Adi Teelock: activiste dans l’âme

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En solo ou au sein d’une plateforme, et de préférence de préservation de l’environnement, Adi Teelock milite contre ce qui lui paraît injuste. Même si son mouvement 270 Lavwa n’a pu empêcher le saccage de la promenade Roland Armand, elle estime qu’il a éclairé le public sur l’opacité du projet de métro. Portrait d’une battante née. 

Sandhya Teelock, plus connue comme Adi, est présente sur de nombreux fronts liés à l’écologie et à la préservation de l’environnement. Certaines personnes qui suivent son parcours ne manquent pas de relever qu’elle ne l’est pas systématiquement et avancent que c’est parce qu’elle est sollicitée pour écrire pour de grands groupes ou encore pour ne pas embarrasser des proches. 

Or, Adi Teelock refuse de démonter publiquement l’argumentaire de certains de ses pairs avec qui elle a milité dans le passé pour ne pas affaiblir les causes en jeu. Tout comme elle trouve qu’il est préférable de situer les enjeux des projets plutôt que de s’attaquer à leurs promoteurs. Elle préfère prendre de la hauteur et attaquer le problème à la racine. «Je trouve inacceptable le déclassement des plages publiques. Tout comme j’estime qu’il faut revoir la politique de construction d’hôtels sur les pas géométriques. Il faut amener les autorités à mener des politiques qui vont dans le sens du bien commun. C’est le sens de mon combat», explique-t-elle. 

Cette quinquagénaire vient d’une famille bourgeoise et ne s’en cache pas. Elle vit d’ailleurs dans une belle maison au centre d’une grande cour ombragée, à quelques mètres de la promenade Roland Armand, à Rose-Hill. C’est une propriété familiale achetée par feu son père Canta, pharmacien de profession, en 1956. En sus de trois officines, Canta Teelock et son épouse Indra possèdent des terres sous culture de canne à sucre à Flacq. L’enfance d’Adi Teelock, qui est la benjamine de trois enfants, est rose car elle est choyée. Jusqu’au décès de son père, alors qu’elle n’a que neuf ans. Étant la prunelle des yeux de ce dernier, elle est dévastée par cette disparition qui oblige sa mère à prendre les rênes des affaires familiales. 

Ce que ce père, fervent travailliste et militant pour la décolonisation en général dans le monde et l’indépendance de l’île en particulier, a éveillé en elle, c’est une curiosité sur le monde qui l’entoure. Le microcosme comme le macrocosme. 

C’est au Philippe Rivalland RCA qu’Adi Teelock fait sa scolarité primaire. Elle obtient la petite bourse et est admise au Queen Elizabeth College. À l’époque, le travaillisme bat de l’aile et c’est le Mouvement militant mauricien, qui défend des idéaux de justice sociale, d’émancipation de la femme et d’autosuffisance alimentaire, qui monte. Adi Teelock suit tous ces débats avec intérêt car ils aiguisent sa conscience politique. Elle milite en faveur de plusieurs causes. Elle est notamment cofondatrice du Muvman liberasyon fam et de Ledikasyon pou travayer. 

Adi Teelock étudie les sciences jusqu’en Form V car elle veut devenir ingénieure agronome. Mais trouvant la physique et la chimie arides au final, en FormVI, elle opte pour les mathématiques, l’économie et l’histoire. Il est question qu’elle aille en Grande-Bretagne pour des études supérieures en histoire. C’est sans compter sa rencontre avec Malenn Oodiah, futur étudiant en sociologie à l’université de Strasbourg, en France, qui débarque chez elle avec un de ses cousins. Adi Teelock est frappée par la brillance de ses yeux, signe «d’une vie cérébrale intense». 

Leurs rencontres se multiplient et ils tombent amoureux. Pour ne pas rester séparés des années, c’est à l’université de Strasbourg qu’elle est admise, où elle obtient une licence et une maîtrise d’histoire. Lorsque Malenn Oodiah et elle rentrent au pays en 1982, le chômage bat son plein. Ils se marient en 1985. Si Malenn Oodiah veut d’un enfant depuis toujours, Adi Teelock n’est pas pressée. 

Elle finit par trouver de l’embauche comme enseignante d’histoire-géographie à temps partiel d’abord, puis à plein-temps, à l’École du Nord. Après avoir travaillé en free-lance, Malenn Oodiah rejoint le groupe Beachcomber comme conseiller en communication et en sociologie d’entreprise. Au bout de sept-huit ans, alors qu’Adi Teelock approche de la trentaine, son désir d’enfant devient fort. C’est ainsi que naît Milan, 26 ans aujourd’hui, diplômé en médias et communications et qui rêve d’être écrivain de fictions. Comme cumuler ses vies professionnelle et personnelle est compliqué, elle quitte l’enseignement. Il n’empêche qu’elle enseigne à mi-temps à l’université de Maurice et effectue un remplacement à l’École du Nord. Mais jusqu’à ce que son fils ait 15 ans, elle met sa vie associative «entre parenthèses». 

