Stacy Fourmacou: «Favoriser l’émergence des entrepreneurs locaux au sein des quartiers dits vulnérables»

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Stacy Fourmacou, coordinatrice du projet Esafodaz.

Stacy Fourmacou, coordinatrice du projet Esafodaz. 

Stacy Fourmacou est coordinatrice du projet Esafodaz, géré par l’ONG Youth S.C.E.A.L. Cette organisation vise à renforcer les capacités de jeunes et en fédérer d’autres pour mener à bien le développement communautaire et l’amélioration de la qualité de vie au sein des quartiers vulnérables. Esafodaz est une initiative de soutien à l’entreprenariat local, notamment le 100 % fait main. 

Esafodaz a été officiellement lancé cette année. En quoi consiste ce projet ?  

Les activités de Youth S.C.E.A.L s’articulent au- tour de trois axes : éducation, employabilité et entreprenariat. Esafodaz est notre initiative de soutien à l’entreprenariat local. Elle vise à favoriser l’émergence des entrepreneurs locaux, surtout au sein de quartiers dits «vulnérables». À travers Esafodaz, nous voulons mettre encore plus en l’avant le savoir-faire local, en augmentant la visibilité des produits et facilitant l’accès à ces mêmes produits (faire le pont entre les produits et les clients potentiels). 

Concrètement, comment vous vous y prenez pour faciliter l’accès aux produits et à les rendre plus visibles ?  

Nous avons notre page Facebook (esafodaz) : la principale vitrine. Puis, nous mettons actuellement en place une collaboration avec un réseau de boutiques à travers l’île. Chacune arborant un concept différent, seuls les produits qui adhèrent à leurs thèmes respectifs sont acceptés. Nous essayons aussi d’être présents dans les Craft Markets, actuellement très en vogue et qui ont lieu dans des centres commerciaux ou des restaurants. 

Faire valoir le sa- voir-faire de ces entrepreneurs que vous suivez en travaillant sur la visibilité de leurs produits est-il le seul axe de travail du projet ?  

Il y a aussi le soutien en tout genre qui leur est apporté, qu’il s’agisse de l’aide à la mise en place de leur petite entreprise, de conseils sur les produits «tendances» à exploiter pour répondre à une certaine demande ou tout simplement de faciliter pour eux la comptabilisation des profits. Esafodaz veut devenir sur la durée une structure qui facilite la collaboration entre les entrepreneurs. 

En quoi cette collaboration est-elle importante ?  

Elle permet de faire émerger de nouveaux concepts ou une plus grande capacité de production. Les entrepreneurs ont souvent des compétences complémentaires, voire des produits complémentaires. Travailler en réseau leur permet d’améliorer le produit et d’augmenter son authenticité, ainsi que la capacité de production, généralement assez limitée dans la production artisanale. 

Quel est l’intérêt général et le potentiel que vous notez en termes d’entreprenariat parmi votre public-cible ?  

L’intérêt est émergent. Les entrepreneurs savent qu’être compétent dans un domaine spécifique ne suffit pas à mettre en place une entreprise. Une personne faisant de beaux bouquets n’atteint pas toujours les objectifs de vente escomptés, parfois à cause d’un manque de visibilité, ou parce que la vente demande des compétences additionnelles spécifiques. Il y a aussi cette intimidation face à un public potentiel. Parfois, face à un intérêt pourtant bien présent, la rigueur manque, le doute s’installe et tout ceci bloque les prises de risques, notamment celui de s’aventurer vers des produits plus novateurs. Nous constatons aussi que souvent l’entrepreneuriat se pratique dans le seul but de toucher un revenu alternatif. 

Pour des personnes issues de groupes vulnérables – votre principal public-cible –, se lancer dans l’entreprenariat avec l’objectif d’en faire sa principale source de revenus et non juste un revenu alternatif, la prise de risques est d’autant plus conséquente…  

Oui, effectivement, et c’est pour cela qu’Esafodaz veut se positionner comme une structure de soutien sur trois axes spécifiques : faciliter l’accès au marché et marketing, favoriser la collaboration entre entrepreneurs et aider l’entreprise à se lancer. Les défis sont multiples, nous en sommes bien conscients, mais ils sont réalisables ! La transition sera graduelle car trouver un public réceptif et fidèle prend du temps. La décision de s’y mettre à plein temps demeure celle de l’entrepreneur. 

Quelles sont les conséquences de se lancer dans une démarche entrepreneuriale dans la seule optique d’obtenir une source alternative de revenus ?  

La personne n’investit alors que dans le but de récupérer vite et avec une bonne marge. La production en masse ne peut donc pas se faire car les ressources manquent. Il y a parfois peu d’innovations car, d’une part, la formation reçue était générale et puis, le choix des produits se fait en fonction de ce qui se vend plus facilement. 

Esafodaz souhaite aussi promouvoir «l’achat conscient» et ce faisant, permettre l’émergence de la créativité locale. Qu’entendez-vous par là ?  

