Tank Farms du CEB à Bain-des-Dames: «Ki pou arivé si lakaz kraz lor nou tou?»

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«Accepter cet argent, c’est signer notre arrêt de mort.» D’autant que la somme proposée aux familles de Bain-des-Dames, entre Rs 5 000 et Rs 125 000, serait dérisoire. Cette «compensation», le Central Electricity Board (CEB) la leur a offerte le vendredi 20 avril, pour les dégâts causés à leurs maisons lors des travaux pour l’installation de trois Tank Farms devant servir au stockage de l’huile lourde.

Cet argent leur a été proposé «sur une base humanitaire pour des réparations cosmétiques». Pire, le CEB a fait comprendre à ces familles qu’elles ne pourront faire d’autres réclamations après avoir accepté l’argent. Tandis qu’une habitante de la localité ne percevra pas un sou…

«À qui incombera la responsabilité si une maison s’écroule ou s’il y a mort d’homme ?» se demandent ces familles. Celles-ci, au nombre de 25, insistent sur le fait que les dommages, causés selon eux par un marteau-piqueur de 25 tonnes utilisé pour faire des trous dans la terre, ne se limitent pas qu’à ce qui est visible à la surface, mais aussi aux fondations.

Beatrice David est celle à qui aucune compensation n’a été proposée. La toiture de sa maison a dû être démolie pour éviter tout risque, raconte sa mère, Anjali Devi David, en son absence. «Cela a commencé par des fissures. Puis, un jour du béton est tombé sur mon petit-fils de cinq ans. Depuis, ma fille, mon gendre et leurs deux enfants vivent chez moi.» Anjali Devi David montre sa bicoque, dans laquelle vivent désormais dix personnes.

Plus loin, nous rencontrons Rona Nelza Caprice, 67 ans, qui nous invite chez elle où vivent sa fille et ses trois petits-enfants. Les murs de sa maison sont remplis de fissures. Au sol, des seaux dans toutes les pièces pour récupérer l’eau de pluie...

Chez elle aussi, du béton est tombé sur sa petite-fille de six ans. «Tansion enn kout kan mo dormi, lakaz kraz lor nou tou… J’ai très peur. Dan lari mo koz tousel», confie la sexagénaire, qui vit dans là depuis 30 ans. «Maintenant, si je pouvais quitter cette maison pour aller vivre ailleurs, je le ferai», dit-elle.

Même scénario chez Waheda Sobany. Des fissures sont visibles partout. Dans son salon, une serviette a été placée sur la table car le toit coule. Le lit de l’une de ses quatre filles a dû être repositionné car l’eau de la pluie lui tombe sur les pieds. Ses meubles n’ont pas non plus été épargnés.

Shamila Petit a, elle, recouvert son armoire d’un sac-poubelle pour limiter les dégâts causés par l’eau, qui s’infiltre dans la maison à travers les fissures. La table de la salle à manger est envahie d’objets qui ont dû être déplacés. L’eau pénètre dans les prises. «J’ai peur que mes enfants se fassent électrocuter», avance la mère de famille âgée de 30 ans.

La maison d’Idris Rojah fait partie de celles se trouvant à proximité des Tank Farms. Elle est fissurée et du béton s’est détaché d’une colonne. Selon l’homme de 74 ans, plusieurs de ses appareils électriques, dont une machine-à-laver et un réfrigérateur, ont été endommagés.

Les maisons des deux fils d’Idris Rojah, qui se trouvent à l’étage, n’ont pas non plus été épargnées. L’un d’eux, Asraf Rojah, dont la demeure est toujours en construction, a dû freiner son projet. «C’est une nouvelle maison et elle est déjà fissurée !» déplore-t-il.

À son père d’ajouter :

«Le CEB nous donne de l’argent pour des réparations cosmétiques. Or, c’est la fondation même de nos maisons qui a été affectée. Remettre un peu de ciment ne résout pas le problème.»

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