Troisième âge: nos aînés ces souffre-douleur...

Avec le soutien de

Ils ont pleuré de joie à la naissance de leurs enfants. Aujourd’hui, ce sont des larmes de détresse qu’ils versent, sous les coups moraux, physiques. Plusieurs cas de maltraitance à l’encontre des personnes âgées sont recensés à travers le pays. Quelle en est la cause ? Nombreux montrent du doigt la prise de drogue.

«Kan lékor-la bizin sa ladrog-la, zot vinn enn lot dimounn», lâche Beewantee (prénom modifié), une habitante de Bon-Accueil. Âgée de de 67 ans, elle confie qu’elle est souvent battue par son fils de 28 ans. Selon elle, il la frappe quand elle refuse de lui donner de l’argent pour se shooter.

«Mo finn fer tou pou tir li ladan. Dé fwa, mo dir plito bondié ti ramas mwa. Ek mo ti pension, mo pa rési viv bien», pleure la sexagénaire. Selon ses dires, il est même arrivé que ses voisines viennent à sa rescousse. «Mo ti pansé li pou fini touy mwa sa zour-la», dit-elle dans un souffle. Mais son cœur de mère ne peut s’empêcher de pardonner à son fils. «Il reste mon enfant et ce serait insupportable de le voir derrière les barreaux.»

Beewantee n’est pas la seule à souffrir le martyre à cause de son enfant. Une habitante de Rivière-du-Rempart relate qu’elle a travaillé très dur avec son époux pour construire une maison pour leurs enfants. Mais ces derniers, devenus adultes, ne veulent plus d’elle. «Zot inn maryé, ek zot fer koumadir mo finn vinn enn fardo pou zot. Dé fwa mo gagn maltrété ek mo pa mem manzé, mo dormi, mo ploré», raconte-t-elle. Faute d’avoir un endroit où se réfugier, elle est obligée de rester et de subir les humeurs de ses enfants.

Ces cas ne laissent pas indifférent Indurdeo Balgobin, le président de l’Elderly Watch de Flacq. Selon lui, il y aurait d’autres cas de maltraitance envers les personnes âgées. Si bien que ces aînés préfèrent opter pour des homes. «Naturellement, ils souffrent énormément de cette situation. Mais ils préfèrent terminer leur vie dans la tranquillité et sans stress», explique-t-il.

En raison du nombre grandissant de cas de maltraitance des personnes âgées, les autorités lancent des campagnes de sensibilisation dans les villages. Des activités sont également organisées pour occuper les personnes âgées.

Qui alerter ?

172. C’est le numéro de la hotline mise à la disposition de ceux qui veulent rapporter les cas de violence à l’encontre des personnes âgées. Selon des sources du ministère de la Sécurité sociale, plusieurs cas sont rapportés sur ce numéro tous les jours. Si en 2008 et 2009 le chiffre avait atteint les 3 000, à ce jour, il y a plus d’une dizaine de cas qui sont signalés chaque semaine à Maurice. Toutefois, le nombre pourrait être plus important puisque certains cas sont référés directement à la police.

La mise en place de 20 «Elderly Watch» à travers le pays – une initiative signée le ministère de la Sécurité sociale – devrait permettre de sensibiliser les gens sur la maltraitance des personnes âgées et surtout de suivre ces cas. Ces unités organisent également des sessions de loisir pour les «seniors citizens».

La «Welfare and Elderly Persons’ Protection Unit» a aussi pour mission la protection et le bien-être des personnes âgées. Elle a été mise sur pied en 2006, sous la «Protection of Elderly Persons Act 2005», par le ministère de la Sécurité sociale.

En mode 2.0

Au bout du clic, ils font du live streaming, des paiements en ligne ou se gavent de sport ou de recettes culinaires. Chaque dimanche, une centaine de personnes âgées sont initiées à l’informatique à bord de la cyber-caravane du National Computer Board (NCB). Reportage.

