Chelvan furniture Ltd: la boucle est bouclée pour Tony

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Anthony Chelvan a appris l’ébénisterie et le garnissage avant de se mettre à son compte. Aujourd’hui, il possède son atelier-showroom à La Brasserie.

Anthony Chelvan a appris l’ébénisterie et le garnissage avant de se mettre à son compte. Aujourd’hui, il possède son atelier-showroom à La Brasserie.

Anthony Chelvan, dit Tony, s’étonne encore des heureux hasards de la vie. «Qui aurait cru qu’un jour j’aurais fait construire mon atelier-showroom à l’emplacement même de la maison des Madhow où ma grand-mère travaillait comme employée de maison, et qui est situé juste en face de l’atelier de Soopaya Veeramootoo où j’ai été apprenti ébéniste et dont j’ai racheté le fonds de commercel’an dernier ?» C’est pourtant ce qui est arrivé.

Ce quinquagénaire est issu d’une famille très modeste. Sa maman, tout comme sa grand-mère paternelle, sont des employées de maison, et son père est maçon. En grandissant, ce Curepipien voit comment ses parents triment pour nourrir leurs quatre enfants, dont il est le cadet. Il effectue sa scolarité primaire à l’école de Cité Atlee et connaît la douleur de perdre son père alors qu’il n’a que dix ans.

Les choses vont mal pour lui, si bien qu’il arrête l’école à 15 ans. Sa mère veut qu’il apprenne la mécanique, mais ne trouve aucun garagiste pour le prendre comme apprenti. En revanche, comme ébéniste, c’est une autre paire de manches. Le premier à lui donner sa chance est justement Soopaya Veeramootoo qui maîtrise l’art de fabriquer des meubles Louis VI, ceux de style directoire et même du mobilier comme ceux de la Compagnie des Indes. «Il a été mon mentor en ébénisterie. Avec lui, j’ai aussi appris la discipline et la rigueur dans l’exécution tant il était méticuleux.» Un jour que Tony Chelvan travaille dans l’atelier, il voit un artisan étranger à l’atelier recouvrir un fauteuil. La manœuvre le fascine tellement qu’il réalise qu’il veut se spécialiser en garnissage. Cette ligne n’étant pas dans les cordes de Soopaya Veeramootoo, il le quitte au bout de quatre ans pour rejoindre l’atelier de George Gooloo, maître en garnissage. «Sa réputation était telle que les gens venaient des quatre coins de l’île pour le faire garnir leurs meubles

Le maître garnisseur est tout aussi rigoureux que le maître ébéniste qu’il a eu pour mentor avant, et qui plus est, celui-ci est doté d’un caractère bien trempé. Il n’empêche que Tony Chelvan apprécie le travail. «Autant l’ébénisterie requiert une maîtrise de l’outillage, autant le garnissage s’effectue en grande partie avec la paume des mains. Il faut savoir amener et caresser le tissu dans le sens voulu, aimer les textures et leurs couleurs. Et entre les deux, l’ébénisterie est plus dure car il faut connaître l’outillage sur le bout de ses doigts

Rouages du métier

Lorsqu’il sent, au bout de cinq ans, qu’il connaît tous les rouages de ce deuxième métier, Tony Chelvan se dit qu’il est temps d’apprendre la menuiserie industrielle. Ce qu’il fait chez Multicollection, où il reste trois ans et auprès d’un autre atelier de Mesnil où il passe deux ans. Sachant qu’il est au fait de toutes les techniques, il estime que le temps est venu de se mettre à son compte. Il aménage son atelier à domicile et achète sa première machine à Rs 1 000. Comme il ne connaît pas sa valeur, il travaille à perte à ses débuts.

