Accidents: ces verres d’alcool qui brisent des vies

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L’alcool et la conduite ne font pas bon ménage. Et pourtant, 1 300 automobilistes ont atterri en cellule de dégrisement en l’espace d’un an et demi, selon une réponse fournie par le ministre Mentor, mardi 27 mars.

L’alcool et la conduite ne font pas bon ménage. Et pourtant, 1 300 automobilistes ont atterri en cellule de dégrisement en l’espace d’un an et demi, selon une réponse fournie par le ministre Mentor, mardi 27 mars.

Ils se sont connus au collège, ils avaient 15-16 ans. Elle avait le cœur pris ailleurs, lui, l’a toujours aimée en secret. La vie a suivi son cours, les a séparés. Elle s’est mariée, a eu un enfant, son premier mari est décédé. C’est à ce moment-là que Sanjay a avoué son amour à Anabelle, lui a dit qu’il l’attendait, qu’il l’aimait «depuis toujours».

Non, il n’a pas réussi à lui voler son cœur tout de suite, il fallait qu’elle fasse son deuil, qu’elle se remette en selle. Elle le considérait comme un ami. Mais petit à petit, à la force des mots et des actes, Sanjay a su conquérir son âme meurtrie, redonné un sens à sa vie. Ils ne savaient pas que la mort les attendait au tournant.

Quand ils se sont dit oui, pour le meilleur et pour le pire, elle était âgée de 34 ans, lui 33. Un an après, le bonheur était complet, Anabelle donnait naissance à leur bébé. Jaloux, le malheur guettait au tournant. Après 17 ans de bons et loyaux services, Sanjay était renvoyé du boulot, lui qui ne voulait pas qu’Anabelle travaille, qu’elle reste à la maison aux côtés des enfants.

Après le paradis, c’est la descente aux enfers. Il a commencé à boire, cachant ses tracas à sa reine et ses princesses. Tentant, tant bien que mal, de remonter la pente. «Il nous avait caché le fait que son salaire n’était plus le même», confie Anabelle. Adieu train de vie aisé, sorties. Les dettes, les emprunts à rembourser pour la maison, eux, étaient toujours là. Ça le déchirait de l’intérieur, il rongeait son frein.

Sanjay, dépressif, enchaîne alors les petits boulots, pendant que sa dépendance à l’alcool grandit. Mais il se bat quand même, pour la femme de sa vie, pour ses filles, même s’il lui arrive de se montrer violent, verbalement. Il décroche un autre travail, bien payé, c’est la joie. De courte durée.

Il perd le nord

Un jour, alors qu’il conduit la voiture de compagnie, alors qu’il a trop bu, le drame se produit. Il heurte un motocycliste, lui roule dessus, croyant que c’est «une borne»… Il sera arrêté, libéré sous caution puis accusé d’homicide involontaire.

Sanjay, l’époux d’Anabelle Nandoo, a mis fin à ses jours le 22 décembre 2010.

Mais Sanjay, déjà égaré, perd complètement le nord. Dévoré par des images horribles du cadavre de ce père de famille, qui le hantent, par la culpabilité qui refuse de s’en aller, malgré les litres d’alcool avalés. Il était un criminel… «Il appelait tous les jours l’épouse du défunt, pour parler, pour s’excuser», confie Anabelle. Un jour, la femme du motocycliste tué lui a dit : «Mo garson, monn fini pardonn ou, aster ou mem ou bizin pardonn ou mem, pou ou Madam ek ou bann zanfan…»

Sanjay n’y parvient pas. Il est mort de l’intérieur, parle parfois de mettre fin à ses jours. Il franchit le pas le 22 décembre 2010. Pour oublier sa misère psychologique, que même l’amour des siens n’a pu guérir, pour se libérer des chaînes de son mal-être, pour faire taire la douleur, il s’est servi d’une corde. «Il m’avait appelée avant pour me dire de m’occuper des enfants…»

Sanjay avait 36 ans. Il avait une femme, des enfants, la vie lui donnait une autre chance, côté travail. L’alcool et le volant en ont décidé autrement.

Sept ans après, le calvaire continue

Aujourd’hui encore, Anabelle Nandoo, 44 ans, se bat pour garder le sourire, chasser les souvenirs, pour ses enfants. «Un jour, ma fille m’a dit qu’elle ne voulait plus me voir ainsi, qu’elle voulait que je sois heureuse.» Mais depuis 7 ans, elle doit se rendre en cour à cause de l’accident… «La famille du motocycliste décédé poursuit la compagnie pour laquelle Sanjay travaillait, qui, elle, poursuit la compagnie d’assurances. Moi, en tant que ‘third party’, je dois être présente. Après la mort de mon mari, avec la succession, j’ai hérité des problèmes aussi.»

Son avocat lui a même suggéré de vendre sa voiture, au cas où elle serait amenée à devoir payer pour quelque chose qu’elle n’a pas fait. «J’ai vendu la maison pour une bouchée de pain, maintenant il faut également que je brade ma vieille voiture, qui m’est d’une grande utilité à cause des enfants.» Un cauchemar dont elle a hâte de se réveiller, pour pouvoir, enfin, après tous ses malheurs, croire de nouveau au bonheur.

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