Reza Uteem: «Ça pue la vengeance»

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Le député mauve n’y va pas avec le dos de la cuillère.

Le député mauve n’y va pas avec le dos de la cuillère.

Sa motion a fait chou blanc: il espérait un assaut sur les réseaux d’Alvaro Sobrinho, ce sera finalement «l’artillerie lourde» contre l’ex-présidente. Reza Uteem l’a mauvaise et répond comme on dégaine. Feu!

Votre motion pour une commission d’enquête sur Alvaro Sobrinho a eu droit à un enterrement de première classe. Vous le vivez comment?
La décision du Premier ministre est ahurissante. Mais elle a au moins le mérite de nous éclairer sur ses véritables intentions. Maintenant, c’est clair pour tout le monde: Pravind Jugnauth ne veut pas faire la lumière sur l’affaire Sobrinho. Évidemment, cela pose question: tous les Mauriciens, depuis vendredi, se demandent ce que le Premier ministre peut bien avoir à cacher.

D’après vous ?
C’est ce qu’il nous faudra trouver. Et ce n’est pas l’ICAC qui nous apprendra quoi que ce soit, elle n’a aucune crédibilité. On voudrait étouffer l’affaire, tuer la vérité, qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Par contre, sortir l’artillerie lourde contre la présidente, ça pue la vengeance. Pravind Jugnauth veut sa revanche, laver l’affront, c’est d’une puérilité sans nom. D’autant qu’il existe de vraies raisons de douter de la constitutionnalité de cette commission d’enquête.

Expliquez…
Selon l’article 30 A de notre Constitution, la présidente bénéficie d’une immunité dans l’exercice de ses fonctions. Certes, elle a été très mal inspirée avec sa commission d’enquête, elle a bafoué la Constitution, mais en étant protégée par son immunité présidentielle. Je me demande si le Premier ministre ne commet pas la même bêtise en nommant une autre commission «illégale».

Si je vous suis bien, une commission d’enquête bancale est chargée de faire la lumière sur une commission d’enquête très bancale…
C’est exactement ça. Du grand n’importe quoi.

La présidente est partie le «cœur gros». Pourriez-vous avoir un mot de réconfort ?
Je ne sais pas si c’est réconfortant, mais j’ai envie de lui dire que la rédemption est possible. (Il fait comme s’il s’adressait à elle) Madame, s’il vous plaît, parlez ! Dites-nous ce que vous savez sur cet homme, comment il a «infiltré» l’État, qui a bénéficié de sa générosité. Faites en sorte que plus jamais un autre Sobrinho n’abîme notre pays. Je suis sûr que les Mauriciens vous en seront éternellement reconnaissants.

On raconte que vous avez subi des pressions pour la «laisser tranquille», c’est vrai ?
Des tentatives de pression.

C’est-à-dire ?
Des responsables d’associations sont venus me voir pour me dire : «Tu sais Reza, la présidente est une musulmane, ce n’est pas bien de t’attaquer à elle.» C’est mal me connaître, ce genre d’argument n’a aucune prise sur moi. Celui ou celle qui a fauté doit assumer, peu importe sa communauté.

Revenons à M. Sobrinho. Vos dossiers, chez qui les balancer maintenant ?
(Long silence) Nous avons effectivement quelques éléments, des pistes.

Seulement des pistes ? 
Un peu plus, c’est vrai (sourire en coin). Je suis en contact avec des parlementaires angolais qui m’ont appris pas mal de choses intéressantes. À Maurice aussi, des gens savent. Ils n’osent pas parler par peur de représailles. Une commission d’enquête les aurait protégés. Ça, Pravind Jugnauth le sait.

Sinon, vous la sentez comment cette rentrée parlementaire ?
Nous, au MMM, sommes remontés à bloc, vraiment à bloc. Après quatre mois de repos forcé on a enfin l’occasion de cuisiner le gouvernement. On ne compte pas s’en priver.

Aucune question sur l’affaire Platinum Card, pourquoi ?
Parce que nous avions déposé nos questions avant que le scandale ne fasse surface.

Que dit cette affaire sur notre pays ?
Elle dit que l’on a encore beaucoup de chemin à faire avant de devenir un centre financier crédible et respecté. Elle montre que l’ingérence politique est le poison de nos institutions. Mais je veux rester positif : nous sommes un petit pays où tout finit par se savoir un jour.

