Kendall Tang: «Sur certains appareils, on peut économiser de 20 à 30% d’énergie»

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Kendall Tang, Chairman du comité de l’Energy Efficiency Management Office.

Kendall Tang, Chairman du comité de l’Energy Efficiency Management Office.

Professionnaliser l’installation des climatiseurs, bâtir écologiquement etinvestir dans le label énergétique : les actions sont enclenchées. Reconduit à la tête du comité de l’Energy Efficiency Management Office en avril, Kendall Tang reprend son bâton de pèlerin pour traquer le gaspillage d’énergie.

Un scandale financier de Rs 1,6 milliard autour d’une entreprise indienne en énergie renouvelable et impliquant Maurice vient d’être dénoncé. Quels risques courent notre pays en s’alliant à des prestataires étrangers pour de tels projets ?

C’est du ressort des responsables des services financiers. Cela va de soi qu’il y a un minimum de vérifications, une procédure à suivre à chaque fois que de grosses sommes d’argent sont investies dans un pays.

À quoi sert l’«Energy Efficiency Management Office» (EEMO) ?

Son rôle est de promouvoir l’efficacité énergétique à Maurice. Cette entité est née en 2011, à la suite de la promulgation de l’Energy Efficiency Act, en avril. Par la suite, le ministère de l’Énergie a créé la Mauritius Renewable Energy Agency (MARENA). L’EEMO s’occupe de l’efficacité énergétique et la MARENA des énergies renouvelables. Ce sont deux solutions possibles pour réduire notre dépendance énergétique, les émissions de carbone etla taxe sur l’environnement. D’une part, il faut travailler sur l’économie d’énergie et, d’autre part, remplacer les sources non renouvelables par celles renouvelables.

On crée souvent des organismes pour des causes mais, après, c’est juste du fonctionnement sur papier. Qu’en est-il du vôtre ?

C’est vrai que lorsqu’on lit la loi littéralement, on voit que l’office sert la promotion de l’énergie. En reprenant le rôle de Chairman, je ne voulais pas qu’on s’arrête à cela. Il fallait faire des choses concrètes…

Quels changements ont été apportés ?

On a rehaussé le minimum requis pourne pas subir des taxes à l’importation de certains appareils non ou moins efficients. Par exemple, on l’a fait pour certains appareils électroménagers. Depuis 2017, on a introduit le label énergétique. Ces appareils indiquent leur niveau d’efficacité. S’ils n’atteignent pas ce niveau, l’importateur devra payer des taxes supplémentaires.

Quels appareils ne sont pas pourvus de ce label et pourquoi ?

On n’a pas pu tout normaliser d’un seul coup. Aujourd’hui, le label est obligatoire pour trois catégories : les fours, les lave-vaisselle et les réfrigérateurs. Par contre, il reste le climatiseur, le lave-linge etc. Cela piétine pour des raisons techniques. Le Mauritius Standards Bureau, responsable des tests, n’a pas encore pu mettre en place les équipements et le laboratoire nécessaires pour les réaliser. On ne peut pas rendre obligatoire une loi si on n’a pas les moyens de tester son application. Mais c’est en bonne voie. On a déjà trouvé le financement.

Vous avez mené d’autres actions dans le concret ?

Nous avons axé nos actions sur l’éducation.Nous avons organisé des concours de vidéo pour solliciter une prise de conscience sur l’économie d’énergie. Auparavant, on ciblait les collégiens mais nous avons reçu un faible taux de participation, une quinzaine ou vingtaine. Et une fois l’événement terminé, cela s’arrêtait là. Maintenant, avec les réseaux sociaux, on peut toucher davantage de personnes. Nous avons des moyens très limités. Nous n’avons qu’un directeur et qu’un ingénieur. Avec un très petit budget de quelques millions de roupies par année. Je n’officie pas sur une base permanente. Je préside le comité. Son rôle est de définir la stratégie, le Master Plan, d’approuver les décisions, notamment sur certaines réglementations…

Comment fonctionne ce comité ?

Cette unité se réunit tous les mois et est composée de membres des ministères del’Énergie, de l’Environnement, du Transport,du Commerce, des Infrastructures et des Collectivité locales ; des représentants du secteur privé et des architectes et ingénieurs. Pourquoi des architectes ? On a travaillé sur le building code où on a intégré des minimums de performance énergétique à atteindre, notamment pour l’éclairage, la puissance de climatisation par mètre carré de bâtiment, etc.

Ces indicateurs permettent de faire des constructions écologiques. Il est crucial de prendre les bonnes décisions dès le départ. Car si c’est mal construit, on peut être pénalisé pendant des dizaines d’années.

Quels sont les projets à venir ?

Nous travaillons actuellement sur un Air conditioning framework. Parmi tous les appareils électriques, le climatiseur a le plus gros potentiel d’économie. Annuellement, nous importons plus de 50 000 unités. C’est une quantité énorme comparée aux autres types d’appareils électroménagers…

Paradoxalement, le climatiseur consomme bien plus d’énergie…

Absolument. Ce projet veut encadrer et réguler l’achat, l’installation, l’utilisation ainsi que la maintenance. Aujourd’hui, on a constaté que beaucoup d’installations ne sont pas réalisées correctement. Il y a des climatisations efficientes à l’origine.

