Karuna Rana: «Nous avons collecté 42 kg de déchets, principalement plastique, en moins de 30 minutes dans un parking à Ébène…»

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Karuna Rana, coordinatrice du Commonwealth Youth Climate Change Network.

Karuna Rana, coordinatrice du Commonwealth Youth Climate Change Network.

Karuna Rana, 30 ans, a représenté Maurice au Commonwealth Youth Forum en tant que coordinatrice du Commonwealth Youth Climate Change Network. Avec la SIDS Youth Aims Hub Mauritius, elle bataille pour la fin du plastique.

Vous avez eu l’occasion de mener votre groupe de lutte contre la pollution plastique à l’échelle internationale. Avez-vous aussi pu parler de la Tap Water Revolution ? Comment cela s’est passé ?

Oui, j’ai eu l’occasion de parler de notre projet Tap Water Revolution à quelques reprises cette année, la dernière en date étant sur BBC News. Durant mon séjour à Londres, alors que je participais au Commonwealth Youth Forum, j’ai pu évoquer le travail de mon organisation, la SIDS Youth Aims Hub (SYAH), dans les océans, de la pollution plastique, du changement climatique et, bien sûr, de la Tap Water Revolution. Ce projet a suscité beaucoup d’intérêt. Les participants ont vraiment aimé la façon dont nous avons combiné la question de l’eau potable à la pollution du plastique.

J’ai aussi eu l’occasion de prendre la parole sur les mêmes sujets, en me servant de l’exemple de Maurice en tant que petit État insulaire à la réunion annuelle du World Economic Forum à Davos, en Suisse. La réunion a eu lieu en janvier. J’ai été invitée comme membre de la délégation de 50 Global Shapers. La communauté Global Shapers est une initiative du World Economic Forum visant à réunir les jeunes dans les centres urbains afin qu’ils puissent mener les changements locaux et mondiaux. Elle compte plus de 7 000 membres dans plus de 375 villes, dont une à Port-Louis. J’ai eu l’honneur de représenter la communauté Global Shapers lors de cette rencontre unique, qui a rassemblé des leaders mondiaux de différents secteurs. J’étais une oratrice aux côtés d’Al Gore et d’autres dirigeants à un panel sur le changement climatique.

Karuna Rana (2e à droite du prince Charles) lors d’une rencontre sur le climat à Londres.

Vous avez été en mesure de rencontrer le prince Harry. Avez-vous pu discuter de la question d’eau potable du robinet au lieu de bouteilles d’eau en plastique ?

J’ai eu l’occasion de rencontrer à la fois le prince Harry et Meghan Markle lors du Commonwealth Youth Forum. Je l’ai félicité pour l’interdiction au Buckingham Palace du plastique à usage unique. Il venait d’être nommé ambassadeur de la jeunesse du Commonwealth. En tant que coordinatrice du Commonwealth Youth Climate Change Network, j'ai eu des discussions  ayant une portée plus large. J’ai partagé avec lui le travail et les priorités du Commonwealth Youth Climate Change Network. La participation des jeunes à la politique sur le changement climatique, la préparation et la réponse aux catastrophes naturelles, le travail pour les jeunes dans l’économie verte et bleue, entre autres. De toute évidence, les océans et la pollution par le plastique sont une priorité pour les jeunes du Commonwealth, étant donné que plus de 60 % des membres du Commonwealth sont des petits États insulaires.

Le prince Harry nous conseillés de nous attaquer aux causes profondes du problème, pas seulement à celles de surface. Les nettoyages sont importants et doivent continuer pour enlever les plastiques de l’environnement, mais nous ne nous en tenons qu’à la surface du problème.

Lors de votre interview à la BBC, vous vous êtes dit sceptique sur le combat du plastique à Maurice, pourquoi l’êtes-vous ? Avez-vous des chiffres à nous donner ?

Les chiffres sont en effet importants. La seule façon de résoudre un problème est de le mesurer au préalable. Et c’est ce que nous avons fait. Lorsque nous avons décidé de nous battre contre la pollution plastique, nous avons promis d’effectuer des nettoyages à divers endroits. Nous avons pensé que ce n’est qu’en se salissant les mains sur le terrain que l’on connaîtra la gravité de la pollution plastique à Maurice. Lors de chaque nettoyage, nous nous sommes assurés de faire trois choses : vérifier les déchets collectés, c’est-à-dire mesurer la quantité de déchets collectés, mais aussi le plastique recyclable et celui non recyclable. Nous prenons aussi des photos des déchets collectés et autant que possible, nous recyclons les déchets collectés. Mais c’est là que mon inquiétude augmente.

