Des policières mutées pour avoir dénoncé leur supérieur harceleur

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Plusieurs policières préfèrent se taire de peur de perdre leur emploi.

Plusieurs policières préfèrent se taire de peur de perdre leur emploi.

Deux policières affectées dans un poste de police de la capitale ont été récemment transférées pour avoir dénoncé leur supérieur de harcèlement. L’une d’elle a été mutée le 9 avril.

C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. La Police Officers Solidarity Union (POSU) monte au créneau et compte envoyer une lettre au Prime Minister’s Office et au ministère de l’Égalité du genre pour dénoncer les cas de harcèlements dans la force policière.

Pour l’inspecteur Jaylall Boojhawon, président de la POSU, ces quelques cas ne reflètent pas la réalité. «Il y a beaucoup plus de cas. Nous les avons encouragées à dénoncer et les avons assurées qu’elles recevront une protection syndicale. Mais elles ont très peur. Les policières ne veulent pas dénoncer par crainte de représailles», explique-t-il.

Ce récent cas a éclaté lorsque les proches d’une des policières, qui a été victime de harcèlement, il y a quelques semaines, ont alerté la Police Internal Assessment Cell (PIAC). Une cellule mise en place pour enquêter sur les plaintes faites par les membres de la police contre leurs collègues. Alertée, une inspectrice a encouragé la victime à dénoncer ce cas de harcèlement. Mais après avoir raconté son calvaire, sa vie est devenue un enfer. Elle a ensuite été mutée.

Confidentialité ou pas ?

L’inspecteur Jaylall Boojhawon se demande si ces affaires sont vraiment traitées en toute confidentialité. «Les policières ne font pas confiance à la PIAC. De plus, comment se fait-il que les policiers enquêtent sur leurs propres collègues ? Sur quels critères les membres de la PIAC ont-ils été choisis ?»

Les policières se disent persécutées et victimes de remarques désobligeantes. L’une d’elles, qui s’est confiée au syndicat de la police, raconte que le supérieur se serait caché derrière la porte pour ensuite en profiter pour commettre des actes désobligeants. «Li ti pé faire mésansté. Il se cachait derrière la porte avant de tenter de nous embrasser lorsqu’on entrait dans la pièce», soutient-elle.

La victime explique que le haut gradé trouvait toutes sortes de prétextes pour la faire venir dans son bureau pour la harceler et faire des commentaires à caractère sexuel.

Est-ce que le shift system est la cause du harcèlement ?

Avant 1989, les femmes faisaient le travail de clerk et elles étaient dactylographes. Elles travaillaient dans l’administration au Passport and Immigration Office, au Head Quarters et à la Traffic Branch. Leur horaire de travail était de 9 heures à 16 heures. Passé cette année, les femmes policières ont suivi leur formation à la Training School de Beau-Bassin. Elles ont été appelées à travailler dans les postes de police et leurs horaires de travail étaient de 7 h 15 à 15 h 15 et 15 h 15 à 23 h 15. Il y a quelques années de cela, après que les facilités d’infrastructures ont été mises en place, les femmes policières ont été appelées à travailler pendant le dernier shift, de 23 h 15 à 07 h 15. Une question se pose : est-ce que le phénomène qu’est le harcèlement a pris de l’ampleur suite à ses horaires tardifs ?

Une policière qui témoigne sous l’anonymat, ayant une vingtaine d’années d’expérience dans le domaine, explique que jamais le shift system n’a été une invitation à un quelconque harcèlement qu’il soit d’ordre moral ou qu’il soit des insultes, menaces, agressions physiques ou sexuelles. «Au contraire nous travaillons avec beaucoup de coordination en équipe. Le respect entre un policier et une policière doit s’établir au départ même tout en respectant les limites. Je n’ai jamais eu à traiter ce genre de problèmes ou même s’il y en a, les policières n’ont pas révélé ces cas au grand jour de peur de perdre leur travail.»

Nous avons approché une autre policière expérimentée qui nous révèle que le harcèlement a existé depuis mais certaines policières se taisent car le sujet est tabou. «À l’époque, quand une femme avait un boulot dans la police, c’était un honneur. J’en ai connu qui ont subi le harcèlement mais je ne révélerai rien à ce sujet. Il y en a certaines qui ont quitté la force policière et les préjudices qu’elles ont subis sont loin derrière elles aujourd’hui.»

«No to any form of discrimination and harassment at the workplace»

Lors de son allocution le 8 mars dernier, à l’occasion de la Journée de la femme, aux Casernes centrales, le commissaire de police Mario Nobin a indiqué que la police travaille afin de promouvoir l’égalité du genre. Le lancement d’une Non-Discrimination and Anti-Harassment Policy avait eu lieu afin que les forces de l’ordre continuent d’exercer dans un environnement propice, sans subir de préjudice ou de harcèlement. «No to any form of discrimination and harassment at the workplace, we should also have the courage to do or say something against it», avait déclaré Mario Nobin.

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