Qui vous obsède le plus en ce moment, Alvaro Sobrinho ou Xavier-Luc Duval ?
Ce qui m’obsède, c’est la vérité. Je veux savoir la vérité, toute la vérité sur la saga Sobrinho. Duval, lui, m’importe peu, c’est un député (sic) comme… c’est un Deputy Prime Minister devenu leader de l’opposition par accident.

C’est par accident que vous avez boudé la réunion de l’opposition parlementaire, mercredi ?
C’est par conviction : M. Duval a été trop longtemps dans le mauvais camp. Sur cette affaire sa légitimité et sa crédibilité sont nulles. Il faut se rappeler où il était au moment où le MMM commençait à dénoncer Sobrinho: il faisait bande commune avec le gouvernement.

En fait, ce serait sympa d’expliquer la vraie raison, pas le baratin habituel…
Il n’y a aucun baratin: on ne veut pas s’associer au PMSD, point. M. Duval a été complice de toutes les frasques du Parti travailliste, puis de celles du régime actuel. Il a la mémoire courte, il a oublié qu’il était Deputy Prime Minister quand le gouvernement a modifié la Banking Act. Il a oublié que cet amendement a permis à la Financial Services Commission d’octroyer une investment banking licence à Sobrinho. C’est trop facile de venir se dédouaner en jouant la carte de l’ignorance.

Votre mémoire à vous, on en parle? Xavier-Luc Duval a posé deux PNQ sur cette affaire…
C’est vrai mais il n’avait plus le choix, tout le monde savait.

On voit bien votre stratégie: décrédibiliser Duval pour mieux capitaliser sur le scandale. Cela s’appelle de la récupération et c’est un peu lamentable…
(Il hausse le ton) Comment ça, lamentable !? M. Duval est comptable de formation, il a été ministre des Finances, ministre des Services financiers. Un personnage trouble débarque à l’île Maurice, il a mené une banque à la faillite, il est soupçonné d’avoir détourné des centaines de millions d’euros; M. Duval n’a rien à dire !? Ça, c’est lamentable. Le pire, c’est que les autres partis d’opposition trouvent ça normal et accusent le MMM de manquer de solidarité.

Ce qui n’est pas totalement faux…
Oui, le MMM fait bande à part, et alors ? C’est comme si, sans nous, l’opposition n’était plus qu’une bande d’eunuques. Ça en dit long sur les capacités de M. Duval.

Ou sur vos penchants castrateurs…
Le MMM n’a émasculé personne: c’est de l’automutilation.

La bonne vieille gué- guerre des ego, c’est donc ça l’histoire…
Effectivement, M. Duval a un problème d’ego. Je le comprends : il a beau être leader de l’opposition, c’est le MMM qui incarne l’alternative. Son problème, c’est qu’il a passé l’essentiel de sa carrière au pouvoir et qu’il a couvert à peu près tous les scandales. Aujourd’hui, forcément, il est un peu embarrassé pour les dénoncer. C’est contre sa nature.

Au MMM, évidemment, personne n’a de problème d’ego…
Vous pensez à quoi ?

À la lumière confisquée des PNQ, par exemple…
Paul Bérenger le vit en bon démocrate. Il se tait, ne pose pas de questions, de toute façon il n’a pas le choix, Duval monopolise les trente minutes. Il a sans doute peur que Bérenger lui fasse de l’ombre.

En parlant d’homme de l’ombre, papa est-il candidat au Réduit ?
C’est une question à laquelle je le laisserai répondre.

Peut-on voir votre carte de crédit ?
(Éclat de rire)

Je suis sérieux…
C’est que j’ai aussi une Platinum (il la sort de son portefeuille).

Avec quel plafond de dépenses ?
Deux cent mille roupies, mais j’en suis loin… même par inadver tance (sourire).

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Un nouveau scandale défraie la chronique depuis le mercredi 28 février à Maurice. Cette fois-ci cela concerne ni plus ni moins la garante de notre Constitution, son excellence Ameenah Gurib-Fakim, présidente de la République. Elle a dépensé plusieurs centaines de milliers de roupies pour des achats personnels, entre autres, sur une carte de crédit Platinum offerte par la Planet Earth Institute, la fondation d’Álvaro Sobrinho, homme d’affaires angolais hautement controversé. Retrouvez tous les articles concernant cette affaire dans notre dossier spécial : Platinum Card. Une enquête exclusive de l’express.

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