Caméras de surveillance à la prison: l’absence de maintenance décriée

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SAJ avait révélé au Parlement que 84 sur 190 caméras de surveillance étaient en panne à la prison de haute sécurité de Melrose.

SAJ avait révélé au Parlement que 84 sur 190 caméras de surveillance étaient en panne à la prison de haute sécurité de Melrose.  

«Pé pran sékirité pou enn badinaz», lance une source du milieu carcéral. Au Parlement récemment, sir Anerood Jugnauth, ministre mentor, a précisé que 84 sur 190 caméras de surveillance étaient en panne à la prison de haute sécurité de Melrose. Mais Vinod Appadoo, commissaire des prisons, rétorque déjà : sur 544 caméras, une centaine est en panne, ce qui est supérieur au taux mentionné par le ministre mentor. Les réparations sont en cours, martèle le commissaire des prisons : «Nous assurons le suivi. Dans la majorité des prisons, les caméras de surveillance fonctionnent. Le problème se pose juste à Melrose. J’aurai une réunion la semaine prochaine pour une mise à jour.» 

Ce n’est pas la première fois que ces défaillances sont décriées. Dans le dernier rapport de l’Audit, mention est faite d’un contrat de Rs 21 850 000 alloué à un entrepreneur pour y remédier mais en vain. En effet, les travaux entamés depuis juin 2017 n’ont pas été complétés. À ce stade, une équipe interne assurerait les réparations. «Il y a trois personnes au sein de la Prison electronic unit mais pour des travaux mineurs pas pour des équipements de cette envergure. Sont-elles formées pour réparer les caméras de surveillance ?», s’interroge notre source.

Déjà en 2016, d’autres pannes de caméras en milieu carcéral avaient été recensées la faute aux rats rongeant des câbles, aux problèmes d’alimentation électrique entre autres. D’autres anomalies au centre de détention de Moka où le constable Arvind Hureechurn était décédé avait aussi fait l’objet d’une question parlementaire. Contactée, Coralie Rouillard, Marketing and Business Analyst Executive de Brink’s, affirme que l’entreprise n’a recensé «aucun problème de panne à ce jour» sur les sites de prison pourvus de ce système à travers leurs services. Toutefois, ceci exclut la prison de Melrose dont la provision n’a pas été faite par Brink’s.

Défaillance

Visiblement et tel que confirmé par Vinod Appadoo, le problème perdure dans cette prison. D’où vient le problème de défaillance ? «Fondamentalement, il n’y a pas de maintenance. L’État ne veut pas débourser de l’argent pour cela. C’est vrai : cela coûte beaucoup mais la sécurité n’a pas de prix», ajoute la source carcérale. Comme l’affirme le commissaire des prisons, alors que le coût imputé est de Rs 21 millions, les services ne peuvent être honorés : «Des opérateurs en sous-contractent d’autres. Ils n’arrivent pas à donner satisfaction à la prison et ne se paient pas entre eux. Voilà pourquoi cela bloque pour les réparations», déplore-t-il. Selon Arjun Parmessur, le dysfonctionnement va plus loin avec une non-conformité ou une mauvaise installation ou mise en service.

Ces ambiguïtés soulèvent d’autres questions. Que se passe-t-il derrière les caméras?  Qui les installe ? «La majorité des demandes d’installation se fait à travers un appel d’offres», déclare Vilas Soopramanien, Chief Executive Officer de Caudan Security. Pour la prison et les routes plus précisément, les dispositions du Public Procurement Act (2006) sont appliqués, d’après Arjun Parmessur, Finance and Engineering Director de Proguard Ltd. Pour usage domestique, un accord est conclu entre le client et le fournisseur, affirme Akash Lutchoo, directeur de la firme Advanced Computer and Network Infrastructure (ACNI).

Ensuite, les spécifications sont calquées sur les besoins du client. «On détermine les zones à couvrir et la pertinence des visuels. Par exemple, veut-on pouvoir identifier une personne à 50 mètres ? On définit la résolution, le recours à une lentille fixe ou variable, une distance infrarouge etc», souligne Vilas Soopramanien. Quant au nombre de caméras, environ quatre sont déployées pour une maison ou une petite entreprise. Pour la prison, la superficie et structure sont déterminantes mais il faut que les caméras couvrent les entrées et blocs des détenus. «Il y en aussi dans quelques cellules. Mais cela constitue une entrave aux droits humains. À l’exemple de la prison de Melrose où les caméras sont dans les dortoirs», précise notre source pénitentiaire.

Quels types de caméras sont utilisés ? Une dizaine de catégories en closed-circuit television camera (CCTV) sont répertoriées par Akash Lutchoo mais à la prison, les caméras fixes et le Pan Tilt Zoom (PTZ) amovible et à balayage panoramique sont plus sollicitées. D’où provient ce matériel de surveillance ? Principalement de la Chine pour des usages basiques. Certains prestataires comme Caudan Security, évoquent des modèles canadiens pour des besoins plus pointus.  Et les coûts dans tout ça ? Cela va de Rs 1 000 à Rs 100 000, voire plus selon les besoins, d’après les opérateurs.

Une fois le dispositif installé, qu’advient-il des images? Selon notre source carcérale, «s’il y a un problème spécifique, le footage spécifique sera copié et présenté comme preuve». Après trois mois, le système efface automatiquement les données. Les archives relatant des incidents sont conservées pendant trois ans. D’après Vilas Soopramanien, le visionnage se fait essentiellement en cas de détection d’intrus et de besoin d’intervention. Pour sa part, Akash Lutchoo évoque le visionnage direct sur les écrans préconisé par la prison. «Dans des lieux de haute sécurité comme le milieu pénitentiaire, il faudrait plus de paramètres de sûreté. Par exemple, en configurant des détections d’intrus et de franchissement de ligne. Ainsi, la caméra pourra photographier ces agissements et les envoyer à l’équipe de sécurité ».

La conservation laisse aussi à désirer, critique-t-il. Si les vidéos sont enregistrées sur disque dur, il faut assurer une récupération des données en cas de catastrophe à la prison. D’après lui, la sauvegarde devrait être effectuée à un intervalle de 30 jours et être conservé dans un autre lieu sécuritaire.

De nouveaux systèmes de surveillance dans certaines prisons

«Vers les années 2000, tout fonctionnait sur le système analogique. Nous avons commencé à migrer vers le numérique», déclare Vinod Appadoo, commissaire des prisons. Ce nouveau système est à 90 % installé à la prison de Beau-Bassin, à la New Wing et à la prison des femmes, affirme-t-il. Et à la prison de Phoenix, les caméras de surveillance font aussi peau neuve, suite aux intempéries. D’ailleurs, avance le commissaire des prisons, le prochain Budget fera provision pour l’installation des caméras à la prison de Richelieu : «Bien que ce soit une open prison, nous avons trouvé de la drogue, des téléphones portables etc. Donc il faut exercer la surveillance».

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