Anish Dabeesingh: Décoré de la République à titre posthume

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Anish Dabeesingh est décédé d’un cancer en 2015, à 22 ans.

Anish Dabeesingh est décédé d’un cancer en 2015, à 22 ans.

La vie d’Anish Dabeesingh a été de courte durée, mais dense et surtout significative pour la Nature qu’il aimait tant. À tel point que le 12 mars, on lui a décerné le «President’s Badge of Honour» à titre posthume.

Anish Dabeesingh était le fils cadet de Madhavi et de Vipin, d’anciens membres du personnel navigant commercial d’Air Mauritius reconvertis dans les affaires. Sa mère étant originaire de Mahébourg, Anish Dabeesingh passe durant l’enfance énormément de temps à jouer sur la plage de Pointe-d’Esny. C’est, d’ailleurs, là qu’il apprend à nager et finit par exceller dans cette discipline.

Il s’intéresse à tout et est curieux de tout ce qui l’entoure, si bien que sa vie extrascolaire est aussi riche que sa vie scolaire à la Phoenix State Secondary School d’abord puis ensuite au John Kennedy College, où il opte pour les sciences. Il adore le grand air, la mer, la nature et les animaux. Sa mère n’oubliera jamais le jour où il ramène un chiot abandonné à la maison, qu’il soigne et qu’il nomme Cookie. Animal qui devient bien vite le cinquième membre de la famille.

Autant son frère aîné Anuj Dabeesingh, qui a également étudié au John Kennedy College, part pour la Grande-Bretagne pour ses études supérieures, autant Anish rêve d’Amérique et de sortir de la norme pour être quelqu’un. Mais même si ses parents sont dans les affaires, ils ne roulent pas sur l’or. Anish Dabeesingh hésite tellement entre plusieurs filières de spécialisation que sa mère lui conseille de prendre une année sabbatique, le temps pour lui d’y voir plus clair et pour que son père et elle soient financièrement préparés. Il accepte.

Comme il aime nager et plonger et qu’il veut explorer l’écosystème marin, il décide d’apprendre la plongée sous-marine avec son ami et mentor Narraina Reddy. Ravi de l’expérience – ils plongent jusqu’à 80 mètres, il prend et réussit l’examen lui permettant d’être membre de la Professionnal Association of Diving Instructors. Voulant aussi aider autrui, il suit la formation pour obtenir le titre d’Emergency First Response Instructor.

Davantage sensibilisé à l’environnement depuis qu’il plonge, il demande à ses parents de lui payer le billet pour qu’il assiste au World Energy Summit, à Abu Dhabi. On est en 2012. Comme il n’a jamais été seul en terre étrangère, ses parents paient aussi le billet de son ami Vedant Seam, fondateur de l’organisation non gouvernementale internationale ELI Africa, qui vise à offrir un apprentissage pratique aux enfants défavorisés. La participation d’Anish Dabeesingh à ce sommet mondial lui ouvre davantage les yeux sur l’état de la planète.

À son retour à Maurice, il rejoint ELI Africa en tant que Lead Project Manager et continue à plonger. Choqué par l’érosion qui ronge nos côtes et en particulier celle du Sud, il décide d’initier un Mangrove Action Project dont l’objectif est de planter 12 000 mangroves sur la côte sud-est de l’île afin d’endiguer l’érosion. Il fait part de son projet au ministère de la Pêche et aux pêcheurs de la région pour qui il nourrit des craintes qu’ils ne puissent plus un jour nourrir leurs enfants avec les produits de la mer si cette érosion se poursuit. Les pêcheurs comme les villageois, enthousiasmés par son projet, lui prêtent main-forte et propagent les mangroves avec lui autour de l’île et en particulier à Grande-Rivière-Sud- Est. Présenté par ELI Africa au Green Africa Awards de 2013, ce projet obtient le Highly Commendable Award.

Au gré de ses plongées, Anish Dabeesingh note les dégâts aux fonds marins. Il est perturbé par les trous qu’il remarque dans la barrière de corail autour de l’île et en particulier à Trou-aux-Biches. En tant que Lead Project Manager d’ELI Africa, il approche le ministère de la Pêche à ce sujet. Ne concevant pas que la barrière soit si abîmée, de concert avec le Mauritius Oceanographic Institute et Sam Teicher, un étudiant de l’université de Yale aux États-Unis, ils démarrent un projet de ferme corallienne consistant à faire pousser des récifs sur des treillis dans le lagon de Trou-aux-Biches. Ce projet démarre bien et reçoit une allocation de 50 000 dollars américains des Nations unies, en 2015.

Intéressé par l’informatique, Anish Dabeesingh réussit à se faire embaucher comme stagiaire à Leal Communications et collabore à un programme destiné à enseigner aux enfants défavorisés les principes de base de l’électronique et comment construire leurs propres panneaux solaires.