Acheter local, c’est contribuer à l’économie, encourager le savoir-faire et valoriser la créativité. L’achat conscient passe par une décision de trouver des réponses à ses besoins en cherchant dans des produits locaux au lieu de produits venus d’ailleurs, afin de permettre aux entrepreneurs locaux de vivre de ce qu’ils produisent et, dans un contexte plus large, contribuer à un secteur qui s’épanouit ! Pour l’instant, les produits qui émanent du savoir-faire local ne sont pas les plus accessibles et l’achat du 100 % Mauricien est un concept qui a encore un bout de chemin à faire avant de trouver sa place dans nos maisons. 

Quels sont les plus gros challenges auxquels vous faites face pour le moment ?  

L’accès au marché, qui laisse peu de place aux produits faits main 100 % locaux. Il y a aussi la conscientisation des Mauriciens autour de l’importance de l’achat local, et autour du fait que les produits faits main locaux sont tout aussi bien en termes qualitatif. Puis, convaincre les artisans d’adapter les produits en fonction de la tendance peut être un challenge, de même que de devoir leur rappeler qu’être plus pointilleux sur les détails fera la différence. 

Le profil ciblé 

En 2016, avec le soutien de l’organisation Ti Rayons Soleil, Youth S.C.E.A.L a mis en place cette initiative dans la région de Vacoas auprès d’un groupe d’entrepreneurs confirmés ou aspirants, surtout des femmes. La branche de Caritas île Maurice à Vacoas avait aussi référé des participants. Cette fois, il est prévu que Youth S.C.E.A.L contacte des associations communautaires et différentes organisations engagées dans l’artisanat (une vingtaine a déjà été répertoriée) pour qu’elles y réfèrent des participants.  

Sont aussi ciblés de potentiels entrepreneurs au sein des quartiers vulnérables, qui souhaitent porter une idée rejoignant celle de mettre en avant le savoir-faire local à travers l’artisanat. De manière plus large, les entrepreneurs locaux, qui adhèrent au concept et qui seront aptes à contribuer de manière significative à la diversité des produits. L’artisanat local est un créneau qui est porteur, souligne Sean Fourmacou. «La restauration l’est aussi mais demande davantage de rigueur et de ressources. La prise de risque est aussi plus conséquente même si les revenus peuvent être substantiels.» 

Les étapes de la collaboration avec les artisans 

Rencontre des entrepreneurs à l’organisation Baz’Art Kreasion. 

À travers Esafodaz, Youth S.C.E.A.L rencontre les entrepreneurs ou aspirants entrepreneurs qui sont dans des structures déjà existantes (ONG, coopératives) ou à travers le «bouche à oreille».  

Dans un premier temps, il y a un effort de l’association de mieux comprendre le/les produit/s que propose la personne souhaitant se lancer ou déjà engagée dans une démarche entrepreneuriale. Youth S.C.E.A.L procède alors à une analyse du produit dont il est question.  

Ceci comprend de noter les produits en fonction de 15 critères, ce qui permet d’évaluer les forces et faiblesses de l’artisan et de ses créations. Par la suite, des exemples réels de ce qui existe déjà sur le marché sont communiqués, en insistant sur l’importance de se démarquer pour s’illustrer.  

Entretemps, la personne suivie fait part de la liste de ses besoins – si elle a du mal à parler aux clients et veut apprendre à le faire par exemple, ou si elle souhaite placer ses produits dans des boutiques spécifiques. Un entrepreneur plus expérimenté aura des demandes spécifiques, explique Sean Fourmacou, président de l’association – la livraison du produit, le packaging…– alors qu’un autre qui débute sera plus vague ; il souhaitera peut-être simplement rencontrer des clients potentiels et voir la réaction du public face au produit présenté.  

De là, l’équipe d’Esafodaz dresse un profil de l’entrepreneur, très utile pour lui permettre dès le départ de bien évaluer les attentes, celles qu’elle peut ou ne peut pas combler par manque de connaissances ou de ressources financières. Le profil établi lui donne aussi un aperçu du processus de création, les difficultés à prévoir, ou le marché ciblé.  

Les services d’Esafodaz s’articulent ensuite autour des besoins identifiés. L’équipe informe dès le départ la personne suivie que tous les points qui ont été soulevés n’ont pas forcément de réponse immédiate, mais pourront peut-être trouver des solutions adéquates en cours de route. 

À propos de Youth S.C.E.A.L 

L’équipe de Youth S.C.E.A.L. 

Fondée en 2013, Youth S.C.E.A.L est gérée par un groupe de jeunes ayant pour mission d’offrir une plateforme d’information et de services visant au renforcement des capacités des habitants des communautés vulnérables (en particulier les jeunes). Le tout en y promouvant l’éducation, à travers des actions visant à contrer le décrochage scolaire, très présent dans les communautés défavorisées, et de développer l’esprit d’entreprise. L’un des moyens pour Youth S.C.E.A.L d’atteindre ses objectifs est d’encourager les jeunes pour qu’ils deviennent des professionnels qualifiés en leur présentant une vitrine de possibilités vers de futures carrières. Dans cette optique, plusieurs initiatives visant à combler l’écart d’alphabétisation, promouvoir la culture de l’entreprenariat et développer la culture d’entreprenariat local ont été lancées. Il est possible de contacter l’association par e-mail : [email protected] ou via sa page Facebook : https://www.facebook.com/YouthSCEAL/ 

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