Komal Hassamal: mettre ses connaissances au service de son pays

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Komal Hassamal, experte en questions de développement et changement climatique.

Komal Hassamal, experte en questions de développement et changement climatique. 

Bien qu’elle soit née à Maurice, Komal Hassamal a une double origine. Elle est à moitié indienne par sa mère, Lata, et à moitié mauricienne par son père, Vasdev, ancien président de la Mauritius Revenue Authority, qui a auparavant fait 20 ans à l’international en tant qu’assistant secrétaire général du groupe des États des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Lorsque les Hassamal s’installent à Bruxelles, Komal, qui est la benjamine de trois enfants, n’a qu’un an.

Bien qu’elle ait fait toute sa scolarité à l’École européenne de Bruxelles, elle revient à Maurice annuellement pour des vacances familiales. À l’heure de ses choix universitaires à Bruxelles au début des années 2000, le développement durable a le vent en poupe en Europe. Elle opte pour une maîtrise en tourisme avec spécialisation en questions environnementales et de développement auprès de l’université libre de Bruxelles. Elle se familiarise alors aux enjeux du changement climatique et aux énergies renouvelables.

En 2006, elle décide de retourner à Maurice. Les questions environnementales et de développement étant son dada, elle fait un stage au ministère de l’Environnement. Cela lui ouvre les portes du bureau du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et plus particulièrement à l’unité consacrée à l’environnement. Elle est nommée assistante aux programmes et travaille sur plusieurs projets financés par le Global Environment Facility (GEF), dont ceux relatifs au changement climatique, aux aires marines protégées, à l’efficience énergétique sur Maurice et à la reconstruction après le tsunami aux Seychelles.

En parallèle, entre 2010 et 2012, elle suit un cours dispensé à Maurice par les universités de Paris 1 Panthéon-Sorbonne et de Paris Dauphine pour obtenir un Masters in Business Administration. Ce qui ne l’empêche pas de s’investir à fond dans le travail pendant les cinq ans qu’elle passe au bureau local du PNUD. Elle souhaite grimper les échelons, mais cela s’avère difficile. «C’est là que j’ai découvert la réalité mauricienne. On vous met dans une boîte et on ne vous laisse pas en ressortir.»

Elle entend alors parler du Young Professional Program de la Banque africaine de développement (BAD), dont le siège se trouve à l’époque à Tunis. Elle postule et passe quatre niveaux d’entretiens. Et sur 1 000 postulants, elle fait partie des 20 retenus. Ce programme d’une durée de trois ans permet aux sélectionnés d’effectuer une rotation dans divers départements de l’instance. La première année, elle est en poste au département de stratégie et politique et participe, entre autres, à la rédaction de La stratégie du développement du secteur privé (2013-2017), La stratégie du genre (2014-2018), ainsi que La Stratégie Décennale (2013-2022) du groupe de la BAD. Au cours de la deuxième année, elle s’éclate car voulant être dans l’opérationnel, elle est envoyée dans la division énergie. Et là, elle participe à l’évaluation des projets et à leur gestion dans 17 pays africains.

Une des premières missions de Komal Hassamal a lieu au Liberia et la voiture dans laquelle elle voyage en brousse a une panne. Le seul commerce ouvert n’a pas d’eau embouteillée à vendre mais la plus fameuse des boissons gazeuses d’une grande multinationale et celle-ci lui est servie à température ambiante. «Cela parce qu’il n’y avait pas d’électricité, un besoin primaire. Je me suis dit que ce n’est pas possible que, de nos jours, des pays en soient encore privés et je me suis rendu compte de l’implication que cela peut avoir sur la santé, l’éducation, la sécurité, etc. Et c’est pour cela que je me suis dit qu’il fallait que je mette mes connaissances au service des autres.»

«Ce n’est pas possible que des pays soient encore privés d’électricité.» 

Plusieurs projets l’ont marquée. Notamment le projet Inga hydroélectrique à partir du fleuve Congo en République Démocratique du Congo, et qui devrait générer 4 000 MW d’électricité, un potentiel qui pourrait éclairer tout le continent africain. L’application dudit projet a pris du retard en raison des questions environnementales et surtout politiques. Un autre gros projet sur lequel elle a pris plaisir à travailler a été un projet solaire avec une capacité de production de 500 MW dans le désert du Maroc avec une technologie innovatrice pour le continent africain, soit deux centrales solaires thermiques. Un des avantages de ce projet réside dans sa capacité à générer de l’électricité la nuit.

Komal Hasssamal voyage beaucoup sur le continent et se retrouve souvent seule femme en compagnie d’ingénieurs de la BAD qui ont le double de son âge et une plus grande maîtrise de la technicité des dossiers. Cela ne la gêne pas. Elle pose des questions car elle veut comprendre tous les mécanismes. Elle enchaîne les pays du continent, parfois au péril de sa vie, notamment lorsqu’elle séjourne dans certaines contrées où le virus Ebola est prévalent. À un moment, elle se retrouve même sous une fusillade au Mali. Mais elle ne lâche pas prise. Sa résistance lui vaut d’ailleurs l’appellation de kamikaze.

Dès la deuxième année, elle est nommée Senior Climate Finance Officer et gère avec une petite équipe le portefeuille des énergies renouvelables de la BAD. Elle aide les pays à accéder aux divers fonds climats pour développer les énergies renouvelables sur le continent. Elle bouge avec le siège social lorsque celui-ci va s’établir en Côte d’Ivoire. Et, en parallèle, elle suit une série de cours, notamment en réforme du secteur énergétique et en Renewable Energy Finance. Au bout de cinq ans, elle sent que si elle veut rester à la pointe des innovations technologiques dans ses domaines de prédilection, c’est dans les pays occidentaux qu’elle doit poursuivre sa carrière. Elle quitte donc la BAD en juin 2017 et part s’installer à Londres.

Après avoir autant travaillé et étudié, elle s’accorde presque une année sabbatique lors de laquelle elle suit des cours pour le plaisir. Elle en profite aussi pour voyager. Lors d’un de ses déplacements à Rome, elle rencontre des hauts cadres de l’International Fund for Agricultural Development. Ils lui ont confié la révision de la qualité de la formulation des projets de certains pays d’Afrique, notamment le Tchad et le Burundi. Ce qu’elle voudrait, c’est mettre ses compétences au service d’une importante organisation internationale et elle est actuellement en recherche. «Ce que je souhaite par-dessous tout, c’est de partager ces connaissances pour pouvoir donner encore aux autres et contribuer au développement de mon pays», dit celle qui a regagné Londres mardi.

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