Il est 11 heures, ce dimanche 22 avril. Au centre récréatif Lady Sushil Ramgoolam, à Pointe-aux-Piments, la chaleur est étouffante. Mais cela ne décourage pas les membres du troisième âge, qui se hâtent vers l’autobus métallisé du NCB. À peine arrivés, ils se dispersent derrière des ordinateurs. Et quelques secondes plus tard, ça clique, scroll et navigue à toute vitesse.

Aux commandes de la cyber-caravane, Vikram Hurree et Arasen Marday, formateurs, enchaînent avec un petit interrogatoire pour décoder leurs pratiques informatiques : «Êtes-vous familiers aux programmes comme Word, Excel et des applications telles que Viber ou WhatsApp ?» Sans broncher, nos aïeux passent aux aveux. «Moi, je fais des transactions via Internet Banking et du network marketing. De plus, je discute avec mes partenaires à travers le Zoom room de Skype», lâche Chantal Chung, 64 ans, de Vacoas.

De son côté, Petiot Nahaboo, Curepipien de 67 ans, est féru de photographie, vidéo et d’archivage via l’informatique : «Avant, nous avions des agendas imprimés. Aujourd’hui, c’est bien plus facile avec l’ordinateur. Même les gros fichiers, on peut les envoyer par WeTransfer. Puis, on peut exécuter diverses opérations simultanément, comme le calcul, l’écriture, la photographie. La vie est bien plus simple avec la technologie.»

À ses côtés, Benoît Chan, habitant de Baie-du-Tombeau de 68 ans, est un as du téléchargement. Bit torrent et live streaming : il en fait son affaire. «Plus besoin de dé- penser Rs 300 pour aller au cinéma. Après la sortie d’un film, je peux déjà le télécharger et créer une ambiance de cinéma chez moi», soutient-il. Outre le septième art, il dévore des matchs de tennis en direct ou en différé en ligne.

Si plusieurs des aînés semblent manipuler aisément la technologie, pour d’autres, l’Internet fait tiquer. Le visage crispé, Sambajee Gunnoo, 62 ans et habitant Quatre-Bornes, peine à dompter la bête. Accoudé à la table, il observe ce cyborg d’en face : «Je vous avertis, je ne sais vraiment pas utiliser ça», avoue-t-il, timidement. Idem pour Prema, son épouse de 59 ans : «On a bien un ordinateur à la maison. Hélas, les enfants n’ont pas le temps de nous y initier. Pourtant, en comprendre le fonctionnement est vraiment utile, même pour notre génération.»

Soif d’apprendre

Mais la gêne s’évanouit rapidement. En un tournemain (et quelques clics), la cavalerie accourt pour les initier. Pour Monsieur, fan invétéré de Manchester United, le football ouvre la marque sur la toile. Et pour Madame, une appétissante recette de rasgullah l’éveille aux joies de Youtube. «Rien qu’en voyant la vidéo, j’ai soif d’en apprendre davantage. Cette formation m’apporte des connaissances et nourrit d’autres idées pour mes travaux de couture», ajoute-t-elle. Après quelques instants, Sambajee Gunnoo est à son tour conquis : «C’est vraiment intéressant. J’ai pu prendre connaissance des résultats et revoir le match de Manchester contre Tottenham sur Internet. Je suis encore plus heureux de l’avoir fait en ligne d’autant que mon équipe a remporté le match à 2 contre 1.»

Lancé le 12 avril 2018, la formation œuvre à intégrer davantage les outils informatiques au quotidien des aînés. «Les personnes âgées peuvent ainsi se familiariser avec l’usage de l’ordinateur et d’Internet. Par exemple, ils découvrent les moyens pour accéder aux informations internationales. Et si certains aiment lire les journaux locaux, ils sauront comment se rendre sur ces sites», explique Keshav Goordyal, formateur.

