Mekonnen Hailemariam: «Un grand besoin de soutenir les entreprises du cuir»

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Mekonnen Hailemariam, Institutional Capacity Development and Consultancy Expert de l’ALLPI.

Mekonnen Hailemariam, Institutional Capacity Development and Consultancy Expert de l’ALLPI.

Parlez-nous de l’Africa Leather and Leather Products Institute (ALLPI) et l’aide que vous apportez au secteur du cuir à Maurice. 
L’ALLPI (anciennement COMESA LLPI) a pour objectif de faciliter le développement du secteur du cuir dans la région du Common Market for Eastern and Southern Africa (COMESA). Sa charte est soutenue par 17 chefs d’Etat et de gouvernement du COMESA. 

En général, la chaîne de valeur du cuir se compose de quatre principaux stades, à savoir l’élevage du bétail, la production de cuir et de peaux (hides), le tannage et la production de chaussures et de produits en cuir. Cette chaîne de valeur pèse 130 milliards de dollars au niveau mondial. Ce qui est supérieur au commerce combiné de la viande, du sucre, du café, du riz, du caoutchouc, du coton et du thé. La région du COMESA comprend 19 pays africains produisant environ 11 % et 26 % du cheptel au niveau mondial et sur le continent respectivement. Toutefois, la contribution de cette région au commerce international du cuir est moins de 3 %, ce qui est minime. 

Notre mission au niveau de l’ALLPI consiste donc à utiliser cette ressource renouvelable que nous avons de manière optimale, notamment en agissant comme facilitateurs auprès des membres du COMESA tout en mettant en relation partenaires, entreprises et institutions. La finalité est d’apporter de la valeur ajoutée et de la compétitivité au secteur du cuir dans la région du COMESA à travers le partage de connaissance, l’adaptation et l’adoption d’innovations à différents niveaux de la chaine de valeur du cuir. 

Sachant qu’il n’y a que 12 entreprises actives avec seulement 850 employés et une seule tannerie en opération, comment pensez-vous que le secteur du cuir local peut se développer ? 
Ce qui est ressorti lors de notre évaluation de la performance du secteur du cuir mauricien pour la période 2012-2016, c’est que le pays est un importateur net de chaussures et autres produits en cuir tout en exportant la plupart des peaux brutes malgré le fait qu’il n’y a qu’une seule tannerie en opération. Une tannerie qui n’opère qu’à 20 % de sa capacité en raison du manque de matières premières (peaux brutes).

De plus, la valeur totale des importations, en termes monétaires, était généralement trois fois plus élevée que celle des exportations. L’écart est resté important au cours de ces cinq dernières années. Il y a donc grand besoin de soutenir et renforcer les entreprises du cuir afin de renverser cette balance commerciale négative tout en satisfaisant la demande au niveau local. Tout ceci requiert une politique qui renforce les efforts du secteur du cuir pour apporter de la valeur ajoutée. 

Maurice exporte actuellement 70 % de ses peaux de bétail à l’état brut. Il faut souligner à cet effet que l’exportation de peaux brutes et de cuir implique également une exportation des emplois, des opportunités d’engranger des devises étrangères ainsi que d’autres bénéfices indirects qui auraient pu être générés à Maurice si une grande partie des peaux brutes et des cuirs étaient transformés en produits finis. 

C’est-à-dire ? 
La consommation moyenne de chaussures par habitant dans la région africaine est de 0,85 paire. Maurice étant dans la catégorie des pays à revenu moyen supérieur, on s’attend que sa consommation moyenne de chaussures par habitant soit plus élevée que la moyenne régionale. 

Selon notre calcul régional, la taille de ce marché à Maurice est estimée à 1,1 million de paires par an. En assumant que toutes ces chaussures soient fabriquées localement, cela génèreraient 1 841 emplois dans la vente, ce qui enclencherait une demande pour la fabrication de cuir, de semelles, colles ainsi que d’autres accessoires, ce qui aurait aussi pour conséquence de créer plus d’emplois. 

«La taille du marché des chaussures à Maurice est estimée à 1,1 million de paires par an.» 

Quel serait notre avantage comparatif en tant que petit Etat insulaire sur le marché international, face aux géants du marché du cuir comme la Chine, les Etats Unis, la France et l’Italie, entre autres ? 
Maurice est réputé pour sa bonne gouvernance et s’est considérablement développé à partir d’une économie agricole à faible revenu vers une économie à revenu moyen avec des secteurs industriels, financiers et touristiques en croissance. Cet environnement a attiré des centaines de milliers d’investissements étrangers. De plus, le pays étant bien développé au niveau des TIC, il serait bénéfique d’introduire des technologies rentables pour la fabrication de chaussures comme les 3D foot Scanners, un algorithme d’analyse de pression des chaussures, des logiciels de traitement d’images en 3D ou encore une application mobile pour l’ajustement des chaussures. Ainsi, en tenant compte de la situation du cuir tant au niveau national, régional qu’international, il y a matière à développer ce secteur à Maurice en y apportant de la valeur ajoutée. 

Comment se sont déroulés les deux jours de séminaires (du 11 au 12 avril) avec les opérateurs mauriciens ? 
Les commentaires que nous avons reçus des opérateurs étaient très positifs et informatifs. Les participants ont réitéré, à travers un exercice de SWOT Analysis (Strengths, Weaknesses, Opportunities and Threats), l’importance du secteur et ont exprimé leur engagement à collaborer pour débloquer son potentiel. Les participants ont également identifié les plus grosses contraintes de la chaîne de valeur et ont suggéré de possibles interventions pour y remédier. 

Quand le «Leather Strategy for Mauritius» sera-t-il prêt et comment se fera le suivi ? 
Une ébauche de la stratégie sera soumise dans un mois et sera suivie de la validation, du lancement et de la mise en application (unpacking exercises). La dernière étape définira le calendrier de mise en application de la stratégie, les institutions concernées, la coordination générale du projet ainsi que le mécanisme de suivi pour l’application de la stratégie. 

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