Accepté aussi bien à la Northeastern University qu’à la Massachussetts University Amherst de Boston, il opte pour la première université bien que la seconde lui ait offert une bourse partielle. Et ce parce qu’il veut être dans les universités américaines d’élite constituant le Ivy League. C’est ainsi qu’il part à Boston et vu sa grande taille – il fait un mètre 89 – il se sent immédiatement à l’aise avec les Américains. Et comme il est amical, il se constitue vite un petit groupe d’amis et s’adapte facilement à sa nouvelle vie.

Plongeur pour British Petroleum

La fuite de pétrole de British Petroleum (BP) dans le golfe du Mexique le choque. Toujours prêt à se porter volontaire pour préserver l’environnement, Anish Dabeesingh écrit à BP et propose ses services en tant que plongeur. Il est accepté. Son père ne veut pas en entendre parler et lui rappelle que sa priorité doit être ses études. Il se range à cet avis. Parfaitement adapté à cet univers studieux, il fréquente régulièrement la bibliothèque de la Harvard Business School. Un jour qu’il s’y rend, une douleur atroce au ventre lui coupe la respiration et l’empêche d’avancer. Ses amis le conduisent à l’hôpital. On est alors en avril 2014. Par Skype, il rassure ses parents en leur disant qu’il n’a plus mal. Sauf que peu de temps après, la même douleur fulgurante le reprend et que les médecins de l’hôpital décident de le faire admettre pour des tests approfondis. Ils suspectent la présence d’un cancer quelque part dans le pancréas, mais attendent confirmation.

Un matin, il appelle ses parents et se dit désolé de les décevoir avant de leur annoncer qu’il souffre d’un cancer rare et incurable, le cholangiocarcinome ou tumeur cancéreuse dans un canal biliaire. Anish Dabeesingh décide de rester à Boston et d’y poursuivre ses études, tout en suivant les traitements appropriés. On l’opère pour enlever la tumeur et les traces de cancer. Puis c’est avec courage qu’il entame la chimiothérapie. Il vient à Maurice quelques mois plus tard mais s’il paraît en forme, ses parents notent qu’il a beaucoup maigri. De plus, il est souvent irritable, humeur qu’on ne lui connaissait pas autrefois. Il voudrait bien plonger mais le médecin le lui interdit. Il fait alors du Skydiving. Il refuse que l’on s’apitoie sur son sort. À son retour à Boston, il reprend ses traitements. Au total, il se soumet à 15 sessions de chimiothérapie et à 25 séances de radiothérapie. Si à un moment, les médecins croient qu’il va mieux, la tumeur réapparaît et grossit. Affaibli mais tenace, il découvre les joies du drone qu’il fait voler sur le campus. Il nomme d’ailleurs son drone Zoouke.

Pèlerinage à GOA

En avril 2015, il revient à Maurice mais est très affaibli. Il sait qu’il n’en a plus pour très longtemps. Ses parents étant croyants et pratiquants, il accompagne sa mère en pèlerinage à Goa avant de repartir pour Boston. Là, il rejoint la cohorte de patients qui suivent un des traitements expérimentaux en cours. Il souffre tellement qu’il est placé sous morphine. Son médecin l’encourage à regagner Maurice mais demande à ses parents d’importer pour lui du cannabis médicalisé, car c’est une des rares substances qui calme ses douleurs. Son père approche le ministre de la Santé d’alors, Anil Gayan et lui demande de faire une dérogation pour qu’il puisse importer du cannabis médical sous scellés et sous contrôle du ministère. Sa demande est rejetée.

Anish Dabeesingh rentre au pays amaigri, avec une sonde dans le ventre pour évacuer la bile et toutes les substances toxiques. Toutes les huit heures, il doit prendre de la morphine tant la douleur est intenable. Révolté par la mort qu’il sait proche, il ne veut plus voir personne, sauf ses parents. Il souffre tellement que son père doit le faire s’allonger sur le siège du copilote et conduire toute la nuit pour le bercer afin qu’il dorme.

Ses douleurs n’étant plus gérables à domicile et les prises de morphine s’étant rapprochées au point d’être toutes les deux heures, ses parents le font admettre à la clinique Fortis Darné où il rend son dernier soupir le 30 septembre 2015. Il n’a que 22 ans.

Ses parents sont dévastés. Sa mère qui possède la boutique Veema à Orchard Centre, Quatre-Bornes, en a ouvert une autre en face l’an dernier et l’a baptisé Mangrove en souvenir de lui. Elle y vend des vêtements Eco-friendly et continue à planter des mangroves sur les côtes mais à plus petite échelle. Et lorsqu’elle apprend par le bouche-à-oreille qu’un malade du cancer a besoin d’être soutenu, elle aide comme elle le peut.

Depuis que son fils n’est plus, son désir le plus cher est que d’une façon ou d’une autre, il devienne une icône pour les jeunes. Avec cette décoration à titre posthume, c’est en bonne voie…

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