Budget 2018-2019: les attentes et déceptions du PME

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Une foire des PME. Plus de 47% des Petites et Moyennes entreprises opèrent à un niveau de subsistance selon le plan directeur des PME.

  Une foire des PME. Plus de 47% des Petites et Moyennes entreprises opèrent à un niveau de subsistance selon le plan directeur des PME.

Où en est la stratégie gouvernementale relative au développement des petites et moyennes entreprises (PME) ? Quel bilan à l’aube du quatrième Budget national et un an avant les élections générales ? Des questions pertinentes au vu des grandes promesses faites en 2014 aux PME dans le cadre des élections et des grandes ambitions du gouvernement pour faire de Maurice une «Nation d’entrepreneurs». L’on se souviendra à ce propos de l’annonce de création d’une «SME Bank», de sept parcs industriels («SME Parks») aux quatre coins du pays ou encore du budget de Rs 10 milliards accordé au secteur dans le Budget 2015-2016. Des mesures favorablement accueillies par la communauté des entrepreneurs à l’époque. À l’instar d’Amar Deerpalsing, président de la fédération des PME.

Mais en l’absence de la mise en oeuvre de ces projets, l’enthousiasme a fini par céder à l’amertume. Sentiment qu’il n’a d’ailleurs pas caché au Premier ministre lors des consultations budgétaires qui ont eu lieu le 10 mai. «Il y a plus de choses qui ont été défaits au lieu d’être faits ces trois dernières années. Le gouvernement s’est débarrassé de la Small and Medium Enterprises Development Authority (SMEDA) pour la remplacer par SME Mauritius, une compagnie privée qui est une coquille vide dont le CEO s’en est allé. Nous n’avons pas eu de SME Bank, les SME Parks qu’on nous avait promis n’ont toujours pas été construits», déplore-t-il.

D’ajouter qu’entretemps, un autre problème est venu s’ajouter aux multiples difficultés auxquelles fait face le secteur : l’introduction du salaire minimum qu’Amar Deerpalsing juge totalement inéquitable, voire discriminatoire à l’encontre des PME. «À ce jour nous ne sommes même plus sur un pied d’égalité comme opérateurs économiques vis-à-vis des grandes entreprises. Prenez l’introduction du salaire minimum qu’on doit également appliquer aux travailleurs étrangers. Les PME doivent non seulement s’acquitter du paiement de Rs 8 150 par travailleur mais aussi des Rs 2 500 de meal alllowance, du logement et du transport, ce qui n’est pas le cas des grandes entreprises», fustiget- il. Cela constitue un véritable frein à la compétitivité et à la croissance des PME, soutient-il. Il y a également la problématique du recrutement de la main-d’œuvre étrangère qui persiste.

Problème qui n’affecte pas les grands postes avec des salaires de Rs 30 000, souvent recherchés dans certaines industries comme le tourisme. «Dans ce cas précis, les procédures sont effectuées à travers le Board of Investment, mais quand il s’agit de recruter des travailleurs étrangers pour les usines, il faut passer par le ministère du Travail et l’on nous impose un quota», déplore Amar Deerpalsing . De poursuivre que les conditions actuelles ne favorisent pas l’émergence d’une «nation d’entrepreneurs», mais plutôt celle d’importateurs, 83 % des produits consommés étant importés. «Alors que les producteurs locaux doivent respecter une série de normes au niveau local, tel n’est pas le cas pour la plupart des produits importés qui sont de surcroît exonérés de la taxe». Raison pour laquelle cette année, il n’a pas soumis de mémoire budgétaire. «Je ne vois pas ce que l’on peut demander de plus. Tout ce que l’on souhaite, c’est que les promesses soient tenues et les projets mis en chantier. Nous voulons également être traités sur le même pied d’égalité que les grandes entreprises», fait valoir Amar Deerpalsing.

