Roger Mancienne: «Tout pays doit maintenir le contrôle des installations sur son territoire»

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Roger Mancienne (à g.), leader de Linyon Demokratik Seselwa, parti majoritaire au Parlement seychellois, aux côtés de Wavel Ramkalawan, lors de la campagne pour l’élection présidentielle des Seychelles, en 2015.

Roger Mancienne (à g.), leader de Linyon Demokratik Seselwa, parti majoritaire au Parlement seychellois, aux côtés de Wavel Ramkalawan, lors de la campagne pour l’élection présidentielle des Seychelles, en 2015. 

L’accord Inde-Seychelles pour l’installation des infrastructures militaires sur l’île Assomption est-il définitivement mort-né ? 

L’accord révélé au public seychellois en février, d’abord par des fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères et par la suite lors des rencontres publiques, est mort. Mais une facilité militaire seychelloise sur nos îles est toujours possible à l’avenir. Reste à voir avec ou sans le soutien d’un pays étranger, l’Inde ou autre. 

Qu’est-ce qui a motivé l’opposition dont vous faites partie en tant que président de LDS à ne pas ratifier cet accord ? 

C’est surtout une question de souveraineté. L’accord prévoit l’accès automatique du personnel militaire indien à la facilité militaire proposée et aussi le joint management de l’installation. C’est ce qui a rendu cet accord inacceptable pour nous et pour beaucoup de Seychellois. 

Les protestations des Seychellois contre cet accord à Victoria n’ont donc pas été vaines, sachant qu’au départ, le LDS a bien indiqué qu’il étudiera les aspects de l’accord avant de prendre une décision ? 

On a étudié les aspects de l’accord dès qu’on a pu le faire librement et à fond, c’est-à-dire quand ils ont été révélés au public. Et c’est après notre analyse des conditions y figurant qu’on a pris notre décision. Donc, on ne peut parler de changement d’avis, dans la mesure où on n’avait pas encore émis un avis définitif. 

La seule déclaration qu’on a faite au préalable était que toute facilité devait rester entièrement sous le contrôle des Seychelles. À aucun moment, nous avions indiqué une acceptation de l’accord. On a, bien sûr, tenu compte de l’avis des citoyens qui se sont exprimés lors des protestations, ainsi que d’autres qui l’ont fait en privé et dans les médias. 

Et les détails de l’accord qui ont fuité sur YouTube ont-ils pesé dans la balance ? 

Pour les détails fuités sur YouTube, ils sont arrivés après qu’on a pris une décision. 

Qu’est-ce qui vous a le plus choqué dans les détails de l’accord ? 

L’accès automatique du personnel militaire d’un autre pays et le joint management. Ce qui laissait ouverte la possibilité que l’installation puisse être utilisée pour des activités qu’on n’aurait pas prévues et qui pourraient être, en outre, contre nos intérêts nationaux. 

L’île de l’Assomption était-elle condamnée à devenir une seconde Diego Garcia ? 

Pas du tout. Il n’en a jamais été question. 

À la presse, le président seychellois, Danny Faure, a parlé d’une réunion avec le leader de l’opposition, Wavel Ramkalawan, le 26 mars (après votre décision au Parlement) pour discuter des points de litige de l’accord. Qu’en est-il ressorti ? 

Après la conférence de presse, Wavel Ramkalawan a fait ressortir que la question de ratification de cet accord est close. L’accord ne sera pas envoyé au Parlement. 

L’exécutif contrôlé par le Parti Lepep peut-il contrer le pouvoir législatif que détient l’opposition ? 

Pas sans un manque de respect pour l’ordre constitutionnel. Je ne crois pas qu’on va en arriver là. 

Si c’est le cas, comment comptez-vous contre-attaquer, sachant qu’il s’agit du premier programme du gouvernement auquel vous vous opposez ? 

En utilisant les institutions de notre démocratie, notamment les pouvoirs législatif et judiciaire, mais aussi la volonté du peuple seychellois. 

Pensez-vous que l’Inde doit aller de l’avant avec la construction d’une piste d’atterrissage, d’une jetée et d’autres infrastructures à Agaléga ? 

Ça, c’est aux Mauriciens d’en décider. Je pense toujours que tout pays doit maintenir entièrement le contrôle des installations sur son territoire. Le reste dépend de ce que le pays valorise comme principes et intérêts nationaux. 

Que conseillez-vous au gouvernement mauricien qui y a donné son accord ? 

Je n’ai pas de conseil à donner au gouvernement mauricien. Ce sont aux institutions et au peuple mauricien de veiller à ce que les décisions de leur gouvernement soient conformes aux principes et aux intérêts nationaux. 

Et à vos homologues de l’opposition à Maurice ? 

L’opposition est une des institutions qui font partie du système démocratique. Je suis sûr que l’opposition saura assumer ses responsabilités. 

Bio express  

Roger Mancienne est le leader et président de LDS. Le parti politique a été créé en 2016 pour les élections législatives aux Seychelles et rassemble des groupes de l’opposition. Victorieux à ces élections, le parti est, depuis, majoritaire à l’Assemblée nationale seychelloise.  

Roger Mancienne est aussi le membre fondateur du Seychelles National Party, un parti de l’opposition pour lequel il a été le secrétaire général pendant de nombreuses années. Il a aussi à son actif la cofondation du journal «Regar», dont il a été le rédacteur de 1992 à 2011. 

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