Transplantation d’organes: «Aujourd’hui, Maurice aurait dû être positionné sur la carte mondiale»

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Selon le Dr Rajiv Upadhyaya, chirurgien, un site avait été identifié à l’hôpital Jawaharlal Nehru, pour une unité spécialisée de transplantation d’organes.

Selon le Dr Rajiv Upadhyaya, chirurgien, un site avait été identifié à l’hôpital Jawaharlal Nehru, pour une unité spécialisée de transplantation d’organes. Selon le Dr Rajiv Upadhyaya, chirurgien, un site avait été identifié à l’hôpital Jawaharlal Nehru, pour une unité spécialisée de transplantation d’organes.    

La nouvelle loi sur le don et la transplantation d’organes («Human Tissue (Removal, Preservation and Transplant) Bill») sera débattue une nouvelle fois au Parlement le 8 mai. Quel est le système actuel? Ce cadre légal est-il nécessaire?
Il n’y a aucun système en vigueur localement. Dans les années 1990 et 2000, la transplantation était effective. Mais depuis 2015, il n’y a plus rien. Le ministère de la Santé ne fait rien non plus.

En 2006, le Transplantation Bill a été rédigé, soumis au Parlement et avait reçu le «clearance» du Parquet. Jusqu’à maintenant, cette loi n’a pas été entérinée. Ce que je sais, c’est que la nouvelle loi contient quelques paragraphes additionnels et l’extension de dons aux proches et amis. Cela ne change pas grand-chose, comparé à la loi précédente.

« Le donneur devrait être dédommagé légalement. Il fait quelque chose de bien en donnant un organe. Le gouvernement devrait s’en préoccuper…»

Pourquoi?
C’est un aspect sensible que de prélever des organes humains. Il y a une crainte, surtout lorsqu’il est question de faire des prélèvements sur un être vivant. D’ailleurs, sur la scène internationale, on parle beaucoup de trafics. Les gens du ministère ont sûrement eu peur de cela. Si ces transactions monnayées liées aux organes sont diffusées dans les médias, cela aura des conséquences mondiales. Cela ruinera la réputation du pays…

Cette nouvelle loi est donc un coup d’épée dans l’eau?
Si l’État voulait la mettre en pratique, il aurait dû le faire plus tôt. Combien d’années se sont écoulées depuis ? Aujourd’hui, Maurice aurait dû être positionné sur la carte mondiale en termes de centre de transplantations. Au contraire, nous avons tout arrêté. C’est honteux.

Figurez-vous que l’on avait identifié un site à l’hôpital Nehru pour une unité spécialisée. Un architecte avait même conçu les plans de structure. On a fixé la date de la pose de la première pierre. Mais cela ne

s’est jamais fait ! C’est un gaspillage d’argent. Pourquoi ? Il faut que le ministère y réponde.

Quel est le risque de trafic d’organes pour Maurice?
Il faut prendre de bonnes et braves décisions. Dans plusieurs pays, la vente d’organes se fait officieusement. Le risque de trafic ne concerne pas seulement Maurice. Celui-ci est énorme. Le contrôle du marché noir des organes dépend de la sévérité de la loi.

En 2015, j’ai écrit à Anil Gayan, alors ministre de la Santé, pour pouvoir effectuer des transplantations rénales. Jusqu’à maintenant, je n’ai pas reçu la moindre réponse.

Mais, à Maurice, la «vente d’organes» est une réalité…
Cela se fait et ce n’est pas une bonne chose. Les transactions financières ne devraient pas avoir lieu. En revanche, le donneur devrait être dédommagé légalement. Car il subit une intervention et ne pourra travailler pendant un certain temps. Il fait quelque chose de bien en donnant un organe. Le gouvernement devrait s’en préoccuper. Mais là, l’État dira qu’il ne peut indemniser le donner. De plus, quand vous donnez quelque chose, la mentalité change. On ne peut contrôler, ni prévenir les abus.

Quels sont les organes les plus demandés pour la transplantation ?
À Maurice, il n’y a que les reins et les cornées. La transplantation rénale a commencé en 1991, avec des équipes étrangères de l’Inde et d’Afrique du Sud. Puis, j’ai pris le relais de 1993 à 2014. Nous avons plus de 120 cas d’insuffisance rénale annuellement.