La qualité de son travail lui apportant de nouveaux clients, il ouvre son premier atelier Chez Tony à la rue Derby, à Forest-Side en 1992. Là, il fabrique non seulement des meubles, mais les répare aussi et recouvre fauteuils et canapés, de même que les sièges de voitures et d’autobus. Les clients sont satisfaits. Si bien qu’ils se multiplient. En l’an 2000, il loue un emplacement plus grand à la rue Gustave Colin, à Forest-Side, et recrute un ouvrier du textile qu’il forme au garnissage. «On travaillait à deux, je coupais et lui cousait avant que je ne recouvre le meuble», raconte Tony Chelvan.

Un différend avec le propriétaire des lieux l’oblige à revoir sa stratégie et à prendre une grande décision : c’est soit fermer boutique et aller travailler pour un autre entrepreneur ou acheter son propre local. Comment y arriver lorsqu’on n’a que Rs 100 000 sur son compte bancaire ?

Sa mère, qui a eu vent de son dilemme, passe un jour devant l’atelier de Soopaya Veeramootoo et réalise que la vieille maison d’en face, où sa belle-mère avait trimé comme bonne, est en vente. Elle se renseigne et le prix demandé est de Rs 1,4 million. C’est la Mauritius Commercial Bank qui permettra à Tony Chelvan de prendre son envol comme entrepreneur en contractant un emprunt pour racheter ladite maison mais aussi lui permettre de construire son atelier à l’arrière avant de démolir la vieille maison et y rebâtir une autre abritant son bureau et son showroom.

Formation des jeunes

Le savoir-faire de Tony Chelvan a fait le reste. Et de neuf employés de départ qu’ils étaient, ils sont aujourd’hui 22 à plein-temps, dont deux Indiens spécialisés en finitions et cinq ébénistes sous-contractants.

Le travail de Chelvan Furniture Ltd – c’est ainsi qu’il a nommé son entreprise – est de si haute facture qu’aujourd’hui, 50 % de sa clientèle comprend des particuliers et le reste des hôtels cinq étoiles et des promoteurs de projets immobiliers tombant sous le Property Development Scheme. Voulant offrir un service complet à sa clientèle, soit la capacité à fabriquer aussi bien du mobilier d’époque que contemporain, il a racheté le fonds de commerce de son premier mentor, qui n’était disposé à vendre qu’à lui. De plus, Tony Chelvan offre un service personnalisé car ses meubles sont fabriqués sur mesure pour chaque client. «C’est un service très personnalisé et très exclusif que nous offrons. Les clients donnent leurs dimensions, l’inclinaison voulue car certains ont des problèmes de dos et nous nous exécutons et livrons le meuble demandé. Nous effectuons aussi des réparations de meubles qui ne proviennent pas de chez nous

Outre les paiements qui tardent parfois, sa difficulté est de trouver de la main-d’œuvre qualifiée. «C’est ainsi dans tous les domaines. Je contourne le problème en recrutant des jeunes que je forme, même si je n’ai pas beaucoup le temps pour cela. C’est un réel problème et le pays va en souffrir, croyez-moi, de cette pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans tous les secteurs

Tony Chelvan, qui a longuement réfléchi à la question, estime que former à un métier des jeunes éjectés du circuit scolaire à l’âge de 16 ans n’est pas la solution. «C’est beaucoup trop tard pour les intéresser à un métier.» Ce qu’il faudrait, selon lui, c’est introduire dans le cursus scolaire trois métiers techniques comme matières obligatoires et qui seraient apprises en parallèle au programme d’études académiques. «Ainsi, s’ils ne réussissent pas académiquement, en abandonnant l’école, ils auront déjà une base de trois métiers potentiels à partir desquels ils peuvent choisir une spécialisation

Il y a une quinzaine d’années, un diplomate d’une ambassade pour qui il avait travaillé et qui était impressionné par la qualité de son travail, lui a proposé de faire des démarches pour que lui et les siens – il est marié à Marie-Michèle et est père de trois enfants de 23, 21 et 9 ans – s’installent en Europe et y développent un business de meubles. Tony Chelvan a refusé. C’est sans regret. «J’aime mon pays et ma famille et je voulais montrer à tous ce que je vaux.» Un pari réussi….

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