Mahen Seeruttun : «5 % des échantillons affichent un taux de pesticides supérieur aux limites autorisées»

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Mahen Seeruttun, ministre de l’Agro-industrie

Mahen Seeruttun, ministre de l’Agro-industrie.

Depuis les résultats chocs des analyses effectuées en 2015 par l’express sur un échantillonnage de fruits et légumes locaux et certains aliments importés indiquant clairement qu’il y a dépassement des limites maximales de résidus (LMR), le ministère de l’Agro-industrie a pris une série de mesures pour tenter de contenir l’utilisation des pesticides à Maurice. Pourtant le Pesticide Bill se fait toujours attendre. Subissez-vous des pressions ?

Je ne dirai pas qu’il y a eu des pressions. Au contraire, nous avons mis tout un mécanisme en place pour sensibiliser les planteurs aux bienfaits que ce projet de loi va leur apporter, ainsi qu’à leurs terres, à l’environnement et aux consommateurs. C’est la raison pour laquelle nous avons initié une série de sessions de formation avec eux pour leur expliquer le pourquoi et aussi les bienfaits de ce projet de loi.

Combien de planteurs ont-ils assisté à ces sessions de formation ?

Un millier. Cela peut paraître peu mais nous sommes conscients que nous ne pouvons pas éliminer complètement l’utilisation des pesticides car nous sommes dans un pays tropical et donc exposés à des maladies, à des ravageurs et il faut les contrôler. Le projet de loi a pour but de justement s’assurer d’une bonne utilisation des pesticides avec l’efficacité que ça doit donner pour mieux contrôler les cultures.

Pourquoi la présentation de ce projet de loi prend-il autant de temps ?

En premier lieu, il y a eu plusieurs sessions de consultations à l’issue desquelles nous avons préparé une ébauche de la loi. Celle-ci a été envoyée au parquet pour être traduite dans le jargon juridique et à partir de là, il a fallu s’assurer que cela soit une loi cadrant bien avec nos objectifs. Il reste encore quelques points mineurs à définir, surtout sur la façon dont se feront les poursuites en cas de délit. Mais je peux vous assurer que je fais tout pour que d’ici la fin de mai, le Pesticide Bill soit voté.

Ce projet de loi prévoit-il un barème gradué de sanctions avec des amendes, y compris un retrait de permis en cas de récidive ?

Cela se pratique dans une grande mesure. Du moment où un produit n’est pas conforme aux normes, les planteurs vont en être notifiés et suivis pour une mise en conformité. À partir de là, si la personne récidive, bien sûr qu’il y aura des sanctions. C’est la raison pour laquelle on veut les sensibiliser, les former et les suivre pour atteindre notre objectif. L’idée, c’est que les produits qui arrivent sur la table des consommateurs ne soient pas néfastes à leur santé.

Nous avons tendance à oublier, qu’en premier lieu, ce sont les planteurs eux-mêmes ou les travailleurs aux champs qui sont les plus exposés. Nous sommes en train de former les sprayers (planteurs qui font l’épandage des pesticides) et leur montrer comment utiliser ces produits afin qu’ils ne soient pas exposés aux risques.

Ce qu’on veut d’une part, c’est protéger les utilisateurs. D’autre part, il y a les coûts de production. Un surdosage de pesticides ne donnera pas forcément le résultat escompté en termes d’efficacité. De ce fait, l’on peut être en train de dépenser plus sur des produits moins efficaces. Troisièmement, ces produits en excès peuvent détruire la fertilité du sol et nuire à son rendement sur le long terme. Et bien sûr après, il y a la qualité des produits arrivant sur le marché pour être consommés. Ce projet de loi tient compte de tous ces éléments.

Où en est la certification verte et unifiée ?

Nous avons déjà initié le premier niveau de la certification Maurigap en trois étapes. Mais on ne peut du jour au lendemain passer d’un mode agricole conventionnel à un mode agricole organique sans période de transition. On sait que les résidus de pesticides restent dans le sol au minimum pour trois ans. Il y a un vide sanitaire à respecter. On travaille sur la deuxième étape, mais la certification complète ne sera applicable que dans cinq à six ans. Il ne faut pas brûler les étapes. Il y a plusieurs autres projets, notamment celui financé par la Food and Agricultural Organisation qui concerne un cadre légal pour l’Organic Certification. Ce sera prêt d’ici juin-juillet.

Avec les nouveaux équipements achetés par le Food Technology Laboratory, le nombre d’analyses de fruits et légumes a-t-il augmenté ?

Oui, nous effectuons une trentaine à une cinquantaine d’analyses par semaine. J’ai demandé que les résultats me soient envoyés et aussi mis en ligne sur le site du ministère. En moyenne pour les produits testés, les cas de dépassement des LMR concernent 5 % des échantillons analysés. C’est encore inacceptable. D’où toutes nos mesures et le projet de loi.

Qu’en est-il des fruits et légumes plantés dans l’arrière-cour et vendus le long des routes ?

Les gens ont toujours planté dans leur arrière-cour pour leur propre consommation et pour vendre l’excédent. C’est ainsi que l’on voit des gens vendre des légumes et des fruits un peu partout. Ceux qui le font ne sont pas tous recensés comme des planteurs.

Aujourd’hui, on sensibilise non seulement les planteurs mais aussi les consommateurs. Ils ont le devoir de s’assurer que le produit qu’ils consomment soit sain et de bonne qualité.

C’est aussi la raison pour laquelle je veux aménager un nouveau Wholesale Market à Wootun. L’appel d’offres pour la construction du bâtiment est actuellement au Central Procurement Board et avant la fin de l’année prochaine, ce Wholesale Market sera prêt. L’actuel est dans un état lamentable.

Quel est votre moyen de contrôle des produits importés ?

Le Pesticide Bill prévoit des analyses également à cet effet.

Quand on lit vos réponses au Parlement, il est clair que vous ne croyez pas qu’il y ait corrélation entre des dosages excédentaires de pesticides dans les cultures vivrières et des maladies comme le cancer…

Scientifiquement, les rapports disent qu’il n’y a pas de corrélation. Mais si ce gouvernement propose autant de mesures pour décourager les gens à utiliser les produits chimiques, et promouvoir l’agriculture organique, raisonnée et venir avec une loi, même si les rapports scientifiques n’apportent pas de preuves formelles, c’est une bonne chose. Quand je vois le nombre de personnes atteintes de maladies comme le cancer, je dis que ce sont les choses que l’on met dans notre corps qui en sont responsables.

Plus d’une trentaine de personnes dans mon entourage ont été emportées par le cancer durant ces dernières dix années. Cela m’interpelle, tout comme le Premier ministre. C’est pour cela que l’on met le paquet sur l’agriculture organique pour que les producteurs se dirigent vers ce mode de production agricole. Tout le monde a à gagner dans cette démarche.

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