Sites de rencontre: hymne à l’amour et à l’arnaque

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(Photo d'illustration)

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«Étant de nature timide, j’ai opté pour des sites de rencontre. Ça ne m’engageait à rien», confie Jennifer. Âgée de 21 ans, elle se lance sur la toile en 2011. Et en juillet, une belle surprise l’y attend : Julien, 25 ans. Les deux jeunes gens s’échangent des messages pendant trois semaines. Puis, c’est la rencontre dans un lieu public. «Le courant est passé tout de suite. Je ne stressais pas beaucoup car j’avais l’impression de connaître la personne. On avait échangé des photos récentes, donc pas de surprise. Mais on se pose toujours la question : va-t-on lui plaire ?» La réponse ne tarde.

En effet, l’amour fait son chemin entre les deux internautes. Et le 31 mai 2015, alors que Jennifer attend l’arrivée d’une amie dans un beau restaurant face à la mer, Julien dé- barque et lui fait sa demande en mariage. «C’est la seule personne que j’ai rencontrée physiquement. Et c’était lui, ma moitié», raconte-telle. Vivant en France, le couple s’est uni le 2 septembre 2017. «Nous sommes heureux grâce au site. Nous sommes l’exemple que sur Internet, il peut y avoir des rencontres magnifiques et non juste celles d’un soir. Mais il faut faire attention, certaines personnes veulent juste profiter des autres et ne sont pas sincères.»

Effectivement, si certains y trouvent la perle rare, d’autres ont vite déchanté. Jeannine, retraitée et habitante du centre de l’île, en sait quelque chose. « Je n’ai plus rien. Il m’a menti, il m’a tout pris. Je ne sais plus quoi faire», se lamente-t-elle. Divorcée depuis 25 ans et seule, comme sa fille vit à l’étranger, elle espère retrouver l’amour. Inscrite sur un site de rencontre, elle y croise Marco, qui dit habiter à Monaco. Pendant un an, ils correspondent. Le 2 février 2018, celui-ci débarque à Maurice. Il la contacte et lui demande de l’héberger, ce que Jeannine accepte. Marco y séjourne quelques jours puis repart. La contactant de nouveau, il revient peu après. «Il m’avait demandé de l’argent en échange d’un chèque. Il m’a offert des chocolats et une boisson. Après les avoir consommés, je ne me rappelle plus de ce que j’ai fait», relate-t-elle.

Malheureusement, Marco, qui s’avère un arnaqueur algérien qui drogue ses victimes au chocolat pour les dépouiller, ne l’épargnera pas. Selon ses dires, l’homme lui aurait volé sa carte bancaire et vidé son compte. Résultat : Rs 80 000 d’économies issues de sa retraite, parties dans ses poches. Comble de malheur, l’escroc récidive le lendemain. Cette fois-ci, il lui raconte qu’il doit se rendre chez un homme d’affaire chinois pour des bijoux. «Il m’a demandé de lui remettre les miens pour les faire nettoyer. J’y ai cru. Je lui ai même remis ceux de ma sœur», indique la victime. Marco les emballe dans un torchon imbibé d’une solution. Le lendemain, l’homme disparaît. Après un appel de sa sœur réclamant ses bijoux, elle découvre que ce dernier a déjà quitté le pays. Entre-temps, il a été arrêté par les autorités américaines.

Cependant, les dégâts matériels et émotionnels sont considérables pour sa victime : «J’ai eu le choc de ma vie. D’autant qu’en fouillant la maison, j’ai trouvé le torchon. Il recouvrait une boîte. J’avais l’espoir de les retrouver. Mais il ne contenait que des mégots de cigarette. J’avais envie de me suicider», indique-t-elle

Ce sentiment d’impuissance a également animé Selven, 42 ans. Las des relations tumultueuses réelles, il se tourne vers le virtuel. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de Cassandra, une jeune comorienne de 30 ans, sur un site de rencontre. Attiré dès le premier regard, Selven en tombe rapidement amoureux. «Elle vivait chez sa tante car ses parents avaient divorcé depuis son enfance. Elle avait l’air d’être très malheureuse. Je voulais la sortir de là», raconte-t-il. Les «tourtereaux» s’envoient des messages, s’appellent via Skype pendant plusieurs mois. Selven la présente à ses parents et est persuadé qu’il s’agit de la femme de sa vie. Celle-ci ne cesse de lui clamer son amour en retour. La relation va bon train et un mariage se profile.

Quelque temps plus tard, elle lui évoque des difficultés financières et son souhait de créer une petite entreprise. Toutefois, les fonds font défaut. Selven lui fait un transfert de Rs 30 000 pour la soutenir. «Je ne voyais pas la supercherie. J’étais comme aveuglé. Elle s’était moquée de moi. Elle ne m’avait jamais aimé. Cela m’a brisé. J’y avais vraiment cru.»

Suivant une dépression, Selven a sollicité l’aide d’un psychologue. Grâce à cet encadrement, il tâche de remonter la pente.

Questions à…

Baucheron de Boissoudy, psychologue: «L’amour repose souvent sur l’illusion que la personne aimée est parfaite»

Pourquoi cette ruée vers le virtuel pour trouver l’amour ? Les exigences de la vie moderne entraînent les gens à travailler beaucoup. Ils manquent de temps et d’opportunités pour rencontrer l’âme sœur. Les sites de rencontre proposent une solution séduisante pour de nombreuses personnes. On est mis en relation avec des personnes qui cherchent la même chose : une rencontre amoureuse.

Pourquoi certain(e)s se font arnaquer ?

Le besoin d’amour est si fort pour certaines personnes qu’elles se laissent emporter par leurs sentiments et leurs émotions, privées de leurs capacités d’analyse, de vigilance et de clairvoyance. L’adage «L’amour rend aveugle» illustre bien ce propos. L’amour, surtout au début d’une relation, repose souvent sur l’illusion que la personne aimée est parfaite et va apporter une réponse à toutes les attentes. À partir de là, il y a une grande vulnérabilité car étant «tombées amoureuses» certaines femmes vont baisser leur garde, faire confiance. Certains hommes vont manipuler leur victime en demandant de l’argent pour un soin important, pour payer leur billet d’avion afin de venir la rejoindre, pour payer leur divorce, etc.

Comment éviter cela ?

 Il ne faut, premièrement, jamais se précipiter. Malgré l’effet «coup de foudre», il ne faut en aucun cas s’engager dans les trois premiers mois suivant une rencontre. Ne pas quitter son emploi, son mari, ses enfants, donner de l’argent et encore moins se marier tant qu’on ne se connaît pas vraiment. Deuxième principe : tant que l’on n’a pas rencontré la personne chez elle, avec sa famille et dans son travail, il est impossible d’évaluer l’authenticité de son caractère.

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