Coronation: une page d’histoire bientôt tournée

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La plus vieille enseigne de Coronation, près du marché central, existe depuis 1946.

La plus vieille enseigne de Coronation, près du marché central, existe depuis 1946.

On ne peut parler de la loterie verte sans évoquer la compagnie Coronation. Et pour cause : c’est le plus grand revendeur du fameux «loterie vert». Vieille de 78 ans, la Government Lotteries a fait de nombreux millionnaires dans le pays. Toutefois, sa reprise par la compagnie Lottotech met l’avenir de Coronation en jeu.

Malgré tout, Coronation reste une référence dans le paysage des jeux de hasard. Son histoire remonte à 1946, l’année où cette enseigne a été mise sur pied par Shivdutt Moher, nous raconte son fils, Satish Moher. C’est lui qui a repris le flambeau. D’où vient le nom Coronation? On apprend que c’est après le couronnement de la reine Elizabeth II, en 1953, que cette appellation a émergé dans l’esprit du fondateur.

Le propriétaire affirme que l’aventure de l’entreprise a commencé au marché central, à Port-Louis. Et elle y a toujours pignon sur rue. Satish Moher y travaille, assis sur son tabouret et converse avec ses clients en leur refilant les billets.

Celui qui est désormais à la tête du commerce avance que la loterie verte, à cette époque, avait pour but de lever des fonds afin de venir en aide aux anciens soldats. «Un pourcentage de la vente des billets servait à soutenir les anciens combattants après la Seconde Guerre mondiale.»

Petit à petit, Coronation s’est fait un nom «Après avoir remporté quelques billets gagnants, nous avons commencé à devenir populaire.» Ce qui a poussé les Moher à implanter la boîte dans d’autres régions du pays. «Nous avons bougé vers les régions rurales et les villes aussi.»

Des souvenirs au sein de Coronation ? Impossible de faire le tri, il y a en a tellement, dit Satish Moher. La dernière en date remonte à hier. «C’était aujourd’hui (NdlR, hier), après le tirage de la 787e édition. Le premier lot de Rs 10 000 000 a, une fois de plus, été remporté par Coronation. Et pas par un seul gagnant, mais une association de 100 personnes qui ont remporté Rs 10 000 chacune.»

Toutefois, l’incertitude demeure. Qu’adviendra-t-il de l’entreprise familiale, une fois la loterie verte privatisée ? Les Moher ne savent plus trop sur quel pied danser. «Nous nageons dans le flou et entendons tellement de choses. Comment distinguer le vrai du faux ?» confie Satish Moher, qui se préoccupe surtout de la trentaine d’employés qui travaillent pour Coronation.

La coronation lottery bientôt sur pied

Les revendeurs de la loterie verte ne pensent pas se reposer sur leurs lauriers. Un des directeurs de Coronation, Varun Moher, confie qu’il a déjà pensé à une nouvelle idée pour continuer à prospérer dans ce milieu : lancer leur propre loterie. «Nous envisageons de créer la Coronation Lottery. Nous avons déjà notre permis pour opérer comme revendeur.» Cette idée devrait se préciser après la rencontre de mardi, qui réunira les différents stakeholders et les Mauritius Lotteries.

Gagnant de la loterie verte : une vie sans fantaisie

Son billet, ce gagnant, il l’avait acheté au bazar central, il y a 12 ans. «C’était chez un vieux boutiquier. Je faisais des emplettes et puis j’ai décidé d’acheter Rs 100 de billets», se souvient l’habitant de Beau-Bassin.

Douze ans après, a-t-il changé de vie ? Bien au contraire. Il a gardé le même train de vie, comme s’il ne s’était rien passé. En effet, notre interlocuteur soutient que la fortune ne lui est pas montée à la tête. «Je vis ma vie comme je l’ai toujours fait. J’apprécie toujours mes plats simples. Je fréquente toujours mes amis. Je n’ai jamais show off», confie-t-il.

Remporter le gros lot de la loterie verte a boosté la popularité de cet habitant de Beau-Bassin. Surtout après la publication de sa photo dans les journaux. «Les gens n’ont pas arrêté de venir me voir. Ils demandaient de l’aide pour diverses raisons…» C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il ne souhaite pas révéler son nom, même après tout ce temps. Bon joueur qu’il est, il continue à titiller la chance. Pour «le fun». «Peut-être que la chance peut à nouveau me sourire», soutient-il. Son plus grand conseil aux millionnaires ? Ne pas se prendre la tête. «Et surtout continuez à vivre votre vie. Sans strass, ni paillettes.»

Frantz Merven: «Le chiffre d’affaires est en baisse»

L’un des pionniers de la loterie à Maurice, Frantz Merven, directeur de la compagnie Merven Frères ,est d’avis que cette nouvelle configuration pourrait leur coûter cher. Le directeur de la compagnie Merven Frères, qui gère Badinage Merven, soutient qu’un pan du patrimoine risque d’en prendre un coup.

Quelles sont vos impressions après l’annonce que la loterie verte sera reprise par Lottotech ?

Je pense que la loterie verte a aussi vu ses chiffres d’affaires baisser. Étant des distributeurs de ce jeu dans le pays, nous sommes bien placés pour le savoir. Depuis la venue du loto dans le paysage mauricien, la donne a changé. Plusieurs lots restent invendus.

Toutefois, quelques personnes restent attachées à la tradition. Contrairement au loto, où plusieurs joueurs peuvent avoir les mêmes chiffres fétiches, à la loterie, ce n’est pas le cas. Un seul gagnant empochera les millions mis en jeu. La question que l’on se pose est de savoir quelle sera la nouvelle stratégie de Lottotech.

Pensez-vous que les parieurs vont se tourner vers la nouvelle technologie qu’apportera Lottotech ?

 Je ne pense pas. Il faut aussi savoir que depuis 2009, le chiffre d’affaires du loto a beaucoup baissé. Les gens réalisent qu’il devient difficile de gagner à ce jeu. Certains vont privilégier le billet vert ou encore le Badinage Merven, par exemple. Vous avez plus de chance de gagner. Mais c’est sûr que nous allons tous subir les conséquences de cette nouvelle idée. Cela coûte cher de faire de la concurrence.

Les jeux de hasard rapportent-ils gros?

Depuis l’introduction du loto, tout a basculé. On ne gagne plus beaucoup. Je peux même avancer que l’on ne vend qu’un cinquième de ce qui se faisait auparavant. Le loto a ramené à la baisse les revenus. Pour ma part, je continue dans ce domaine parce que cela me tient à cœur. Je pense aussi au personnel. Dans deux ans, le Badinage Merven fêtera ses 100 ans d’existence. Notre nom a toujours été associé aux courses hippiques. Il ne faut pas oublier que nous devons donner 10 % en termes de taxe au gouvernement sur chaque billet que nous vendons. La loterie ne rapporte pas grand-chose !

Sinon, la saison hippique de la saison 2018 a débuté. Quel constat faites-vous ?

 Vous savez que notre clientèle est composée de gens qui possèdent de petites bourses. Toutefois, j’ai constaté qu’il y a eu une légère hausse dans nos revenus, comparée à la première journée de la saison dernière. On a même payé le premier lot, soit Rs 150 000, pour la Duchesse. Nous sommes aussi arrivés à payer Rs 87 000 pour les autres lots. Je pense que le fait d’avoir émis les billets avec un mois d’avance, contrairement aux saisons précédentes, a joué en notre faveur.

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