Et le nombre de transplantations rénales ?
Depuis 2015, il n’y en a aucune effectuée à Maurice. Lorsque j’ai pris ma retraite en 2014, j’ai formé un chirurgien dans cette discipline. Il procédait à une ou deux transplantations par an. En 2015, il a informé le ministère de la Santé qu’il n’en ferait plus. Dans la fonction publique, aucun chirurgien ne le fait, selon mes collègues. S’il y a des donneurs compatibles, on envoie les patients en Inde pour ces interventions.

Pourtant, l’attente de transplantation pour les patients est très longue…
Effectivement, beaucoup de patients attendent d’avoir un donneur compatible. En ce moment, plus d’un millier de patients sont sous dialyse. Et 40 % d’entre eux seront sujets à une transplantation, à condition d’avoir un donneur compatible. Un fait intéressant avec la nouvelle loi est qu’elle étend cette compatibilité aux amis et membres de l’entourage du patient. Cela était précédemment restreint à la famille proche.

Quelles sont les difficultés associées au don d’organes ?
Principalement, cela vient de la volonté des gens eux-mêmes à faire don de leurs organes. Ils peuvent être compatibles avec le patient mais ils ont peur ou subissent des pressions familiales. Il y a aussi la crainte des risques. Or, ceux-ci sont minimes et temporaires. J’ai procédé à plus de 300 transplantations rénales à Maurice. Personne n’en est décédée.

Bien que la compatibilité soit un facteur clé, la transplantation peut être infructueuse. Pourquoi ?
Les frères et sœurs constituent les meilleurs donneurs. On procède à plusieurs tests, dont celui du Human Leucocyte Antigen (HLA). Dans l’idéal, il faut un taux de HLA le plus proche du receveur. En dépit de cela, il y a toujours des risques que cela ne marche pas après. J’ai déjà effectué des interventions où le HLA était différent, mais le rein a fonctionné pendant dix ans. Parallèlement, avec un full HLA, il est arrivé qu’un rein n’a tenu que six mois.

On ne peut prédire ce qui peut arriver. Les retombées dépendent des traitements médicaux et de l’hygiène de vie. Dans 2 % des cas, cela peut ne pas fonctionner immédiatement. Des rejets peuvent survenir dans les trois à six mois après la transplantation. Avec un traitement adapté, l’organe arrive à fonctionner normalement dans 90 % des cas. Cependant, la durée de vie sera plus courte.

Il peut arriver que l’on ait recours à une seconde, voire une troisième, transplantation si le rejet persiste. Le risque ici dépend du système immunitaire du patient. En fait, tout ce qui est étranger au corps suscite une levée d’anticorps pour le rejeter. Si le rein transplanté est dysfonctionnel, le patient doit retourner à la dialyse.

Qu’en est-il des prélèvements sur des personnes décédées ?
Dans ce cas, on parle de donneurs sur des cadavériques. Cela aurait dû être fait depuis longtemps à Maurice. On en parlait déjà en 2006. J’avais d’ailleurs été formé en ce sens à Leeds, en Angleterre.

Pourquoi cela n’a-t-il pas été appliqué ? Le ministère de la Santé aurait dû le faire. En 2015, j’ai écrit à Anil Gayan, alors ministre de la Santé, pour pouvoir effectuer des transplantations rénales. Jusqu’à maintenant, je n’ai pas reçu la moindre réponse. Même si celle-ci était négative, il aurait dû au moins me répondre. Pourtant, Maurice avait un fort taux de réussite en ce qui concerne ces interventions, soit près de 85 %, ce qui rejoint les chiffres internationaux.

Regardez aujourd’hui, aucune opération ne peut se faire localement. Des transplantations cadavériques peuvent être effectuées, mais dans un cadre légal et par un chirurgien formé. À ce stade, cela se fait, mais uniquement avec le consentement des proches du défunt. La religion et l’éthique sont aussi des facteurs à considérer.

Bio Express

Originaire de l’Inde, le Dr Rajiv Upadhyaya y a suivi sa formation professionnelle. Marié à une Mauricienne, il s’est installé à Maurice en 1981. Il part travailler au Zimbabwe en 1982. Il revient à Maurice après un an, ayant décroché un poste de chirurgien général. Il intègre ensuite l’hôpital du Nord, puis celui de Rose-Belle. Retraité depuis 2014, il est de service à la clinique Wellkin.

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