Les PME en chiffres

Nombre de PME à Maurice : 124 972

Contribution au produit intérieur brut : 40%

Contribution à l’emploi : 54,6%

Pourcentage de PME qui exportent : moins de 3%

Pourcentage de PME qui opèrent à un niveau de subsistance : 47%

Source: Statistics Mauritius, SME 10-year Master Plan

SME Mauritius à la recherche d’un CEO et de personnel

Un passage éclair. C’est en résumé le séjour de Raj Puddoo en tant que CEO à SME Mauritius, nouvelle organisation qui remplace la SMEDA depuis janvier cette année. Le principal concerné a en effet donné sa démission en avril avec effet immédiat. Si la raison officielle de son départ est une meilleure offre dans une autre entreprise, dans le milieu l’on parle de fortes pressions et d’ingérence du ministère de tutelle pour que l’organisation fasse ses preuves dans les plus brefs délais. Un argument qu’a démenti Sunil Bholah. Mais c’est sans compter les protestations d’anciens employés de la défunte SMEDA quant à leurs conditions d’emploi suivant la fermeture de l’institution. Ils ont d’ailleurs fait une demande de révision judiciaire en ce sens en avril. Entre-temps, selon le ministre, SME Mauritius continue d’opérer et poursuit ses recherches pour trouver un nouveau CEO. SME Mauritius a également lancé quatre programmes de financement et d’accompagnement depuis le début de l’année à l’instar du Bar Code Scheme ou du Made in Moris Scheme.

Business Mauritius pour un «SME for growth plan»

Booster la croissance des PME à travers l’export. Tel est l’objectif du «SME for Growth Plan» que propose Business Mauritius dans son mémoire budgétaire cette année. Projet qu’il souhaite développer avec SME Mauritius en travaillant sur des initiatives pour aider les PME à développer des produits aux standards nécessaires pour l’exportation et les aptitudes nécessaires à leur développement. «SME for Growth nécessiterait des ressources suffisantes pour le recrutement de facilitateurs de haut calibre et un accès à des experts internationaux à travers des accords de coopération », explique Business Mauritius.

L’organisation demande également une série de mesures relatives à la facilitation des affaires pour les entrepreneurs dans le cadre du «SME for Growth Plan».

À l’instar de

  ►       la création d’un «SME Grant» pour accéder à la «Quality Assurance Certification»,

  ►       une amélioration des procédures de remboursement du SME Refund Scheme,

  ►        l’inclusion d’une section additionnelle dans la Building Control Act pour obliger les principaux entrepreneurs à inclure une liste de sous-contracteurs afin de protéger les petits opérateurs du bâtiment des délais de paiement voire de non-paiement de gros contracteurs,

 ►       le renouvellement du Leasing Equipment Modernisation Scheme (LEMS),

 ►         l’exonération automatique des «trade fees» pour les deux premières années d’opération des PME,

 ►         L’inclusion d’une clause de suivi (monitoring) dans les contrats gouvernementaux alloués aux PME qui tienne compte de la valeur-ajoutée et des emplois que soutiennent les PME et ce, avant l’allocation des contrats.

Parcs industriels : quatre ans plus tard, toujours rien

Mais où sont les sept parcs industriels pour les PME ? Annoncés en grande pompe lors du Budget 2015-16, les parcs industriels dédiés exclusivement aux PME étaient très attendus par les entrepreneurs. Cette initiative, qui date du précédent gouvernement, avait en effet rencontré un franc succès auprès des entreprises. Avec un prix du loyer défiant toute concurrence et subventionné à 50 % par le gouvernement durant les trois premières années d’opération de l’entreprise, des espaces allant de 75 m² à 100m² que les entrepreneurs peuvent aménager selon leurs besoins et un système de gardiennage 24h/7, les entrepreneurs ont été nombreux à saisir cette opportunité. Le Parc industriel de La -Tour-Koenig par exemple et celui de Baie-du-Tombeau (dédiés aux microentreprises) ont rencontré un franc succès. Raison pour laquelle le gouvernement avait décidé d’en construire sept à travers le pays. Il était même question de créer des ‘clusters qui réuniraient des entreprises opérant dans le même secteur. Mais quatre ans plus tard, toujours rien. Le ministre de l’Activité économique, des entreprises et des coopératives, Sunil Bholah, a annoncé il y a un mois la construction d’un parc à Plaine-Magnien cette année.

La MCCI propose «Intrapreneurship»

Il s’agit ici d’inciter les grandes entreprises et les fonds de financement à investir dans la croissance des PME. Cela pourrait se faire à travers l’achat d’un certain nombre d’actions préférentielles au sein des petites entreprises pour un temps limité. «Une entreprise devrait être autorisée à déduire son investissement de sa feuille d’impôt annuel, sous forme d’actions à taux préférentiel, pour investir dans des entités (non-related party companies) avec un chiffre d’affaires de moins de Rs 50 millions», explique la Chambre de commerce et d’industrie de Maurice (MCCI).

Par ailleurs, elle demande également que le gouvernement enlève la taxe de 15 % sur les premières Rs 500 000 de profit, toutes entreprises confondues. «Cette mesure donnerait aux PME Rs 75 000, qu’elles pourraient injecter dans le budget d’investissement pour l’achat d’équipements, de machines, dans la recherche et le développement ou encore dans la formation » soutient la MCCI.

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