Lorsque Malenn Oodiah s’embarque dans l’ambitieux projet de réaliser cinq CD-ROM intitulés «Maurice 1900-2000 : le temps d’un siècle», vu ses connaissances d’historienne, elle lui prête main-forte et se charge surtout du volet consacré à la géographie et à l’aménagement du territoire. Ce qui l’amène à s’intéresser de plus près à ce dernier sujet. Lorsque le gouvernement veut sacrifier des hectares de forêts à Ferney, elle est indignée. Son mari l’encourage à écrire dans les journaux. Elle s’exécute et fait un plaidoyer pour sauver La Vallée de Ferney. 

Quelques années plus tard, Adi Teelock rejoint les forces vives d’Albion et de Gros-Cailloux, qui s’associent avec d’autres en collectif pour s’ériger contre le projet d’incinération de déchets solides de Gamma Covanta. En sus de la pollution, elle sait que 70 % des déchets qui seront incinérés sont verts et brûleront mal. De plus, la quantité d’électricité produite par ce processus sera inférieure au nombre envisagé par les promoteurs. Elle prend sa plume et s’exprime publiquement sur ces questions. Le projet est gelé quand, devant le Tribunal d’appel de l’environnement, l’avocat du promoteur admet que la quantité d’électricité produite sera plus basse que ce qui avait été initialement prévu. 

Fort de cette synergie, le collectif décide de créer, en 2010, la Plateforme Maurice environnement. Elle rédige une charte avec 17 articles généraux. Chaque organisation qui s’y trouve a une autonomie d’action, à condition que les articles de la charte soient respectés. Le principe d’Adi Teelock est de «se battre oui, mais avec des arguments solides soutenus par des informations vérifiées et vérifiables pour être plus sûr de convaincre». 

La Plateforme Maurice environnement prend position sur le projet de centrale thermique de CT Power. En parallèle, en tant qu’historienne, elle est sollicitée par de grands groupes – la Mauritius Commercial Bank, Médine, Eclosia, le groupe Currimjee – pour retracer leur histoire et en faire un livre-souvenir. 

Adi Teelock, qui suit l’actualité, tique lorsque le gouvernement modifie la loi – ce qui lui évite de procéder à un Environmental Impact Assessment par rapport au projet de métro léger. Étant une usagère régulière de la promenade Roland Armand depuis l’enfance, elle décide de sonder ceux qui fréquentent ladite promenade pour savoir ce qu’ils pensent du démantèlement de ce parc public long de quelque quatre kilomètres. Le feedback reçu des riverains est l’effroi. Mais il y a aussi le refus de s’exprimer à haute voix par peur de représailles. 

«Nous avons voulu être la voix des arbres et celle des riverains.» 

Son amie facebookeuse et elle décident de créer le mouvement 270 Lavwa car ce numéro est celui apposé sur le flamboyant marqué pour être abattu dans le prolongement du Jardin Bijoux. «Nous avons voulu être la voix des arbres et celle des riverains.» Une page Facebook au nom du mouvement est aussi créée en octobre dernier. Le mouvement est rejoint par le Kolektif Sov Promenad Roland Armand et Jardin Bijoux et prend plus d’ampleur. Leur pétition de 500 signatures envoyée à la mairie de Beau- Bassin–Rose-Hill dans l’optique d’avoir des précisions sur ce projet, notamment où passeront les rails, rencontre une fin de non-recevoir. 

Actuellement, les travaux du Central Electricity Board, qui débutent en soirée et durent jusqu’aux petites heures du matin, empêchent les riverains de dormir. Les décibels mesurés par le ministère de la Santé dépassent le seuil autorisé. Malgré cette violation, le bruit continue. «Il faut savoir qui a autorisé cette violation de la loi», dit-elle. 

Bien que la promenade Roland Armand et le Jardin Bijoux soient aujourd’hui dévastés et méconnaissables, Adi Teelock estime que son combat n’a pas été vain. «Nous avons réussi à mettre cette promenade unique à Maurice et très fréquentée à l’agenda public. Nous avons montré l’opacité du projet et le traitement cavalier du gouvernement à l’égard de la population, alors qu’il y avait une alternative possible à cette destruction. Nous continuerons à dénoncer cette manière de faire. D’un point de vue très personnel, c’est une partie de ma vie, et donc de moi, qui a été détruite. Mais je continuerai à lutter pour protéger les droits des riverains…» 

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