Enquêtes de l’ICAC sur Sobrinho: «Des arrestations imminentes»

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Sydney Bathfield, chairman de la société Royal Park, à sa sortie des locaux de l’ICAC, à Réduit, mercredi 4 avril.

Sydney Bathfield, chairman de la société Royal Park, à sa sortie des locaux de l’ICAC, à Réduit, mercredi 4 avril.

L’Independent Commission against Corruption (ICAC) compte aller au fond des allégations qui ont mené à l’affaire Platinum Card, qui a vu la démission de l’ancienne présidente de la République, Ameenah Gurib-Fakim. C’est du moins ce qu’on affirme au niveau de l’entité. Les enquêteurs travaillent sur toutes les pistes liées à l’homme d’affaires angolais, Álvaro Sobrinho. D’importants développements sont à prévoir au cours de la semaine. Dans les milieux proches de l’ICAC, on parle même d’arrestations et d’inculpations imminentes. 

Ce mercredi 4 avril, des limiers de la commission ont été déployés à travers le pays. Alors que plusieurs se sont rendus à la State House, d’autres ont effectué une descente à l’Economic Development Board (instance qui réunit trois entités, dont l’ex-Board of Investment (BoI). Le président du conseil d’administration de la compagnie Royal Park, Sydney Bathfield (voir plus loin), a également été sommé de se rendre au quartier général de l’ICAC, à Réduit. Il a été entendu pendant plusieurs heures. 

Quant aux enquêteurs envoyés au bureau de la présidence, ils y sont restés pendant plus de six heures pour éplucher des dossiers. Selon nos recoupements, ils voulaient surtout tirer au clair le rôle qu’a joué l’ancien responsable de l’administration à la State House, Dass Appadu, concernant la venue d’Álvaro Sobrinho au pays. 

Les congés de Dass Appadu intriguent

Le fonctionnaire a-t-il agi sur des instructions ? Est-ce la raison pour laquelle il est intervenu en 31 occasions pour que l’Angolais puisse bénéficier du VIP Lounge de l’aéroport ? Pourquoi a-t-il appelé à huit reprises la Financial Services Commission pour s’enquérir des permis d’opération de l’Angolais ? Autant de réponses que veut obtenir l’ICAC. Il nous revient que les enquêteurs voudraient aussi comprendre comment Dass Appadu a-t-il pu bénéficier d’une année de congé de la fonction publique pour se mettre au service de Vango Properties Ltd, une société de l’homme d’affaires contesté. 

Selon nos informations, les officiers seraient en présence d’éléments pouvant incriminer l’actuel Permanent Secretary du ministère de la Fonction publique, sous la Prevention of Corruption Act, notamment au sujet de la clause de public official using his office for gratification. Le mystère de la fameuse berline ayant comme plaque d’immatriculation D 1955, enregistrée au nom d’Álvaro Sobrinho, devrait également être éclairci. 

L’ICAC a aussi établi une liste de bolides associés à l’Angolais. Les enquêteurs ont rendu visite, dans la journée d’hier, à trois concessionnaires auto- mobiles, nommément Axess, Leal & Co et ABC Motors.

Un autre volet important de cette enquête concerne également les investissements d’Álvaro Sobrinho dans le secteur immobilier. Combien de villas possède-t-il dans le complexe Royal Park, à Balaclava ? S’agit-il d’une villa uniquement ou de 144, comme l’a affirmé le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval ? 

Documents emportés 

Les documents saisis à l’EDB, dans le courant de la journée d’hier, devraient permettre de faire la lumière sur ces allégations. Nos renseignements indiquent que le milliardaire angolais voulait faire l’acquisition de 34 villas. Toutefois, il n’a pu en réserver que 12. Bien qu’il en ait acheté une, sous l’Integrated Resort Scheme, aucune autre acquisition n’a été faite jusqu’à présent. Ce, en raison de conditions strictes. 