Mais à cause d’une mauvaise isolation ou des quantités de réfrigérants inadéquates, tout cela peut entraîner des pertes énergétiques aussi drastiques que 50 % de la capacité de la climatisation. Il faut donc avoir des techniciens certifiés. N’importe qui ne pourra plusinstaller ces dispositifs au petit bonheur. Il faudra être formé professionnellement.

Ce projet est en cours et implique plusieurs aspects : les ingénieurs, les formations, les techniciens sur le marché, le contrôle des installations certifiées, la maintenance. Tout cela doit être mis en place. La difficulté est de faire toute cette coordination. Le ministère de l’Énergie ne peut pas tout décider.

On reproche souvent à Maurice sa dépendance aux énergies non renouvelableset un faible développement de celles renouvelables. Comment changer cela ?

Dès qu’on parle d’énergie, on pense irrémédiablement au renouvelable. Pourtant, sur certains appareils conventionnels, on peutéconomiser entre 20 à 30 % d’énergie. C’est la première solution à appliquer avant de penser au renouvelable, qui coûte bien plus cher. Il y a un manque d’intérêt dans l’étude de ces sujets scientifiques. Cela peut constituer une barrière car nous n’avons pas les bases nécessaires. On s’attarde sur le confort et l’usage basique de l’appareil. Le reste n’intéresse pas. Ce n’est pas juste chez le Mauricien mais une perception internationale.

Aujourd’hui, il est vrai qu’on dépend assez largement des énergies non renouvelables.L’État a fixé un objectif de 30 % d’énergies renouvelables d’ici 2025. Récemment, le ministre de l’Énergie a annoncé 28 % en 2020 déjà…

Cette marge de progression n’estelle pas trop peu ambitieuse ?

Oui, mais cela s’explique. Toutes les énergies renouvelables sont intermittentes. Par temps nuageux, le vent s’arrête, la production baisse. Il faut une certaine capacité à absorber et relâcher l’énergie sur le réseau. Le Central Electricity Board (CEB) a investi dans les batteries de stockage pour cela. Une deuxième installation est en cours. Après, on pourra en rajouter. Plus on veut augmenter ce pourcentage, plus cela coûtera cher au CEB.

Le Mauricien est-il un gros gaspilleur d’énergie ?

Le taux d’émission de carbone par habitant mauricien est de 3,4 tonnes par an. Pourles États-Unis, c’est 16,5 tonnes, la France, 4,6 tonnes grâce au nucléaire, le Royaume- Uni, 6,5 tonnes, la Chine, 7,5 tonnes et l’Australie, 15,4 tonnes. Il n’y a rien d’alarmant. Mais tous les pays oeuvrent à réduire les émissions de carbone, qui impactent sur le changement climatique et cela pourrait être dramatique à l’avenir.

À Maurice, on n’a jamais vu autant d’orages. Le port a été fermé plus de 30 jours à cause du temps. Ce changement a un impact considérable sur l’économie, la construction, la vie des Mauriciens.

Quelles initiatives peuvent être prises par le citoyen ?

Les énergies renouvelables renvoient à ces images : éolienne, photovoltaïque, etc. Il y a des choses bien plus directes comme le chauffe-eau solaire. Aujourd’hui, l’adoption de ce dispositif n’est pas à 100 % effective. Il y a eu beaucoup de subventions mais certaines familles avaient déjà des installations et sont peut-être réfractaires au changement. C’est la nature humaine.

Dans notre tricotage (NdlR, Kendall Tang est directeur de l’usine textile RT Knits), par exemple, nous avons agencé l’espace et suspendu tous les fils au plafond pour que la poussière des fibres tombe naturellement par gravité et qu’on maximise l’énergie naturelle du vent. La lumière naturelle peut être aussi grandement favorisée. Par exemple, dans notre ancienne confection de textile, le taux était de 56 watts par employé. Avec la nouvelle installation, on est pratiquement à zéro ou 1 watt. Personnellement, j’ai fait un bilan de mes émissions de carbone. J’étais choqué de voir que des choses anodines peuvent avoir des impacts considérables.

Le transport, comme la voiture par exemple, consomme énormément. Ensuite, viennent la climatisation, les appareils électroménagers, etc. Plusieurs outils informatiques permettent de faire ces évaluations personnelles. Il faut alors se doter de moyens pour économiser l’énergie. Pendant la semaine, je prends le vélo pour travailler. Il y a aussi ces véhicules à assistance électrique. Il faut encourager les Mauriciens à utiliser le transport public et le covoiturage.

Bio express

Kendall Tang a passé dix ans en France. Ingénieur électrique de formation, il a étudié à l’École des hautes études d’ingénieur à Lilles. Ensuite, il a vécu deux ans en Chine. De retour à Maurice en 1997, il a repris l’entreprise familiale de textile : RT Knits. Nommé président de l’EEMO en 2016, il a été reconduit à ce poste en avril 2018.

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