Auguste Follet: «Le temps des grandes manifestations syndicales semble révolu»

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Auguste Follet, syndicaliste et ex-président de l’Organisation de l’unité des artisans.

Auguste Follet, syndicaliste et ex-président de l’Organisation de l’unité des artisans.

Les laboureurs et artisans de l’industrie sucrière s’organisent pour réclamer le paiement de l’augmentation salariale de 20 % qu’ils attendent depuis janvier. Les syndicalistes du Joint Negotiating Panel motivent les employés. Parmi les animateurs des syndicats, on retrouve un vétéran du mouvement ouvrier : Auguste Follet.

En dépit de ses 88 ans, l’ex-président de l’Organisation de l’unité des artisans (OUA) fait quotidiennement la route des appartements NHDC-La Cure au 4e étage de la Pearle House, à la rue sir Virgil Naz, dans la capitale. Auguste Follet y officie comme conseiller technique de l’OUA. Il fait profiter de son expérience aux syndicalistes plus jeunes.

Celui qui a présidé l’OUA de 1973 à 1999 ne se décourage pas, même si la grande mobilisation n’est pas au rendez-vous. Contrairement à d’autres, Auguste Follet ne tombe pas dans la condamnation du manque d’intérêt des travailleurs pour la lutte syndicale. Philosophe, il déclare qu’il faut les comprendre. «De nos jours, les ouvriers ont trop d’obligations pour prendre le risque de participer à une manifestation», affirme-t-il. «Il faut réfléchir à d’autres moyens pour les mobiliser, car le temps des grandes manifestations syndicales semble révolu.»

Auguste Follet accepte cet état des choses. «Nous serons quelques-uns à manifester à la fin du mois. Et sans doute peu nombreux à rendre hommage à Anjalay Coopen le 1er mai, mais nous le ferons.» En effet, pour la Journée mondiale du travail, des syndicalistes déposeront une gerbe devant la stèle dédiée à cette ouvrière agricole, tombée sous les balles lors d’une grève à Belle-Vue-Harel, en 1943.

L’ancien président du syndicat des artisans de l’industrie sucrière se met à évoquer ses multiples combats. C’est en 1972 qu’il décide, avec des amis, de créer un syndicat pour parler au nom des artisans employés par les établissements sucriers. Un an plus tard, c’est chose faite. Auguste Follet, qui travaille à Médine depuis 1947, est élu président du syndicat. Il le restera jusqu’à sa retraite, en 1999.

Notre interlocuteur se souvient de ses premières négociations en 1974 pour obtenir une augmentation de salaires des artisans de l’industrie sucrière. Feu sir Harold Walter, un Senior minister, représentait l’État. «Nous avons aussi pu obtenir que les enfants des artisans puissent bénéficier d’un moyen de transport, réservé alors aux enfants des membres de l’état-major, pour aller à l’école.»

Puis, c’est la grande grève de 1979, qui a précédé celle de Paul Bérenger et d’autres syndicalistes. Auguste Follet dit avoir apprécié de travailler avec celui qui était, à l’époque, le principal négociateur de la General Workers Federation, mais a toujours refusé de s’intégrer aux organisations qu’il animait.

C’est cette même volonté de préserver son indépendance qui a conduit Auguste Follet à refuser de rejoindre des partis politiques. Il est d’ailleurs satisfait d’avoir pu préserver sa neutralité politique. «Je veux rester au service du mouvement syndical.»

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