Nous avons collecté 42 kg de déchets, principalement plastique, en moins de 30 minutes dans un parking à Ébène et 63 kg de déchets plastique pur sur la plage publique de Tamarin. Ce plastique était composé principalement de bouteilles, de couverts à usage unique. Nous avons tout vu. La plupart des déchets plastique collectés n’étaient plus recyclables. Nous ne pouvions recycler que deux kilogrammes. Ils étaient soit trop contaminés, soit trop abîmés pour être recyclés. Cela signifie que ces déchets plastique traînaient là depuis des années. Le plus inquiétant, c’est que ce ne sont que des chiffres provenant de deux endroits sur les nombreux sites à Maurice où la pollution plastique existe.

Un représentant de l’Unité des ressources en eau de Maurice nous a montré des images horrifiantes de déchets plastique, principalement des bouteilles, autour de nos barrages et réservoirs d’eau. Durant le nettoyage d’un drain à Port-Louis,   des bouteilles en plastique pouvant remplir un camion entier on été retirées. Ces bouteilles en plastique finissent dans nos canalisations, les obstruent et contribuent aux inondations instantanées à Maurice.

Comment se porte la Tap Water Revolution ? Le gouvernement et le secteur privé font-ils le suivi ?

Nous avons commencé il y a environ trois ans avec l’atelier à Maurice. Depuis, nous avons eu de nombreuses réunions avec les jeunes et d’autres parties prenantes. Nous venons de commencer la phase de mise en plan. Le projet prend lentement de l’élan, nous permettant de prendre contact avec des autorités telles que la Central Water Authority (CWA), l’Unité des ressources en eau et le ministère de l’Environnement. La CWA a toujours été présente à nos réunions et discussions avec les jeunes et prête à répondre à des questions difficiles. Nous apprécions la collaboration avec nous et nous essayons actuellement de voir comment nous pouvons travailler plus étroitement pour assurer un accès public constant à l’eau potable.

Nous avons également pris contact avec Phoenix Bev Ltd. Nous avons été ravis de sa participation à notre dialogue multipartite sur l’eau du robinet et la pollution plastique en décembre dernier. Nous voulons travailler en étroite collaboration avec les entreprises d’embouteillage dans la lutte contre la pollution plastique. C’est une responsabilité que nous partageons tous. Les producteurs plus que les consommateurs certes, ont plus de responsabilité mais celle-ci est néanmoins une responsabilité partagée.

«Les politiques nationales relatives à l’utilisation des bouteilles en plastique doivent encore être renforcées.»

Avez-vous été contactée pour aider à mettre en place une fontaine potable ?

Nous avons également obtenu l’autorisation du bureau du commissaire de police pour installer des distributeurs d’eau potable au parc de bien- être de Sodnac et au complexe sportif de Gymkhana. Ceuxci seront publiquement lancés la semaine prochaine. Nous sommes très reconnaissants du financement de l’ambassade canadienne pour les initiatives locales, qui ont permis de parrainer ces distributeurs d’eau, et la Special Mobile Force pour avoir travaillé étroitement avec nous et contribué à l’installation. Nous remercions également nos autres partenaires tels que la Commission de l’océan Indien, qui nous a également permis d’installer un distributeur d’eau potable à son bureau, ainsi que d’autres sponsors qui font vivre le projet.

Nos ambassadeurs Tap Water, un groupe de jeunes engagés, vont maintenant commencer à contacter des hôtels, des restaurants et des bureaux pour les aider à se passer de plastique. Nous voulons que les restaurants et les hôtels donnent aux clients la possibilité de consommer de l’eau potable sans avoir à prendre une bouteille d’eau en plastique.

Il y a eu quelques progrès mais nous n’y sommes pas encore. Les politiques nationales relatives à l’utilisation des bouteilles en plastique et à la pollution par le plastique doivent encore être renforcées. Nous avons toujours besoin de secteurs tels que les restaurants, les hôtels, les entreprises, les médias et le grand public.

Y a-t-il encore du travail à faire ?

Oui, nos nettoyages dé- montrent que les bouteilles en plastique, les couverts et les ré- cipients à emporter en polystyrène constituent un énorme problème. Comme les sacs, il faut bannir le plastique à usage unique. Certains pays et certaines villes comme San Francisco sont même allés jusqu’à interdire les bouteilles en plastique. Nous sommes conscients qu’il s’agit d’un problème complexe.

Néanmoins, il est très encourageant de voir que le secteur privé a proposé une économie circulaire dans ses propositions budgétaires. On nous a dit que des taxes sont perçues sur les bouteilles en plastique et que cela représente jusqu’à Rs 400 millions payées par l’industrie de l’embouteillage chaque année. Cette taxe collectée pourrait être utilisée pour récupérer les bouteilles en plastique pour le recyclage et subventionner d’autres alternatives écologiques.

Dans le contexte de l’appel à consultation sur le Budget national, qui sera présenté par le gouvernement, nous avons indiqué que nous prévoyons de demander que le prochain exercice comporte des mesures fiscales et politiques précises. Nous espérons bientôt rencontrer le Premier ministre pour en discuter en détail et, espérons-le, que ces mesures soient inscrites dans le Budget 2018-19.

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