Sécurité en mer: un sujet qui fait des vagues

Avec le soutien de
L’un des bateaux impliqués dans la collision du dimanche 6 mai.

  L’un des bateaux impliqués dans la collision du dimanche 6 mai.   

Le dimanche 6 mai, une collision entre deux bateaux a coûté la vie à Hervé Duchenne. Suivant l’arrestation du skipper Steeve  Adeline, la police soupçonne qu’une vitesse trop élevée du hors-bord serait à l’origine de l’accident. Quels paramètres de sécurité sont exigés ? Sont-ils respectés en réalité ? Le point.

«Cet accident est malheureux. Nous sommes tristes pour la famille Duchenne. Les circonstances du drame sont troublantes. C’est difficile qu’une telle collision se produise dans la réalité», estime Karl Lamarque, président de l’Association des pêcheurs professionnels et de plaisance de l’Ouest et secrétaire de la Federation of Pleasure Craft Operators. Il revient sur l’accident entre les bateaux de Steeve Adeline et d’Hervé Duchenne, survenu le 6 mai. Hélas, ce dernier a péri à la suite de ce drame. Dans cette affaire, la vitesse de navigation est décriée. En effet, la police évoque un niveau supérieur à la normale. Quels sont les paliers à respecter ?

Selon le capitaine Odeshwar Kishun, de la Tourism Authority, des zones de limitation de vitesse existent à l’île-aux-Cerfs, Trou-d’Eau-Douce, Grande-Rivière- Sud-Est, Belle-Mare, Flic-en-Flac et Bel-Ombre. À Trou-d’Eau-Douce, par exemple, la restriction est de dix nœuds alors qu’à Bel-Ombre ou Flic-en-Flac, elle est de cinq. À titre indicatif, ce taux équivaut «à rouler presque au point mort d’une voiture ou très lentement», précise Dan, skipper depuis 25 ans.

Hélas, ces paliers ne font pas l’unanimité, selon Karl Lamarque : «Je ne sais même pas sur quel critère ils ont évalué la vitesse. Ils ne nous ont pas consultés.» Du côté de la Tourism Authority, on avance que tous les skippers sont formés aux règlements de collision. «Ces opérateurs doivent observer une vitesse sûre pour éviter des accidents et agir en conséquence. Il est de leur responsabilité d’adopter une limitation correcte dans diverses situations», avance Odeshwar Kishun.

La vitesse est-elle respectée ou non dans la réalité ? Selon nos interlocuteurs, les skippers devraient l’observer. Mais d’autres facteurs viennent dévier leur attention dans la conduite ou dans la vitesse. D’ailleurs, comme l’affirme la Tourism Authority, 80 % des cas d’accidents en mer sont dus aux erreurs humaines. «Les opérateurs ne doivent pas consommer de l’alcool. Parfois ils croient que c’est divertissant, mais il faut être responsable», suggère Dan.

À cela s’ajoute un autre problème : les drogues synthétiques. «Les skippers n’en sont pas à l’abri. En fait, pour conduire un bateau, il faut observer les mêmes consignes que pour la route. Être concentré et vigilant en tout temps», affirme Karl Lamarque.

Un autre aspect préoccupe les opérateurs : l’absence de radar pour détecter d’autres plaisanciers. Selon notre interlocuteur, un tel système existe pour contrôler les bateaux de pêche. De jour comme de nuit, les skippers évaluent la présence d’autres hors-bord de visu. «L’opérateur doit toujours avoir l’oeil sur sa direction. Il ne peut garder la tête baissée ou faire autre chose. Le soir, il y a des lumières. Ce sont nos indicateurs », ajoute-t-il. La Tourism Authority constate le non-respect des consignes, notamment pour évaluer le danger quand deux bateaux se croisent, maintenir une vitesse appropriée et prendre les actions immédiatement.

Selon les opérateurs, la mer comprend également d’autres entraves à la sécurité. Les zones de marquage ne sont pas bien définies,  tout comme des espaces dédiés aux activités nautiques. «Il y a des passes corailleuses, des sections entassées de sable ou asséchées. Cela peut provoquer des accidents. Avec le courant, les bouées et les rochers ne sont plus en place. Il faut revoir tout cela et ne pas juste investir dans des patrouilleurs», préconise Karl Lamarque. À cela, la Tourism Authority mentionne le projet de zoning du lagon, qui en fait provision.

Outre ces mesures en mer, quels sont les dispositifs de sécurité à bord de l’embarcation ? Il y a la trousse de premiers soins, la pompe à incendie, une à deux bouées de sauvetage, une réserve de corde et d’eau potable, le nombre de gilets de sauvetage correspondant au nombre de passagers, entre autres. D’autant que ce taux doit s’astreindre à deux au minimum pour un bateau de ski et à 50 au maximum pour un catamaran.

Selon les skippers, des problèmes surviennent lorsque les voyageurs refusent de se plier aux instructions. «Ils consomment de l’alcool, nagent après avoir mangé, refusent le port du gilet ou sont intransigeants. Par exemple, pour équilibrer le bateau, les sièges sont spécifiés. Mais parfois, ils ne veulent rien entendre. Hélas, c’est difficile de les contrôler», déplorent les opérateurs.

En chiffres

8 126. C’est le nombre de skippers qui possèdent actuellement une licence d’opération. C’est ce qu’indique la Tourism Authority, selon les données répertoriées au 10 mai 2018. Ce permis s’applique aux bateaux de plaisance.

Dédommagement des victimes : Comment ça marche ?

Selon la «Tourism Authority Act» de 2006, la souscription à une assurance est obligatoire. D’ailleurs, le skipper doit présenter son certificat d’assurance ou une copie en faisant sa demande de permis d’opération. D’après Jean Christophe Cluzeau, «Head of General Insurance» de la Mauritius Union, sont assurés le souscripteur (donc le skipper), les propriétaires du bateau assuré et toute personne qui en assure la garde ou la conduite. D’après Karl Lamarque, la couverture comprend également les passagers. Après enquête policière, «et au cas où la responsabilité civile a été établie, la compagnie d’assurance s’engage à dédommager un tiers lors d’un accident corporel ou d’un décès», indique-t-il. Selon les termes et conditions du contrat d’assurance, ceci comprend les frais médicaux, chirurgicaux, d’hospitalisation et d’incapacité suivant les justificatifs. D’après Karl Lamarque, le montant du dédommagement peut s’élever à plus d’un million de roupies.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires