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Rama Vadamootoo: Faire résonner la musicalité des mots

29 avril 2018, 09:12

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Rama Vadamootoo: Faire résonner la musicalité des mots

Samedi prochain, au Gymkhana Club de Vacoas, un recueil de prose-poésie, intitulé «La valse des mots», sera lancé. Son auteur n’est autre que Rama Vadamootoo, ancien responsable du Procurement au Central Electricity Board (CEB). Portrait d’un septuagénaire qui prend plaisir à faire résonner la musicalité des mots.

Dans le calme verdoyant du Gymkhana Club de Vacoas, où il joue au golf, tout en appréciant la nature, Rama Vadamootoo nous donne rendez-vous. C’est aujourd’hui quelqu’un qui se dit apaisé, dépourvu de l’amertume qui l’habitait autrefois. Et qui passe six mois à Maurice et six mois en Grande-Bretagne où vivent ses enfants, Jay, employé chez l’assureur Lloyds, et Dayana, consultante en tourisme.

La compréhension des mots lui est venue de son père, Joe Pakium Vadamootoo, fils de notable et homme cultivé qui a notamment introduit à Maurice les autobus Tip Top et les paris Pick Pool. Et qui, par un revers de fortune, a tout perdu, au point d’être obligé de prendre de l’emploi comme gardien des docks.

Vers l’âge de 12 ans, Rama Vadamootoo, qui est troisième de six enfants, accompagne son père jusqu’au Champ-de-Mars et jette à terre le papier journal qui enveloppait ses poutous. Le grondant, son père l’oblige à ramasser le papier et à déchiffrer les mots y figurant. Il y lit reluctant et unwilling. Comme il ignore la signification de ces mots, son père lui fait ouvrir son dictionnaire dans l’après-midi et l’oblige à écrire dix phrases en utilisant les deux mots. Il conseille aussi à son fils d’en faire de même les jours où il réalise qu’il n’a rien appris de nouveau. C’est ainsi que Rama Vadamootoo apprend la signification des mots en anglais et en français et se met à les aimer.

Il est très bon élève au collège Bhujoharry. Mais il garde au fond de lui une souffrance – ce qu’il appelle ses «blessures narcissiques» – causée par le fait que depuis que son père est ruiné, lui et les siens sont devenus invisibles pour une partie de leur famille. Il fréquente le club de jeunesse Hindu Youth et aspire à faire des études supérieures pour obtenir un Bachelor of Arts. Manilall Putty, ancien directeur du Sugar Industry Fund Board qui fréquente le même club, l’oriente plutôt vers la comptabilité et lui prête même un livre à cet effet.

Rama Vadamootoo entame des études de l’Association of Chartered Certified Accountants et intègre la fonction publique, plus précisément le bureau des télécommunications. Il y est Clerical Officer. Mais son supérieur lui impose d’assurer également l’intérim à un autre poste sans qu’il ne soit rétribué. Au bout de deux ans de ce régime, il s’en plaint. Son chef déclare que s’il n’est pas satisfait, il n’a qu’à prendre la porte. Après de tels propos, il est hors de question pour lui de continuer à travailler dans le secteur public.

Il se joint au secteur privé et prend de l’emploi comme Meter Reader au CEB. Rama Vadamootoo y gravit les échelons. Et, en parallèle, il étudie par correspondance pour obtenir le diplôme du Chartered Institute of Procurement and Supply. Il l’obtient en 1985 mais voit le poste de responsable lui être ravi. Comme il n’est pas homme à se taire, il dit ce qu’il pense tout haut. On lui colle alors une étiquette de contestataire et on l’affuble du qualificatif de «drôle de pistolet». Ce n’est qu’en 1992 qu’il obtient le poste de responsable du Procurement au CEB.

Pour pouvoir faire des économies et envoyer ses enfants poursuivre des études supérieures à l’étranger, il cumule ses congés et prend de l’emploi comme expert en gestion, pour des contrats à durée déterminée, dans le cadre du programme d’assistance technique de la Banque africaine de développement. Il est envoyé au Burundi et au Kenya. Son rôle est de transmettre ses connaissances en matière de Procurement.

Si ces déplacements de six mois lui plaisent, il refuse les compromis. Ainsi, il ne veut pas accepter un don de médicaments d’un bailleur de fonds, en raison de leur date de péremption qui est proche. Son chef, un Portugais, lui fait comprendre que le gouvernement concerné insiste pour qu’il signe. Autrement, il doit partir. Cet ultimatum coïncide avec le début du génocide rwandais et il préfère regagner son île natale.

Après 33 ans de service, il se retire du CEB et profite de son temps libre pour lire davantage, notamment sur l’histoire et les différentes cultures à Maurice. Et note tout ce qui lui passe par la tête. Comme il en a encore gros sur le cœur, notamment ses blessures narcissiques, il écrit un livre intitulé L’Indo-Mauricien, la presse et l’eglise, analyse critique du comportement des ethnies composant la population mauricienne.

Il trouve même un éditeur emballé par l’œuvre, qui lui promet de publier son livre. Sauf qu’à la fin, celui-ci se défile sous prétexte que l’écrit est diffamatoire. Rama Vadamootoo a fini par en prendre son parti. «Je vais faire publier 50 copies que je soumettrai à des librairies en Grande Bretagne. Cela restera comme un document d’archives que les intéressés pourront consulter.»

N’étant pas homme à se contenter d’un premier échec, il met de l’ordre dans ses pensées couchées sur papier et portant notamment sur la nature, le monde d’aujourd’hui, la condition humaine, le divin et les institutions religieuses. Tout cela donne La valse des mots, édité en 300 copies, «fruit de plusieurs années de réflexion. C’est de la prose-poésie qui était tapie au fond de mon subconscient et qui a été libérée».

Le message qu’il veut transmettre à ses lecteurs, c’est que la nature, et tout ce qui l’entoure, est neutre. «J’ai envie de dire aux lecteurs de n’écouter qu’eux-mêmes, d’écouter leur voix intérieure.» Une fort belle manière de le dire, un peu à la manière de Paulo Coelho dans Le guerrier de la lumière…

La valse des mots sera disponible dès le 5 mai, en librairie, à Rs 200.