Parlement: quand les réponses se font rares

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Ivan Collendavelloo a refusé de répondre à deux questions mardi 17 avril.

Ivan Collendavelloo a refusé de répondre à deux questions mardi 17 avril.

«J’ai été conseillé qu’il ne serait pas approprié de divulguer les noms de ceux ayant eu accès aux facilités du VIP Lounge.» Réponse du Premier ministre adjoint, Ivan Collendavelloo, à une question de Salim Abbas Mamode au Parlement, le mardi 17 avril. Un peu plus tôt dans la journée, le numéro deux du gouvernement n’a pas donné de détails sur la publicité gouvernementale octroyée aux groupes de presse en arguant qu’il y a une affaire en cour opposant La Sentinelle à l’État.
 
Dans les deux cas, l’argument d’Ivan Collendavelloo n’a pas convaincu. Comment se fait-il qu’il ait jugé inapproprié de rendre publique la liste de ceux ayant accès au salon VIP de l’aéroport alors que le Premier ministre Pravind Jugnauth l’a déjà fait ?
 
En mars 2017, l’ancien député Roshi Bhadain avait demandé au chef du gouvernement le nombre de fois où Álvaro Sobrinho a eu accès à ce salon entre octobre 2015 et février 2017. Le Premier ministre avait déposé une liste comprenant les noms de tous ceux ayant accompagné l’homme d’affaires angolais au VIP Lounge. 

Ne pas répondre à la question sur la publicité gouvernementale posée par Danielle Selvon semble aussi surprenant. Le Premier ministre adjoint a déclaré qu’une affaire est devant la cour. Mais le député Veda Baloomoody, également avocat, lui a rappelé que la question de sa collègue concerne les trois dernières années alors que l’affaire La Sentinelle contre l’État est relative à une période antérieure. 

D’ailleurs, exaspéré, Franco Quirin n’a pas pu garder son calme quand le ministre de la Jeunesse et des sports, Stephan Toussaint, n’a pas donné le montant du salaire du Chief Executive Officer du Comité d’organisation des Jeux des îles 2019, expliquant que c’est un comité autonome. «Il est payé pour répondre ! C’est une honte ! Qu’il démissionne !» avait-il protesté. Quelques ministres avaient répliqué qu’ils ne sont pas payés pour répondre.
 
Les membres du Cabinet sont-ils obligés de répondre aux questions ? L’ancien Deputy Speaker Sanjit Teelock rappelle que les règlements de l’Assemblée nationale ne peuvent forcer un ministre à répondre. «Même le président de la Chambre n’a aucun pouvoir de forcer un ministre à donner une réponse, mais il peut chronométrer le temps qu’il prend pour répondre. Cependant, il est du devoir d’un ministre de respecter le jeu démocratique en répondant aux questions», dit-il. 
 
Toutefois, il existe plusieurs facteurs qui pourraient empêcher un ministre de donner des réponses. Par exemple, si l’interpellation concerne une compagnie. Les ministres s’abstiennent également de répondre quand les questions supplémentaires ne sont pas liées à la principale question. 

Pour l’ancien Whip de l’opposition, Rajesh Bhagwan, le gouvernement doit jouer la carte de la transparence quand les fonds publics sont concernés. «Les ministres ne réalisent pas que les séances parlementaires sont diffusées à la télévision. Le public est en train de juger leur performance quand ils ne répondent pas aux questions. Ils seront appelés à rendre des comptes devant l’électorat aux prochaines élections», prévient le député du Mouvement militant mauricien (MMM). Il croit qu’il est temps de revoir les règlements de l’Assemblée nationale pour que le speaker ait le pouvoir de recommander aux ministres de répondre.

Nous avons sollicité le Chief Whip Bobby Hurreeram pour qu’il nous donne son avis, mais il n’a pas retourné notre appel malgré deux messages laissés à son bureau. 


Une pratique courante dans le passé


Sanjit Teelock rappelle qu’à la fin des années 1970 et avant 1982, le gouvernement de sir Seewoosagur Ramgoolam, en guerre contre l’opposition, répondait systématiquement «I don’t know!» quand les membres de la minorité posaient des questions supplémentaires. Et en 1993, quand le leader du MMM, Paul Bérenger, s’est retrouvé dans l’opposition après sa révocation comme membre du Cabinet, les ministres de l’alliance Mouvement socialiste militant-Renouveau militant mauricien, ajoute-t-il, refusaient de répondre à ses questions. 

L’ancien Deputy speaker fait ressortir l’incident impliquant Jean Claude de l’Estrac, ministre, et Paul Bérenger. Le ministre avait refusé de répondre à Paul Bérenger, provoquant une dispute entre les deux. Le leader du MMM devait défier Jean Claude de l’Estrac à la démission pour un face-à-face à Stanley-Rose-Hill. D’où la tenue d’une partielle dans cette circonscription en 1995, scrutin qui s’est soldé par la victoire de Paul Bérenger.
 

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