«Le cours s’adapte aux besoins des participants. Par exemple, plusieurs s’intéressent à l’usage de Viber ou Whatsapp pour contacter leurs proches à l’étranger. D’autres veulent s’adonner à leurs passions sur Internet, comme le sport, la cuisine, etc. Nous faisons un programme complet pour couvrir ces aspects», ajoute Vikram Hurree, également formateur.

Intégration des réseaux sociaux

Sont abordés lors de l’initiation : les moteurs de recherche, le partage des fichiers, le commerce électronique, la collaboration en ligne et les forums. Les concepts de hardware et software sont également décryptés tout comme les dossiers, icônes et applications. L’intégration des réseaux sociaux tels que Facebook, Instagram et LinkedIn, la création de courriel, le téléchargement et l’usage d’outil de communication sont aussi élaborés.

En sus de Pointe-aux-Piments, les formateurs accueillent d’autres aïeux, impatients de manipuler l’ordinateur portable, au centre James Burty David, à Pointe-aux Sables. Installé dans la cyber-caravane, Soburrun Seegobin, 70 ans et habitant Saint-Pierre, savoure sa deuxième session : «Je vois un grand changement. Je peux désormais communiquer avec mes enfants à l’étranger. Nous avons maintenant plus d’informations sur les médicaments, comment les utiliser, les effets secondaires. Je n’aurais jamais espéré pouvoir y adhérer. Pour nous, les aînés, il faudrait maintenir ces formations en permanence dans des centres dédiés.»

Ses propos sont rejoints par ceux de Beebee Sarah Domun, 67 ans. Pour cette habitante de Vacoas, l’informatique est une mine procurant moult facilités : «Par exemple, si je vais visiter un pays, je peux déjà faire ma réservation en ligne aussi bien que des recherches et des paiements.»

Après cette initiation, le NCB travaille sur un projet de cours approfondi à l’intention des personnes âgées. À ce stade, l’organisme a enregistré entre 70 et 100 participations à ces initiations, qui semblent bien provoquer le dé(clic) informatique chez nos aînés.

Cibles faciles

En septembre 2017, Indarduth Auckloo, un habitant de la cité St-Luc âgé de 63 ans, est tué par son fils.

Fin 2017, le corps sans vie de Ginette Bellerose, 70 ans, est retrouvé gisant dans une mare de sang. Cette habitante de Petite-Rivière a été poignardée au cou. Le mobile de cette agression sanglante : le vol.

En février dernier, Chandeemooniah Gonnoo, une habitante de Cottage âgée de 68 ans, a été retrouvée à son domicile, sans vie. Selon les premières indications, la sexagénaire aurait été victime d’un vol qui a mal tourné.

Le même mois, l’ex-caporal Krishnaduth Ramchurn, 65 ans et habitant Grande-Rivière-Sud-Est, est tué par son fils.

Le mois dernier, Farozia Peerally, 60 ans, a connu le même sort.

En chiffres

Selon une étude de l’Organisation mondiale de la santé menée en 2017:

1,0 à 9,2 % de personnes âgées sont victimes d’abus financiers

0,7 à 6,3 % de personnes âgées sont victimes de violences psychologiques

0,2 à 4,9 % de personnes âgées sont victimes de violences physiques

0,04 à 0,82 % de personnes âgées sont victimes de violences sexuelles

À noter que le nombre des personnes de plus de 60 ans dans le monde devrait passer de 900 millions, en 2015, à quelque 2 milliards en 2050.

Comment adhérer aux formations ?

Pour les six prochaines semaines, le National Computer Board fera sa tournée à Pointe-aux-Sables, Pointe-auxPiments et Belle-Mare. Pour participer à ces formations, les aînés peuvent contacter les centres récréatifs suivants : James Burty David, Lady Sushil Ramgoolam ou sir Seewoosagur Ramgoolam, à travers leurs associations. Chaque dimanche, trois groupes de formation sont prévus, soit de 9 heures à 10 h 30, 10 h 30 à midi et 12 h 30 à 14 heures.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires