Ramesh Durbarry: «Il faut une agence pour gérer l’économie verte»

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Le Civil Service College Mauritius a organisé le Green Economy Forum la semaine dernière. L’objectif est de développer l’économie verte. Quel est l’état de ce secteur ? Quels en sont les manquements et actions requises ? Ramesh Durbarry, directeur général du Civil Service College Mauritius, analyse la situation.

Le Civil Service College Mauritius s’est engagé avec le Partnership for Action on Green Economy pour réaliser un «Green Economy Learning Assessment». En quoi consiste au juste cette action ?
Il y a eu un atelier de travail au collège avec le Partnership for Action on Green Economy en avril 2017. L’objectif était de faire comprendre ce concept et voir ce qui se fait en termes de développement durable. Nous devions identifier les compétences nécessaires pour une économie verte. On a tendance à l’associer au développement durable. Mais l’économie verte concerne toute l’économie…

Comment la définissez-vous ?
Généralement, l’économie verte vise à améliorer le bien-être humain et à promouvoir l’équité sociale. Et ce, tout en réduisant les effets négatifs de la pollution et l’impact sur l’environnement.
 
Quels ont été les constats résultant de l’atelier de travail ?
Après l’atelier de travail, il fallait analyser les besoins d’apprentissage et les compétences dont dispose Maurice. En même temps, les institutions secondaires, supérieures, etc. dispensent-elles ces cours sur l’économie verte ? Il faut prendre des dispositions dès maintenant puisque ce domaine évolue à long terme. Selon notre étude réalisée en octobre 2017, quatre niveaux de compétences ont été identifiés. Premièrement, on doit transformer l’économie. On a déjà des personnes visionnaires. Maintenant, comment transformer cela pour avoir cette économie verte ? Deuxièmement, il est question de gestion. A-t-on ces qualités pour gérer de tels projets ? Ensuite, il y a la technique. Qu’en est-il de ces ressources pour travailler dans ce secteur et minimiser l’impact sur l’environnement ?

Enfin, nous avons le participatif, soit en incluant le public. Imaginez qu’on fasse un projet. Il faut pouvoir le lui communiquer et lui expliquer ce qu’on est en train de faire. Cette étude réalisée en octobre 2017 doit être élargie. Cela nous a permis d’identifier les lacunes. Est-ce que Maurice est prêt pour ça ? Depuis pas mal d’années on travaille dessus, on évoque le développement durable. Mais, des fois, on est restreint. On pense que c’est seulement le ministère de l’Environnement qui s’occupe du développement soutenable. Mais plusieurs secteurs sont touchés par ce créneau. Il faut faire la distinction entre les métiers verts et ceux verdissants.

Quelle est la différence ?
Pour les métiers verts, la finalité des compétences comprend l’impact direct sur l’environnement. Par exemple, un agent dans un parc ou un garde-forestier. Par contre, dans la catégorie des métiers verdissants, l’action aide à réduire les effets négatifs sur l’environnement. Un architecte, par exemple, n’exerce pas directement un métier vert mais de par son travail, il va essayer de minimiser l’impact.

En sus des compétences, votre étude a identifié quatre piliers économiques pour les interventions. Quels sont-ils ?
À tous les niveaux on a appliqué les compétences susmentionnées dans quatre piliers économiques qui ont été identifiés. Par exemple, on a traité l’agriculture. Pourquoi? Vous avez noté après les pluies et inondations que les prix des légumes ont flambé. On a dû en importer. On doit avoir un plan stratégique.

On sait très bien qu’entre janvier et mars, il y aura cette pénurie-là. Quelles mesures ont été instituées pour contrer une telle situation ? Ce n’est pas au petit bonheur qu’on doit travailler. Comme par exemple c’est quand il y a le feu qu’il faut l’éteindre. On a aussi pris le secteur touristique, ce qui est très important pour l’écosystème dont font partie les plages, les parcs, etc. N’oublions pas la consommation d’énergie, d’électricité, la climatisation. Pour un hôtel, c’est énorme.

Troisièmement, il y a l’entrepreneuriat. Quand on parle d’économie verte, un produit ne peut exactement être vert. Il faut voir le processus. À chaque étape, que peut-on faire pour réduire l’énergie consommée ? D’ailleurs, puisqu’on parle de production, le secteur privé est en train de travailler dessus – c’est un partenaire stratégique. Du côté des emplois, il est tout aussi significatif. De plus, l’investissement dans l’économie verte est considérable. Mais l’impact doit être évalué. Il faut voir si on minimise l’effet sur l’environnement mais, paradoxalement, on utilise plus de transport, etc. cela ne vaut pas la peine. Il faut voir comment minimiser les émissions carboniques. Le quatrième pilier est l’adaptation au changement climatique. Donc quelles sont les mesures à prendre et les compétences requises ? En a-t-on vraiment ?

