Alzheimer: l’amour au-delà de la maladie

Avec le soutien de

«Tout a basculé le jour où il est tombé. Il n’arrivait pas à se relever», confie Mala, 70 ans. Cette habitante de Quatre- Bornes n’aurait pu s’imaginer ce qu’elle apprendrait des médecins, en 2017. En effet, la septuagénaire croyait que la chute de Rajen, son époux de 75 ans, diabétique et hypertendu, était liée à ces pathologies. «Il avait souvent des vertiges quand son taux de sucre baissait. Mais là, il souffrait beaucoup de ses pieds. Il s’était fracturé la cheville. On l’a emmené à l’hôpital et il a dû être opéré», se remémore-t-elle.

Peu de temps après l’intervention, son état empire. «Il n’avait plus conscience de rien», martèle Mala. Après consultation, le douloureux diagnostic tombe : c’est la maladie d’Alzheimer. Unie à Rajen suivant un mariage arrangé, mère de trois enfants et grandmère de six petits-enfants, Mala est sous le choc. «Soudain, mon mari ne me reconnaissait plus. Il m’appelait ‘Tantine’ ou ‘Mama’. Quant à mes enfants, notamment mon fils, Rajen le prenait pour son frère ou son père», indique-t-elle. Et face aux petits-enfants, l’attitude de son époux change également. Avant, indique t- elle, il les emmenait à l’école. Désormais, il ne les reconnaît plus.

Bouleversée mais armée de courage, la septuagénaire, qui compte 52 ans de mariage, a dû s’adapter aux circonstances : «Je devais vivre comme ça désormais. Mon mari ne pouvait plus accomplir certaines tâches de manière autonome. Par exemple, je dois l’aider pour le bain, entre autres.» Outre les membres de sa famille qu’il ne reconnaît pas, Rajen perd parfois la notion des lieux.

Il pense être ailleurs que chez lui, indiquent son épouse et son fils. Ainsi, il essaie de sortir, prétendant qu’il se rend à son domicile ou faire une petite marche. Ce qui fait que ses proches doivent redoubler de vigilance. Les portes intérieures sont verrouillées et le portail est cadenassé. «Il faut le surveiller tout le temps. Il ne comprend pas», ajoute-t-elle.

Nostalgique, elle revoit cette image de lui, inscrivant dans les journaux les résultats des matchs de football et des courses hippiques bien qu’il n’y jouait pas. Aujourd’hui, Rajen ne peut plus s’adonner à son passe-temps favori. Les enfants ont également dû s’organiser pour l’aider à gérer le diabète et l’hypertension mais aussi pour le soutenir, notamment au centre Alzheimer, à Belle-Rose.

Pour aider son époux à se souvenir de sa vie, Mala lui montre régulièrement des photos de la famille, mais en vain. Elle ne lâche pas. «Je suis mariée depuis 52 ans. Parfwa mo latet fatigé surtout quand mon époux persiste dans ce qu’il dit. Mais je suis et serai toujours à ses côtés», confie-t-elle.

Témoignages

Lucy: «Je lui ai porté toute mon attention jusqu’à la mort»

«Quand j’ai appris que Christian, mon conjoint, était atteint d’Alzheimer, je n’avais qu’une vague idée de la maladie. Je voulais en apprendre davantage », déclare Lucy, âgée d’environ 70 ans. Cette dernière a récemment perdu Christian. C’est en cherchant des informations qu’elle a croisé la route du centre d’Alzheimer : «J’y ai rencontré le personnel et des patients. L’accueil au centre est un temps de socialisation et thérapeutique pour les patients et parallèlement, de répit aux aidants familiaux.»

Avec l’évolution de la maladie, la demande du patient change et augmente, en particulier l’altération progressive des capacités de mémoire, du jugement et du raisonnement, la perte des repères et des capacités de communication et la vulnérabilité accrue face au stress, etc. «C’était des défis auxquels je devais faire face. Il fallait faire preuve de patience et de disponibilité, pouvoir l’aider sans faire les choses à sa place et lui porter toute mon attention jusqu’à sa mort», relate-elle. Malgré la maladie, Lucy affirme avoir pu effectuer des voyages avec son époux. Certes, de bons moments qui sont toujours vivants.

Reshma: «Je dois la surveiller en permanence»

Depuis 2 ans, le rythme de vie de Reshma, 54 ans, a complètement changé. Femme au foyer, elle veille sur sa belle-mère de 82 ans. L’octogénaire, qui souffre d’un cancer du côlon, a subi une intervention. «Depuis novembre 2017, elle était malade. Après l’opération, mon mari et moi avons constaté qu’elle oubliait plusieurs choses. De plus, il fallait lui répéter des choses plusieurs fois», raconte t- elle. C’est ainsi que le couple a appris qu’elle souffrait d’Alzheimer. Reshma a dû redoubler de vigilance. «Il faut être à son chevet, la faire manger. En fait, on est avec elle en permanence», indique-t-elle. Et cela induit parfois des pressions pour elle et son époux. «On sait que parfois les personnes âgées risquent de souffrir d’Alzheimer. Mais je n’aurais jamais cru que cela arriverait à ma belle-mère. Nous devons nous en occuper tout le temps», explique-t-elle. En l’emmenant au centre Alzheimer, elle essaie de lui faire retrouver un peu de joie.

Soutien: les proches s’en vont en formation

Selon le Dr Pascale Dinan, vice-présidente de l’Association Alzheimer Maurice, il est essentiel d’apporter un encadrement adapté à la personne malade. D’où le besoin de soutien et de formation. Ainsi, depuis 2010, le centre d’Alzheimer, à Belle-Rose, accueille une dizaine de patients par jour. Des activités telles que des massages, le yoga, le taichi, le chant choral, entre autres, y sont organisées. «Parallèlement, il faut savoir comment gérer le patient souffrant d’Alzheimer. Ce dernier peut perdre l’appétit, se réveiller la nuit, avoir des infections pulmonaires et urinaires ou un alitement prolongé», indique-t-elle. Les troubles du comportement peuvent être difficiles à gérer, poursuit-elle. Cela peut entraîner l’apathie, l’agressivité, l’agitation, la dépression, les troubles alimentaires et de déambulation, notamment avec des fugues. Ainsi, des formations MobiQual, basées sur la mobilisation de la qualité de vie des personnes âgées, sont dispensées. «Les inscriptions sont actuellement en cours. Huit modules sont enseignés pendant 4 mois. Cela comprend la gestion de la bientraitance, les plaies cutanées et infectieuses, etc», précise Pascale Dinan. Les cours se tiendront de mai à août 2018 et auront lieu au centre, à Belle-Rose.

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés
  pages consultées aujourd'hui Statistiques et options publicitaires