de l’Industrie et du commerce, Ashit Gungah, suivant la hausse des prix des produits pétroliers, mardi 15 mai. 

Reste que, cette décision du Petroleum Pricing Committee, est passée de travers. Les consommateurs suffoquent depuis que l’essence est passée à Rs 52 – contre Rs 47,30 en décembre – et le diesel à Rs 41,90 contre Rs 38,10. Ce qui représente une hausse de Rs 4,70 et Rs 3,80 respectivement. Même l’opposition a condamné cette mesure, Xavier-Luc Duval allant jusqu’à déposer une «motion of disallowance» au Parlement, vendredi 18 mai. 

Le ministre Ashit Gungah, insistant qu’il s’agit d’une situation «hors du contrôle» des autorités, a demandé aux Mauriciens d’être «patriotes». Ces derniers, toutefois, ne colèrent pas. Certains ont même envisagé d’organiser une manifestation, avant de finir aux Casernes… 

«Lot kout mont li par Rs 10, papa-piti pou révini ankor parski nou enn lépep admirab nou!»

Et du côté des petits commerçants ou ceux qui travaillent à leur propre compte, qu’en est-il ? «Dir zot rémont li ankor inpé, bann Morisien pou mari kontan», ironise Manna, un chauffeur de taxi à la gare Victoria. «Lot kout mont li par Rs 10, papa-piti pou révini ankor parski nou enn lépep admirab nou», poursuit-il, sous le rire nerveux de ses collègues. Les taxis ne savent pas, disent-ils, comment faire pour garder la tête hors de l’eau ou de la mélasse, plus précisément. 

Sameer Cassim ne comprend pas non plus une telle hausse. «Nos clients ont l’habitude de payer un tarif spécifique. Si nous augmentons les prix ne serait-ce que de Rs 50, ils vont partir. C’est donc nous les perdants dans cette histoire», fustige-t-il. Et de faire ressortir que ce sont les «ti dimounn» qui voyagent à bord des taxis et que, de ce fait, il sera impossible pour eux de payer plus. Ses collègues et lui n’ont plus qu’à se résigner à rouler à perte, déplore Sameer. 

Par ailleurs, font valoir nos interlocuteurs, les taxis, comme tous les autres usagers de la route, brûlent deux fois plus d’essence à cause des embouteillages occasionnés par les travaux routiers entrepris à travers l’île dans le sillage du Metro Express, notamment. Et leur marge de profit se réduit à vue d’œil. «Zot fer séki zot anvi san pans konsékans lor bann dimounn ki travay. Nou ava gété ki pou ariv nou…» soupire Mamad, qui a, lui aussi, peur pour son avenir. 

 «Zot fer séki zot anvi san pans konsékans lor bann dimounn ki travay. Nou ava gété ki pou ariv nou…»

Il ne comprend pas pourquoi ce sont uniquement les hausses au niveau du cours mondial du pétrole qui sont répercutées à la pompe et pas les baisses. «Apré pey TVA lor bann lézot tax ki éna lor lésans. Ou trouv sa lozik ou?» 

Goolab Nancoo a 55 ans. Son caisson de «sev» bien accroché à sa moto, il est basé à la rue Sir William Newton depuis plusieurs années et s’est créé une clientèle fidèle. «Bé si mo mont pri-la, zot pou aret vini. Bizin gard tou parey mem la», fait-il savoir. Selon lui, il dépensera environ Rs 100 d’essence de plus par semaine, ce qui ne manquera pas de grignoter ses profits, déjà maigres. 

Mais Goolab Nancoo n’arrêtera pas de vendre son «kaka pizon» pour autant et ne demandera pas un sou de plus à ses clients, qui, confie-t-il, ne roulent pas sur l’or. «Mo ava éna inpé mwins kas ziska zot rébess li enn zour», avance le quinquagénaire, qui carbure à l’optimisme, malgré la colère. 

Un peu plus loin, Farad, lui, vend des goyaves de Chine. Lui aussi a sa caisse bien accrochée à l’arrière de sa moto. Il s’accroche aussi à son travail. «Non, pa pou kapav ogmant pri.» Sinon, les clients ne viendront pas. Il aura Rs 150 de dépenses de plus pour faire le plein. Qu’importe, pas question de saler l’addition pour ceux qui lui font confiance. 

À la gare du Nord, les taxis marron, eux aussi, rient jaune. Leurs clients, assurent-ils, paieront le même tarif qu’avant la hausse. «Nou, nou pran mem pri ki bis. Tank bis pa monté, nou gard mem pri. Sof ki bann-la éna enn ta led tousala zot», fait valoir Baptiste. Pour le trajet Port-Louis – Baie-du-Tombeau, il faudra débourser Rs 25 à Rs 29, dépendant du lieu d’arrêt. À quel point son porte-monnaie vat-il souffrir ?  «Li pou mari soufer ! Nou roul mem kantité, gagn mem kantité pasazé ek pey plis lésans…» 

Pas question cependant d’augmenter les tarifs, ses clients étant surtout des gens de la classe ouvrière, répète le chauffeur de taxi marron. Et d’ajouter : «Sa bann-la pomp nou disan !» En attendant, les Mauriciens, joueurs, ont commencé à parier sur la prochaine augmentation. «Dipin ou délo ?» est la nouvelle phrase «trendy»…

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires