Caudan Arts Centre: les balcons en porte-à-faux ne verront pas le jour

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La démolition forcée des piliers s’achèvera ce week-end. (Ci-contre) Impression d’artiste du Caudan Arts Centre doté des balcons qui auraient constitué son attrait iconique.

La démolition forcée des piliers s’achèvera ce week-end. (Ci-contre) Impression d’artiste du Caudan Arts Centre doté des balcons qui auraient constitué son attrait iconique.

Véritable coup d’arrêt dans le programme de construction du Caudan Arts Centre, imposant bâtiment qui se situerait au front de mer du Caudan, entrepris par Caudan Development, filière spécialisée en développement immobilier et investissement du groupe Promotion and Development. Il s’agit d’un ambitieux projet d’ordre culturel et artistique, qui vise à révolutionner l’animation à Port-Louis et dans lequel quelque Rs 1 milliard ont été engagées. Il a été décidé que des balcons en porte-à-faux, qui devaient surplomber le ruisseau du Pouce, ne figureront plus sur le plan final du bâtiment.

Caudan Development a été sommé par Mahen Jhugroo, ministre du Logement et des terres, à enlever quatre pylônes temporairement installés depuis avril-mai 2017 dans le lit du ruisseau du Pouce. Le rôle de ces pylônes consiste à servir de structures de soutien à l’échafaudage pendant la période de construction, le temps de poser la dalle des balcons en porte-à-faux associés au Caudan Arts Centre.

Au final, la structure du bâtiment sera privée de ses balcons. Ils auraient permis à ceux qui l’auraient utilisé d’avoir une vue plongeante sur l’endroit même où les eaux du ruisseau du Pouce se jettent dans celles du port. Caudan Development n’a pas tardé à entreprendre la destruction de ces quatre pylônes. Ils ont été coupés en commençant par la partie supérieure. Des plongeurs termineront le travail aujourd’hui ou demain. Ils vont procéder au déracinement de la partie des pylônes se trouvant dans le lit du ruisseau du Pouce. «Le bâtiment sera privé de sa touche iconique», regrette René Leclézio, directeur général de Promotion and Development.

Comment en est-on arrivé là ? C’est le député Shakeel Mohamed qui a mis le feu aux poudres. C’était mardi, à l’Assemblée nationale, dans le cadre des débats portant sur le Pouce Stream (Authorised Construction) (Amendment) Bill. Le but de ce projet de loi consistait à rechercher le feu vert de l’Assemblée nationale afin que Caudan Development puisse entreprendre la construction d’un bâtiment doté de balcons en porte-à-faux, Ces derniers donneraient sur le ruisseau du Pouce, sans empiéter physiquement sur ce bien public.

En terminant sa présentation, Mahen Jhugroo recommande favorablement le projet de loi à l’approbation de l’Assemblée. Il précise que le National Disaster Risk Reduction and Management Committee, le ministère des Infrastructures publiques de même que la Cité de Port-Louis ne s’opposent pas à l’exécution des travaux. Sur ce, il fait circuler une photo du projet de développement et une copie de l’épreuve destinée à chacun des membres du Parlement.

Coûts prohibitifs

L’argument de Shakeel Mohamed repose sur deux éléments. D’abord, l’installation de ces pylônes a été effectuée sans le feu vert de la mairie de Port-Louis. Ensuite, Caudan Development a ignoré les exigences de l’article 25 des Rivers and Canals Act, qui stipulent que de tels travaux nécessitent l’autorisation préalable de la Cour suprême. Shakeel Mohamed précise que dans le premier cas, c’est lui qui a pris l’initiative pour en faire part au ministre Jhugroo. Et que dans le second cas, la confirmation de l’information vient du ministre lui-même.

Un autre élément viendra sceller le sort des balcons lorsque la question d’empiétement sur une terre appartenant à l’État, par une entité privée, est évoquée par le député Reza Uteem. «Donc, qu’est-ce qu’on est en train de faire aujourd’hui ? Qu’on ne se trompe pas, nous sommes en train de privatiser une propriété publique. Nous sommes en train de privatiser une partie du ruisseau du Pouce.»

Il dit regretter qu’aucune voix de l’autre côté de la Chambre, qui soutient le projet de loi, ne se soit élevée pour déclarer pour quelle raison le Parlement doit-il amender une législation «pour permettre à un promoteur privé de construire, et sans doute d’exploiter commercialement, ce qui appartient à la nation, à chacun de nous, et qui relève du bien public ?»

Mahen Jhugroo, dans son summing-up, avoue que son very good friend, Shakeel Mohamed, a attiré son attention dans la matinée du mardi 3 avril que «le promoteur a placé des structures temporaires sur le lit du ruisseau du Pouce». Il déclare que sur ses instructions, les officiers de son ministère et de ceux de la mairie de Port-Louis se sont rendus sur les lieux et ont confirmé l’existence de ces structures temporaires.

Le ministre ajoute que le State Law Office a confirmé la nécessité d’obtenir le feu vert de la Cour suprême au préalable. «Et ceci» a-t-il indiqué, «constitue une infraction. Caudan Development a pris l’engagement que le nécessaire sera entrepris pour enlever les pylônes.»

Du côté de Caudan Development, on souligne qu’à aucun moment la mairie n’a évoqué que le feu vert de la Cour suprême devait être obtenu pour l’érection de ces piliers. Et que ces officiers n’avaient pas donné signe de vie depuis avril-mai 2017. Les piliers ont dû être installés vu que le retour sur le site de construction de la firme Frankie, société sud-africaine spécialisée dans de tels travaux, allait entraîner des coûts prohibitifs.

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