Dans les milieux proches de l’ICAC, on avance que tous les documents relatifs aux demandes de permis de Sobrinho, ou encore ceux ayant trait aux villas de Royal Park, ont été emportés. Les personnes associées à ces demandes de permis devraient également être interrogées. Quid des employés de l’ex-BoI ? Au niveau de l’ICAC, on n’écarte pas la possibilité qu’ils soient interrogés. 

Les enquêteurs voudraient également savoir si toutes les procédures ont été respectées pour les demandes d’investissement de l’homme d’affaires. Le terrain acheté à Ébène, par Vango Properties Ltd, intéresse aussi la commission, tout comme des allégations de maldonnes et de blanchiment d’argent. Quant à Sydney Bathfield, étant donné qu’il est un des directeurs du complexe Royal Park et que sa signature figure sur des lettres et autres documents, il a été entendu à titre de témoin. 

Cet exercice demeure, toutefois, incomplet puisqu’il doit revenir à la commission anticorruption, en compagnie de ses avocats, Mes Gavin Glover et Sailesh Seebaruth, pour la suite de sa déposition. Après les critiques de ces derniers jours sur l’efficacité de la commission, l’on affirme que les enquêteurs ont voulu frapper fort en lançant quatre interventions presque simultanément. «L’affaire Sobrinho ressemble en ce moment à un labyrinthe et cette enquête pourrait durer plusieurs semaines, voire des mois», confie un officier de l’ICAC.


Royal Park sous les feux des projecteurs

Sydney Bathfield, le président du conseil d’administration de la société Royal Park, a été interrogé pendant plus de trois heures par l’Independent Commission against Corruption (ICAC), hier. Il a été appelé pour donner des détails sur les dates de paiements et les modes utilisés par Álvaro Sobrinho. À sa sortie, il n’a pas voulu confirmer le nombre de villas achetées par le milliardaire angolais controversé. Mais il a toutefois laissé entendre que le chiffre publié dans la presse serait inexact. 

Sydney Bathfield a fait carrière dans les services financiers à Maurice, ayant travaillé à la filiale CIM de Rogers. Il a également assumé la présidence du «board» de la Stock Exchange of Mauritius à deux reprises. Il devra être de retour dans les locaux de l’ICAC prochainement. Royal Park est ce projet immobilier de luxe situé à Balaclava. 

La société qui appartient à plusieurs personnes, dont Bernard Maigrot, Mushtaq Oosman ou encore André Bonieux de PricewaterhouseCoopers. Trois sociétés sont actionnaires de Royal Park Balaclava, à 25 % chacune. Il s’agit de la Société Bali, appartenant à 100 % à Bernard Maigrot ; la Société Le Pilan, détenue par Sydney Bathfield (50 %) et Marie Marguerite Bathfield (50 %) ; et la Société Sandoval, dont les deux actionnaires sont John Maigrot (50 %) et Marie-Claire Maigrot (50 %).


La piste des berlines

Qui sont ceux qui ont bénéficié des berlines offertes par le milliardaire angolais Álvaro Sobrinho ? C’est ce que les enquêteurs de l’Independent Commission against Corruption (ICAC) ont pour mission de découvrir. 

Ils ont fait une descente chez les concessionnaires Leal, Axess et ABC Motors, hier, mercredi 4 avril. Ils s’intéressent principalement à ceux qui auraient conduit les berlines pour le servicing, s’il y en a eu. Selon l’ICAC, en suivant la piste de ce service d’entretien pour voitures, les enquêteurs pourraient remonter aux personnes qui conduisaient les berlines à ce moment-là. Ces personnes pourraient être des agents politiques ou encore les chauffeurs des politiciens. 

Les enquêteurs ont également demandé des informations sur l’achat des berlines, qui a effectué les paiements, par quel mode de paiement et qui a pris livraison des voitures. L’express a tenté d’avoir les réactions des concessionnaires concernés. «Pas de commentaire», a répondu Leal. Chez ABC Motors, la cellule de communication a affirmé qu’elle allait communiquer sur le sujet ce jeudi 5 avril.

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