Secteur manufacturier: difficile course vers la compétitivité

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La croissance du secteur manufacturier demeure inférieure au taux de croissance nationale.

La croissance du secteur manufacturier demeure inférieure au taux de croissance nationale.  

C’est le nerf de la guerre de l’industrie manufacturière depuis ces dix dernières années: augmenter la compétitivité et la productivité pour, à la fois, survivre sur le marché local d’une part et d’autre part aller à la conquête de l’impitoyable marché international. C’est d’ailleurs autour de ce point fondamental que s’articule le mémoire budgétaire de Business Mauritius (BM) pour ce qui est du secteur manufacturier intitulé «Accentuating the Competitiveness of our Manufacturing Base». Tour d’horizon des défis du secteur et des solutions proposées. 

Baisse de la valeur ajoutée brute du secteur en dix ans  

13,1 % en 2018, contre 17 % il y a dix ans. C’est la baisse de la contribution à la valeur ajoutée brute (Gross Value Added) du secteur manufacturier souligne BM. Pire : «La croissance du secteur demeure inférieure au taux de croissance nationale et les entreprises tournées vers l’export affichent une croissance négative depuis ces trois dernières années», constate l’association qui représente l’ensemble du secteur privé dans son mémoire. Or, Maurice a besoin d’une base manufacturière solide à son stade de développement actuel, que ce soit pour créer de l’emploi, un écosystème pour le développement de la petite industrie ou pour générer des devises étrangères et contribuer au développement socio-économique du pays dans son ensemble. 

Une embellie toutefois du côté de nos principaux partenaires commerciaux. La France, les États-Unis et l’Afrique du Sud devraient afficher des taux de croissance plus élevés en 2018 et 2019 en comparaison de 2017 selon le Fonds monétaite international (FMI), à l’ex- ception du Royaume-Uni. 

L’outil fiscal pour attirer l’investissement  

Selon Bruno Dubarry, Deputy Chief Executive de l’Association of Mauritian Manufacturers (AMM), le manque d’investissement dans le secteur s’explique justement par son manque de compétitivité. «L’industrie locale doit faire un saut de compétitivité et d’attractivité pour de nouveaux investissements et une nouvelle génération d’entrepreneurs. L’outil fiscal est capital dans ce cas», explique-t-il. Raison pour laquelle l’AMM demande un alignement de la corporate tax à 3 % pour davantage d’intégration au sein du secteur, que ce soit pour les entreprises tournées vers le marché local ou l’export. 

L’association demande également une extension du crédit de taxe sur l’investissement (actuellement à 15 %) pour tout le secteur. D’autre part, l’AMM vise une expansion régionale, notamment pour les produits labellisés Made In Moris. Bruno Dubarry cite à cet effet la création d’un espace «pour la promotion des produits labellisés Made in Moris à l’aéroport SSR» et la réalisation d’une étude pour la promotion de ces produits dans la région. 

En outre, ce qui inquiète également l’AMM, c’est la situation des industries «stratégiques» qui assurent la sécurité alimentaire et l’approvisionnement d’autres activités économiques, à l’instar du segment agroalimentaire. «Pour celles-là il faut un mécanisme compensatoire dans les cas d’augmentation drastique de produits importés conjuguée à une chute de la production locale, l’AMM demande un rabais sur l’import d’intrants (matières premières) et une exonération de corporate tax pour permettre leur optimisation», avance-t-il. Autre piste de réflexion sur laquelle se lance l’association : une compensation salariale qui intègrerait des indicateurs de performance économique, sociale et environnementale de l’entreprise ou du secteur. 

Stabilité économique et politique 

Selon Jonid Dowlut, directeur et fondateur d’AfricAsia Electronics Manufacturing Ltd, entreprise spécialisée dans la fabrication de téléviseurs pour l’export vers des marchés africains, le problème du secteur se résume en trois points : manque de main-d’œuvre qualifiée, coût de la main-d’œuvre trop éle- vé et coût du transport (fret aérien et maritime) exorbitant. Tout cela, dit-il, constitue de véritables obstacles aux opérateurs et aux aspirants investisseurs. Pourtant, Maurice possède un atout majeur dans la région africaine selon lui. Il s’agit de sa stabilité politique et économique.  

«Lorsqu’un investisseur s’implante à Madagascar ou dans d’autres états africains par exemple, il ne sait pas si son entreprise pourrait être nationalisée ou pas. À Maurice, nous n’avons pas ce problème» souligne-t-il. Un atout qu’il faudrait davantage travailler et affiner avec des mesures pour régler les problèmes de coûts de production, explique-t-il. Malgré ses difficultés, il ne baisse pas les bras pour autant. Il fait d’ailleurs partie des rares investisseurs locaux à s’être lancés dans le secteur manufacturier depuis ces cinq dernières années. Les opportunités, dit-il, sont multiples, notamment sur le continent africain. 

Rs 108 millions 

C’est le montant des investissements directs étrangers en 2017, selon les chiffres publiés par la Banque centrale hier. Un montant largement inférieur à celui de 2016 (Rs 511 millions) et légèrement supérieur à celui de 2015 (Rs 91 millions). La majeure partie des investissements en 2018 a été engloutie par le secteur de l’immobilier de luxe (Rs 8,8 Mds). 

Quelques-unes des mesures phares proposées par Business Mauritius 

 Intensifier notre présence sur nos principaux marchés tout en nous diversifiant sur des marchés à forte croissance. Investir dans un «break water system» au port de Port-Louis. Résoudre le problème des ressources humaines au niveau du cargo. Accélérer le remboursement de la TVA sur l’importation des matières premières pour les entreprises centrées sur le marché intérieur (Domestic Oriented Enterprises-DOE). Simplifier les procédures pour la réclamation de la TVA sur l’achat des équipements. Créer un «Occupation Permit scheme» attrayant pour les innovateurs. Une corporate tax réduite à 3 % pour les entreprises manufacturières tournées vers le marché local (DOE) sur huit ans afin qu’elles puissent développer leurs capacités d’exportation et faire face aux produits importés. Offrir une subvention aux DOE pour qu’elles puissent mettre sur pied leur site de vente en ligne ainsi qu’une aide financière pour une assistance légale dans la création de contrats d’exportation. 

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