Propositions prébudgétaires: la désindustrialisation inquiète la Chambre de commerce

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Le secteur manufacturier a connu une croissance de moins de 2% ces trois dernières années

Le secteur manufacturier a connu une croissance de moins de 2% ces trois dernières années

Face aux risques de désindustrialisation dans la manufacture, la Mauritius Chamber of Commerce & Industry (MCCI) a décidé de tirer la sonnette d’alarme. Il n’est pas question de laisser mourir une industrie qui a été à la base de la croissance du pays pendant deux décennies (80 et 90), elle propose donc sa relance par le biais de mesures fiscales. Objectif: apporter un nouveau dynamisme à ce secteur pour qu’il contribue à 25 % du produit intérieur brut (PIB) en 2030.

Dans son mémoire budgétaire soumis au ministère des Finances et placé sous le thème «Enabling Economic Development through Business Expansion», la direction de la MCCI dresse un état des lieux de cette industrie, rappelant que les entreprises stratégiques locales contribuent à plus de 60 % de la valeur ajoutée au secteur manufacturier, ce qui a un effet multiplicateur sur l’ensemble de l’économie

Or, ces dernières années, ce secteur a perdu de sa compétitivité, son poids dans l’économie se réduisant comme une peau de chagrin. Il est passé de 17 % de la valeur ajoutée brute en 2008 à 13,1 % cette année. Pire : la croissance a été de moins de 2 % ces trois dernières années, soit 0,1 % en 2015 ; 0,3 % en 2016 ; 1,4 % en 2017 alors que cette année, elle est estimée à 1,3 %. Parallèlement, les investissements étrangers dans le secteur ont été négligeables, s’élevant à Rs 108 millions l’année dernière contre Rs 511 millions en 2016 et Rs 91 millions en 2015.

Ce décor planté, la MCCI estime qu’il faut doper les investissements dans cette industrie. Pour cela, il n’y a pas mille solutions : il faut étendre l’Investment Tax Credit de 15 % annuellement à l’ensemble du secteur alors que cette taxe est applicable seulement à un certain nombre d’entreprises liées au textile et à la pharmaceutique.

Exemptions

Face au Premier ministre, Pravind Jugnauth, le 4 mai, le Chairman de la MCCI, Marday Venkatasamy, a plaidé en faveur de l’intégration des petites et moyennes entreprises et des entrepreneurs dans un modèle inclusif. D’ailleurs, près de 65 % des membres de la MCCI, ditil, relèvent des PME. Toutefois, la démarche permettant aux PME de se développer implique la réduction, voire l’élimination des contraintes administratives.

Or, la gestion de la taxe à valeur ajoutée demeure inévitablement un fardeau pour les petits entrepreneurs, estime la MCCI. Elle propose que le seuil autorisant une PME à être exemptée de la TVA soit augmenté, passant de Rs 6 millions à Rs 15 millions.

Dans la foulée, pour améliorer la trésorerie des petites et moyennes entreprises, la MCCI propose l’institution d’un mécanisme approprié pour régler les paiements qui leur sont dus, ce qui permettra de soulager considérablement leurs fonds de roulement.

L’accès aux finances demeure aussi un obstacle pour les entrepreneurs. La MCCI estime qu’il est nécessaire de développer une culture «d’intrapreneurship». Ainsi, par le biais d’un plan pour l’expansion des entreprises, elle propose que les grosses sociétés et les fonds privés accordent des financements sous forme de participation au capital de ces petites et moyennes entreprises. Une telle démarche aura le mérite d’aider celles-ci en termes d’expertise et de coaching venant des opérateurs de fonds de capital-investissement. Les opérateurs économiques invitent l’État à jouer du clavier fiscal pour éviter la disparition du secteur manufacturier.

Main-d’œuvre féminine 

L’expansion du business dans le nouveau modèle économique passe également par une plus forte participation féminine. Or, les contraintes démographiques impliquent plus de bras pour soutenir la croissance du pays. La MCCI trouve inadmissible que plus de 140 000 ménagères ne soient pas économiquement actives. Et d’ajouter qu’il faut trouver le support nécessaire pour aider cette proportion de femmes à intégrer le marché du travail. Une des mesures porte sur les déductions fiscales permettant l’emploi de baby-sitters et l’aménagement de crèches. Aussi, il y a urgence à harmoniser les seuils des exemptions fiscales afin que chaque dépendant ait le même poids. Idem pour l’ouverture du pays aux compétences étrangères et la possibilité d’exploiter le potentiel de la diaspora mauricienne. La MCCI recense actuellement 300 000 membres de cette diaspora et estime qu’il y a une approche structurée pour cibler l’expertise internationale à travers le Special Bureau for the Mauritian Diaspora. Ce qui serait une manière de régler l’inadéquation de compétences entre les besoins de compétences du pays et l’offre de formation. Et ce, à un moment où Maurice aspire à devenir un pays à revenu élevé

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