Quels sont les manquements observés ?
D’abord, c’est la vision perceptible à tous les niveaux et dans tous les secteurs. En ce qui concerne la gestion, les officiers apprennent sur le tas. Il y a des cours ad hoc. Ce n’est pas très structuré. Il y a des cours universitaires mais l’inscription n’est pas élevée car la durée est trop longue. Il faut avoir des formations spécifiques, un peu comme dans la médecine. En termes techniques aussi il y a de gros soucis, dont le manque de main-d’oeuvre. Le «Mauritius Institute of Training and Development» travaille justement sur les métiers verts. Il faut former ces ressources ainsi que les enseignants. Il faut aussi une instance de coordination. On avait, par exemple, Maurice île Durable, le développement soutenable sous le ministère de l’Environnement. Il faut une agence pour gérer l’économie verte. On pourrait l’appeler Greening Mauritius, par exemple. Là, cette entité fera la coordination entre les secteurs public et privé.

Et quelles sont les solutions ?
Actuellement, nous rédigeons les recommandations suivant l’étude. Et l’une d’elles est le développement d’un cours gratuit pour conscientiser le public. Ce sera une formation en ligne sur l’économie verte. Elle sera adaptée aux établissements primaires, secondaires et supérieures. Nous l’installerons sur notre plateforme. Il faut préparer la nouvelle génération. Une autre recommandation est d’inclure l’économie verte dans les manuels scolaires. On doit permettre de comprendre ce concept. Par exemple, avec l’introduction de l’entrepreneuriat au collège, c’est une opportunité pour y insérer l’économie verte. Il faut aussi voir les modèles internationaux comme en Afrique du Sud. On travaillera en collaboration avec le continent africain. Peut-être ferons- nous bientôt une conférence régionale pour voir ce qui se fait dans ces pays respectifs et analyser les études de cas.

Quelle est la pertinence pour votre institution de s’engager dans un secteur qui donnerait à penser qu’il ne représente aucune priorité immédiate ?
Notre institution a été créée pour la formation dans le secteur public. Pour nous, c’est une opportunité pour inculquer ces valeurs. En deux ans, nous avons formé 15 000 personnes, et ce dans divers domaines. Mais en économie verte, on n’a pas un module spécifique, il faut en être conscient. Le gouvernement a déjà un plan. Cela a commencé avec des ampoules économiques. Il y a la culture biologique, la ferme, etc. Certes, ce sont des initiatives. Cependant, il y a beaucoup à faire encore pour développer cette vision. Il faut capitaliser sur la génération future, appelée à former ses parents. C’est difficile de changer leurs habitudes. Mais lorsqu’on inculque ces connaissances aux enfants, ils seront plus à même de les transmettre aux parents.

Pourquoi l’accent est-il mis sur quatre piliers économiques et pas sur d’autres ? Y en aurait-il d’autres que vous ciblez ?
Nous avions une restriction en termes de temps. Par conséquent, nous avons pris ces quatre secteurs en priorité. Mais nous allons en cibler d’autres. Là, on est en train de cibler le financement vert. Il y a aussi le green bond. On continue ce travail. De plus, il faut quantifier les actions. Par exemple, nous devons savoir quelles entreprises lancent des initiatives vertes, quels sont les impacts sur les emplois, la pauvreté, etc. Il faut savoir comment le faire.

Qui aura la responsabilité de certifier que les objectifs d’un projet de développement sont réellement alignés sur les exigences d’un mode de développement durable ?
C’est ça le vrai casse-tête. Avec une agence de coordination, on pourrait intervenir. Quand Maurice Ile Durable a changé d’appellation, la Sustainable Development Division a pris la relève ; il faut qu’il y ait la visibilité. Le branding est important si on veut conscientiser la population à l’économie verte. L’instance pourrait rallier les ministères. Peut-être qu’en ce moment même on est un peu isolé. Une action commune favorisera plus de dialogue. Ainsi, on saura aligner les plans d’action.

Quelles sont les actions nécessaires pour l’avenir de l’économie verte ?
On ne peut se fier à l’énergie fossile. On doit se préparer dès maintenant. À Maurice, on importe pratiquement tout. Quand les prix des carburants augmentent, indirectement cela impactera la consommation et la production. L’entreprise va orienter cette augmentation vers le consommateur. Si on commence à réduire la consommation d’énergie, cela aura moins d’impact sur l’inflation. C’est vital pour l’économie. La qualité de vie sera aussi meilleure. Pour le bio, par exemple, la réduction de pesticides c’est positif pour la santé. Le budget public diminuera. On peut investir ces fonds dans d’autres secteurs. La conscientisation des entreprises est très importante car elles se chargent de la production. À l’école, il faut intégrer cette dimension d’économie verte le plus tôt. Au niveau de notre institut, nous essayons de faire un modelling, un outil pour déterminer l’état de l’économie. On n’a pas un Computable General Equilibrium (CGE) pour calibrer une économie entière. Dans notre programme de formation, nous allons aussi intégrer cela. Nous construisons également notre campus. Nous avons reçu un grant de 4,74 millions de dollars de l’Inde et espérons démarrer la construction à Réduit cette année.


Contexte

Trois jours d’échanges

Le 9 mai, le «Green Economy Forum Mauritius», une initiative du Civil Service College Mauritius, a été organisé à l’hôtel Hennessy Park, à Ébène. Ont été abordés le changement climatique, l’agriculture durable, l’investissement vert, les défis multisectoriels et l’économie verte, entre autres thèmes. Les échanges se sont poursuivis jusqu’au 11 mai.

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