Emplois dans le textile: la technologie comme planche de salut

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«Plusieurs compagnies de textile disposent de leurs propres unités académiques pour former, reformer et remettre à jour les compétences du personnel.»

«Plusieurs compagnies de textile disposent de leurs propres unités académiques pour former, reformer et remettre à jour les compétences du personnel.» 

À avril 2018, 23 489 expatriés étaient employés dans le textile selon le Human Resource and Development Council (HRDC). Mais ces chiffres sont en deçà de la réalité, estime Reaz Chuttoo, de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP) : «Le secteur comprend 65 000 employés dont 45 000 sont des étrangers. Des autres 20 000 qui sont Mauriciens, 15 000 sont aux postes manuels et 5 000 à des fonctions de gestion». D’après le HRDC, le taux de contribution du textile à l’économie a connu une baisse considérable, étant passé à 3,7 % en 2018, comparativement à 5 % en 2010 et 8,1 % en 2004. Pourtant, cette filière équivaut à 48 % en termes d’emplois dans le secteur manufacturier à Maurice. 

Pourquoi file-t-on un mauvais coton dans le textile ? «Le secteur dépend largement de la main d’oeuvre étrangère. 64 % des participants à notre étude affirment en employer car les Mauriciens ne veulent pas travailler à ces postes et ne possèdent pas les aptitudes et expériences requises», précise le Dr Harris Neeliah, manager du département Research and Projects au HRDC. Ce constat, explique-t-il, prévaut également pour les postes de gestion et à responsabilité, ajoute-t-il. 

Polyvalence des étrangers 

De son côté, Eric Dorchies, Chief Operating Officer de CIEL Textile, qui emploie 4 000 personnes, affirme que cet environnement d’affaires est et restera volatil. Aussi, précise-t-il, chaque acteur doit bien comprendre les défis et changement du secteur.  

En effet, l’étude du HRDC démontre que les ouvriers étrangers offrent plus de flexibilité, sont polyvalents et coûtent moins cher, comparés aux employés mauriciens. De plus, ceux-ci ne disposent pas des qualifications nécessaires pour occuper ces postes. 

«Le domaine regorge d’opportunités pour des techniciens électroniques, des designers, des analystes, des superviseurs, des colour technologists. Ces métiers requièrent des qualifications plus avancées» 

Comment y remédier ? La technologie s’impose comme la planche de salut, indiquent nos interlocuteurs. «Il faut faire un rebranding du secteur en utilisant cette base technologique», déclare Harris Neeliah. Allant plus loin, Eric Dorchies soutient qu’avec l’installation et la propagation de nouveaux modes de consommation rapide, le textile a compris l’importance de la numérisation. D’où une adaptation pour plus de valeur ajoutée aux clients.  

«CIEL Textile a choisi d’évoluer vers un marché haut de gamme, ce qui nécessite que l’on investisse davantage dans une plateforme digitale», affirme-t-il. Des machines high-tech sont ainsi utilisées par l’entreprise. L’investissement dans ces technologies professionnelles crée ainsi de nouvelles avenues d’emplois à saisir.  

Multitude de métiers technologiques 

D’ailleurs, le HRDC désigne une multitude de métiers technologiques à développer rapidement. Cela inclut des postes liés à la recherche et le développement, le commerce électronique, des spécialisations en multimédia, la technologie des vêtements, l’impression digitale, entre autres. Par  conséquent, il incombe de briser l’image du textile renvoyant aux classiques emplois manuels pour se focaliser sur ces nouvelles perspectives. 

«La majorité des emplois dans le textile relève des opérateurs, machinistes et assembleurs. Mais le domaine regorge d’opportunités pour des techniciens électroniques, des designers, des analystes, des superviseurs, des colour technologists. Ces métiers requièrent des qualifications plus avancées», constate le représentant du HRDC. Dans cette lignée, Eric Dorchies soutient que l’entreprise s’attelle aujourd’hui à trouver des talents dans le «creative design» et en ingénierie spécialisée en applications 

informatiques et digitalisation. 

Recherche et développement 

Un autre domaine nécessitant l’attention est la recherche et le développement. Pour Kendall Tang, directeur de la compagnie RT Knits, le travail sur l’innovation est un atout face à la concurrence. «Lorsque nous arrivons à proposer un produit avant les autres, nous avons en général une meilleure marge.»  

Idem pour l’impression numérique, spécialisation professionnelle en textile qui suscite un véritable engouement technologique depuis quelques années. Cela contribue à la réduction des coûts fixes de lancement tout en alliant la flexibilité, soutient Kendall Tang. 

Compétences obsolètes 

En sus de ces nouveaux créneaux, la capitalisation sur les compétences locales est impérative. «Nous nous concentrons sur le développement des talents, conscients que notre capital humain est notre meilleur atout», soutient Eric Dorchies. Pour cela, il faut axer davantage sur l’inclusion des stages 

en entreprises en complément à la formation. «Travailler dans le textile et l’habillement peut sembler dur et répétitif aux yeux des Mauriciens. Or, il faut les mobiliser à intégrer les filières d’études susceptibles d’accroître leur employabilité dans divers secteurs», confie Harris Neeliah. 

Formation en dualité 

Bien qu’elle soit vitale, la formation dans le textile comme dans bien d’autres domaines est souvent décriée. Ainsi, dans plusieurs cas, à l’achèvement du programme d’études, les compétences acquises deviennent obsolètes avec l’évolution. Que faire face à ce «mismatch» ?  

Une des premières pistes est la formation en dualité, c’est-à-dire avec des cours dispensés à l’école et la mise en pratique en entreprise. Deuxièmement, il faut axer sur des aptitudes spécifiques telles que le travail d’équipe, la résolution de problèmes, la minutie, l’habileté d’apprentissage, entre autres, ajoute l’officier du HRDC. 

Formation interne 

Parallèlement, la formation interne doit être accentuée. Plusieurs compagnies de textile disposent de leurs propres unités académiques pour former, reformer et remettre à jour les compétences du personnel. Il s’agit d’ailleurs d’une méthode préconisée par CIEL Textile : «C’est une solution pour nous assurer que nos talents soient toujours en phase avec l’évolution de l’industrie. Nous l’appliquons avec l’académie 361 Master in Operational Excellence», précise Eric Dorchies.  

Avec l’intégration de la technologie, la mobilisation des jeunes en termes d’emplois dans le textile est requise, confient nos interlocuteurs. Comment ? Il faut valoriser les métiers nécessitant de hautes qualifications. «Nous devons montrer à la jeunesse mauricienne que le textile regorge de ces métiers qui s’alignent sur le présent et le futur de l’industrie. Ceux-ci sont tout aussi attractifs et lucratifs s’ils développent les bonnes compétences et mentalités», conclut Harris Neeliah. 

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