Ressources marines: l’Union européenne et la Banque mondiale lorgnent l’océan Indien

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Du poisson exposé au marché de Victoria, aux Seychelles.

Du poisson exposé au marché de Victoria, aux Seychelles. 

Est-ce une compétition pour voir qui prendra le plus gros poisson dans ses filets ? L’Union européenne (UE) et la Banque mondiale ont fait comprendre, à travers des arguments qui se chiffrent en millions, leur intérêt pour la pêche dans la région du sud-ouest de l’océan Indien. L’UE a conclu un nouveau protocole de pêche avec Maurice cette année. Un accord de Rs 150 millions qui s’étend jusqu’à 2021.

Cette enveloppe tient également compte de la contrepartie financière de Rs 80 millions et de la contribution des armateurs qui vont débourser quelque Rs 48 millions pour l’achat de licences. Ce nouveau protocole de pêche autorise l’UE à envoyer ses thoniers senneurs et ses palangriers dans les eaux mauriciennes si ces bateaux pêchent dans la région de l’océan Indien.

Pour Marjaana Sall, ambassadrice de l’UE auprès de la République de Maurice, «cet accord contribue à développer les principes d’une pêche durable responsable dans les eaux mauriciennes en vue d’assurer la conservation des ressources maritimes et leurs écosystèmes». Outre ce protocole, l’UE a organisé, du 26 au 29 avril, une conférence sur la sécurité maritime dans l’océan Indien. Ce qui démontre son vif intérêt pour cette zone.

La Banque mondiale a, pour sa part, posé les jalons d’un par- tenariat avec Maurice, en 2014. Elle a conclu un accord de financement au coût de $ 5 millions (Rs 172 millions) avec la Commission de l’océan Indien (COI). Cet accord a été négocié à Paris du 25 au 26 septembre 2014 et est entré en opération le 18 décembre 2015. Ce qui a donné naissance au premier projet de gouvernance des pêches et de croissance partagée du sud-ouest de l’océan Indien, soit le South West Indian Ocean Fisheries Governance and Shared Growth Project (SWIOFish 1).

Le rôle de la COI consiste à assurer la gestion et la coordination du projet en collaboration avec la Commission des pêches du sud-ouest de l’océan Indien et ses États membres. Ils sont les Comores, la France pour Mayotte et la Réunion, le Kenya, Madagascar, les îles Maldives, Maurice, le Mozambique, les Seychelles, la Somalie, l’Afrique du Sud et la Tanzanie. Si l’intervention de L’UE dans la région est principalement et non exclusivement concentrée sur les activités de la pêche dans la région, celle de la Banque mondiale vise à réaliser une meilleure coordination de l’exploitation des ressources halieutiques de la région de l’océan Indien, de même qu’une réduction des pertes économiques annuelles. La COI estime que seulement 40 % des ressources de la région sont exploitées au maximum. Il en ressort que ces niveaux d’exploitation, soulignés dans un document de la COI, occasionnent une perte économique annuelle de 225 millions de dollars sur le plan régional. La finalité de SWIOFish 1 est d’accroître les bénéfices économiques, sociaux et environnementaux occasionnés par la pêche dans les pays faisant partie du bloc de la région du sud-ouest de l’océan Indien. Ce programme est chargé de mettre en place les moyens susceptibles de favoriser la croissance des activités de la pêche, de faire reculer les facteurs à l’origine de la pauvreté et renforcer les capacités des institutions et des opérateurs du secteur privé engagés dans le secteur de la pêche.

Un mauricien coordonnateur du projet swiofish

Il s’agit de Daroomalingum Mauree, ex-directeur des Pêches au ministère du même nom. Il est détenteur d’un Msc dans le domaine de la planification et de l’élaboration des politiques en matière de pêche du Hull International Fisheries Institute de l’Université de Hull, au Royaume-Uni. C’est, d’ailleurs, dans ce domaine qu’il a fait carrière à Maurice. Il a été une des têtes pensantes de la préparation et de l’engagement de Maurice dans le domaine de la transformation des produits de la mer. Il est à l’origine des négociations qui ont abouti à la signature de l'accord de partenariat de pêche entre Maurice et l’Union européenne qui a précédé celui qui a été signé cette année.  Il a également joué un rôle clé dans l’élaboration d’un plan directeur pour le développement de l’industrie de la pêche tant à Maurice et à Rodrigues, qu’au niveau des îles éparses en marge du deuxième programme de pêche relatif aux pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.

Combien coûtent les bateaux ?

 Ce n’est pas un hasard que dans le cadre du protocole d’accord entre l’Union européenne et Maurice, on note l’absence de bateaux appartenant à des armateurs mauriciens. Les coûts ne sont pas étrangers à cet état de choses. Le coût d’achat d’un thonier senneur pour la capture de bancs de thon en surface de l’eau est de 25 millions d’euros, soit Rs 1 milliard. Le coût annuel d’opération est de 9,4 millions d’euros, soit Rs 394,8 millions. Un palangrier de 36 mètres, d’une capacité de 100 tonnes, s’achète à $ 2,1 millions, soit Rs 74,4 millions. Le coût annuel d’opération s’élève à $ 1,3 million, soit Rs 46,1 millions. Le prix d’achat d’un palangrier de 40 mètres est de $ 2,7 millions, soit Rs 95,7 millions. Le coût d’opération est estimé à $ 1,7 million, soit Rs 60,3 millions. Maurice tire son épingle du jeu de l’industrie de la pêche au thon en investissant lourdement dans le secteur de la transformation de la chair du thon, essentiellement pour le marché de l’Union européenne ; avec la vente de licences à des armateurs désireux de pêcher dans ses eaux et grâce aux retombées des opérations de transbordement.

Gestion durable de la pêche à l’ourite

Quelles sont les bonnes pratiques à adopter dans la mise en place des projets de pêche et d’aquaculture dans la région du sud-ouest de l’océan Indien ? Le sujet était à l’agenda de l’atelier qui s’est tenu du 19 au 21 février à Beau-Vallon, Seychelles. Grâce à la réglementation de la pêche à l’ourite qui, dans un premier temps, a fait l’objet de farouches résistances, il a été démontré qu’il était possible d’augmenter tant le volume des prises que le poids de ce mollusque. Cet atelier a été organisé dans le cadre du projet SWIOFish 1. D’autres expériences locales de gestion durable de la pêche ont été présentées. Notamment, le système électronique d’informations sur la pêche aux Maldives, l’évaluation de la pêche à la crevette au Mozambique.

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