1er-Mai: «Travayer, pa dékourazé»

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Le 1er-Mai, c’est, avant tout, la fête du Travail. Ou du moins ça l’était jusqu’en 1982. Les partis politiques ont alors «détourné» ce jour pour en faire des démonstrations de force, des batailles de foules lors de meetings. Alors que pour certains, mardi, ce sera tout simplement business as usual.

Naushad a 35 ans, il est commerçant à Port-Louis. Que fera-t-il mardi ? La question le surprend. «Mo pou travay, kifer ?» Pas de congé pour la fête du Travail ? Il rit de bon cœur. Rares sont les jours où il peut se permettre de baisser les volets. Il ne peut pas se permettre de chômer, même pendant les jours fériés. «Certes, il y a moins de gens dans la rue, mais qui sait ? On aura peut- être un peu de chance», indique-t-il. Cela dit, il regrette quand même l’époque où tous les partis tenaient des meetings à cette date. Non pas qu’il soit féru de politique. Mais «si ti éna meeting isi, ti pou bon pou biznes…»

Naushad ne sera pas le seul à travailler après-demain. Son ami, Louis Robillard, sera également au four et au moulin. «Ou koné, azan sékirité pa kapav pa travay sa. Sékirité enn zafer toulézour sa», dit-il. Mais cela ne le dérange nullement. À 62 ans, il fait partie de ceux qui pensent que le travail est bon, pas seulement pour le porte-monnaie mais aussi pour le moral, la santé. Et pour lui, être au boulot le jour où on célèbre le travail, ce sera un honneur.

En parlant du 1er-Mai, Louis Robillard se souvient du temps où ce jour était marqué par des activités syndicales. Ceux qui travaillaient devaient alors prendre un jour de congé pour s’y rendre. C’était l’époque où ce jour avait un sens. «Aujourd’hui, avec la politique qui s’en mêle, cela n’a pas trop d’intérêt, mais je comprends ceux qui se rendent aux meetings. Sakenn so swa.»

Tibaye, lui, ne travaille pas. Il bénéficie d’une pension d’invalidité. Mais son handicap n’est pas la raison pour laquelle il ne participe pas aux rassemblements politiques et autres «journées de réflexion» organisés par les partis. «C’est un jour où on devrait rendre hommage à ceux qui ont contribué à l’avancement du pays. Pa enn zour pou fer tamtam sa», fustige-til. À 55 ans, il se targue de n’avoir jamais eu de couleur politique, d’avoir voté «avec bon sens» et de n’avoir jamais assisté à un rassemblement où les leaders politiques s’égosillent. «Mardi, je vais rester chez moi, avec ma famille. Enfin, peut-être que nous allons sortir aussi», confie Tibaye.

Indranee Mootoosamy fait, elle aussi, partie de ceux qui travailleront le 1er-Mai. Elle n’a pas trop le choix. Cette colporteuse âgée de 47 ans survit grâce aux revenus que lui rapporte par la vente des accessoires pour femmes. Alors, il est hors de question de rater un jour de travail. «En semaine, nous devons attendre l’après-midi, lorsque le marché ferme, pour pouvoir nous installer là où il y a des gens, où c’est animé», raconte-t-elle. Sinon, la police les chasse. Les jours fériés, le marché ferme plus tôt, donc, elle pourra venir s’installer vers 13 heures au lieu de 16 heures. Ce qui, espère-t-elle, augmentera sa recette. Les meetings ? La politique ? «Mo éna maryaz kot mwa sa lané-la ! Zot ki pou donn mwa kass pou fer sa ?»

Briyani party après les meetings : La tradition pas au menu ?

Cette année, la bataille des foules n’aura pas lieu. En effet, seule l’alliance Lepep compte organiser un «vrai» meeting, à Vacoas. Si les autobus se chargeront de sillonner les routes pour embarquer les partisans, le traditionnel briyani, lui, se fera peut-être évincer par le riz frit...

Jusqu’ici, le fameux briyani au poulet, que les partisans dégustent à la plage après avoir donné de la voix lors des meetings, répondait présent. Mais cette fois, selon agents et activistes, chacun, au niveau des régionales, «réfléchit» au plat qui sera distribué à ceux qui feront le déplacement à Vacoas.

En fait, dans chaque circonscription, on s’arrange selon ses moyens. Selon un activiste orange, si briyani au poulet il y a, il ne sera pas servi dans un «takeaway», comme à l’accoutumée, lors du meeting. Les partisans devront attendre l’après-midi pour déguster leur déjeuner, au bord de l’eau. Selon notre interlocuteur, il y a, en outre, une volonté de faire évoluer le menu, coût oblige. Ainsi, on songe sérieusement au riz frit. Quoi qu’il en soit, les repas seront embarqués en route.

Un autre activiste, qui habite dans le Nord, souligne, pour sa part, que celui-ci sera distribué directement à la plage. «On mangera le plat tout chaud», souligne-t-il. Pendant le trajet, pour empêcher les ventres de gargouiller, des sandwichs au thon ou encore au «beurre-gâteaux piments» seront proposés.

Last but not least, qu’en est-il de la ‘bouteille’ ? «Des ‘bienfaiteurs’ ou les responsables de l’organisation passent leurs commandes. On s’arrange entre nous», fait valoir l’agent. En attendant, bon appétit si vous passez à table.

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