La MCB lance le premier centre de pédopsychiatrie à Maurice

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(De g. à dr.) Le Dr Michel Grappe, pédopsychiatre, Gilbert Gnany et Juliette François-Assonne, directrice de la MCB Forward Foundation.

(De g. à dr.) Le Dr Michel Grappe, pédopsychiatre, Gilbert Gnany et Juliette François-Assonne, directrice de la MCB Forward Foundation.

Il a nécessité quelque Rs 833 000. Le premier centre de pédopsychiatrie a vu le jour jeudi. Un lancement qui a été fait à travers l’entremise de la Mauritius Commercial Bank (MCB) Forward Foundation, en collaboration avec le centre OpenMind. La première étape de l’ouverture a été un état des lieux par des experts en pédopsychiatrie, dont le Dr Michel Grappe, pédopsychiatre basé à Paris.

L’entrée en opération de ce service «permet d’aborder désormais la question des troubles psychiques chez l’enfant, de manière holistique», souligne le groupe MCB. En effet, les principaux objectifs du centre sont multiples. Notamment combler l’absence de pédopsychiatres, offrir un service d’accompagnement aux enfants et aux jeunes afin de réduire l’impact des pathologies psychiatriques et de l’exclusion chez l’enfant en favorisant son intégration scolaire, sociale et familiale ainsi que créer un partenariat entre professionnels de la santé mentale.

Gilbert Gnany, Group Chief Strategy Officer de la MCB, souligne, lui, que le groupe bancaire est «fier d’être associé au seul centre du pays opérant un ‘Service d’aide psychologique’ accessible au plus grand nombre de personnes vulnérables, et plus spécifiquement aux enfants». D’ajouter que mis à part le soutien d’OpenMind sur la durée, le groupe est très impliqué dans la cause des enfants dans sa globalité.

Marylène François, directrice d’OpenMind explique, pour sa part, que le but du centre OpenMind est «d’accueillir des enfants avec des troubles psychiques : d’abord ces enfants ont un retard d’acquisition considérable sur le plan scolaire, comparé à leur âge civil». Elle souligne, dans la foulée, que «les prises en charge, en groupe ou en individuel, sont un soutien pour l’enfant et ont pour but de ranimer son désir de grandir, son appétence au savoir».

Qu’est-ce la pédopsychiatrie ? C’est la seule discipline médicale qui étudie les troubles mentaux chez les enfants et adolescents, tout en offrant une structure de soin complète. Et pour cause, cette discipline ne se limite pas à la consultation médicale puisqu’elle englobe l’identification, le diagnostic et la prise en charge des pathologies mentales.

Questions au Dr Michel Grappe, pédopsychiatre: «L’enfant a une capacité ludique créative...»

Le Dr Michel Grappe, pédopsychiatre français, a passé un mois à Maurice pour aider le centre OpenMind dans sa démarche. Quel regard porte-t-il sur la santé mentale des enfants à Maurice ? Il évoque notamment l’importance de la prévention.

Quelle est la différence entre un pédopsychiatre et un pédopsychologue ?

La reconnaissance de la pédopsychiatrie comme spécialité à part entière date des années 70. C’est une branche médicale séparée de la psychiatrie adulte. Quant aux psychologues, ils font un cursus spécial pour avoir un diplôme qui authentifie leurs compétences en psychiatrie de l’enfant. Le pédopsychiatre est un médecin qui peut prescrire des médicaments alors que le psychologue n’a pas cet agrément et, donc, il peut être plutôt désigné comme un psychothérapeute orienté selon sa formation vers différentes approches psychothérapiques (psychanalyse, thérapies cognitivo-comportementales, etc.).

Pourquoi avoir accepté de venir travailler à Maurice et en particulier à OpenMind alors que vous faites déjà beaucoup en France ?

J’ai rencontré Marylène François, la fondatrice d’OpenMind, plusieurs fois à Paris. Elle m’a présenté le contexte de la santé mentale des enfants à Maurice et de la nécessité urgente de mettre en place un service de pédopsychiatrie pour renforcer et compléter l’action d’OpenMind auprès des enfants souffrant de troubles psychiques. Ainsi est né l’intérêt mutuel de ce projet de collaboration, auquel s’ajoute l’apport crucial de la MCB Forward Foundation.

Vous avez passé un mois à Maurice, quelles sont vos observations par rapport aux enfants souffrant de troubles mentaux ?

Sans entrer dans les détails, même si les pathologies psychiques sont les mêmes qu’en Europe, il y a toutefois une énorme différence liée à la prise en charge à Maurice qui est effectuée uniquement par des psychiatres d’adultes.

Quels sont les troubles les plus récurrents que vous ayez trouvés ici et à quoi sont-ils dus ?

La question de la causalité des troubles psychiques est un sujet délicat. Il n’y a pas de relation directe entre, par exemple, une famille en souffrance et la pathologie d’un des enfants. Mais nous savons qu’il existe des familles en grandes difficultés psychosociales et c’est là que l’on peut voir des cas de carences affectives et éducatives. Les troubles les plus fréquents s’expriment par des troubles de l’apprentissage dont l’expression principale est une non-acquisition de la lecture et des opérations simples en calcul. Il n’est pas rare de diagnostiquer tardivement un enfant non-lecteur qui pourtant est en Grade 5 en primaire. À partir de ce décalage entre l’âge civil et le niveau scolaire, nous avons diagnostiqué plusieurs pathologies associées comme l’hyperactivité et le mutisme extra-familial.

Quelles sont les réponses thérapeutiques que vous avez proposées ?

Prenons un sujet important à Maurice : le diagnostic d’hyperactivité. Ce syndrome est facilement nommé et, en conséquence, nous avons observé des traitements médicamenteux quelques fois excessifs. Pour ma part, les enfants présentés comme hyperactifs et décrits comme bagarreurs à l’école étaient, en sessions individuelles, sages. Un bilan s’impose donc en psychomotricité pour définir comment l’enfant se comporte dans son corps et ainsi proposer une rééducation. Dans ce groupe d’enfants présentés comme hyperactifs, nous avons repé- ré des enfants qui ont subi des traumatismes psychiques très souvent en relation avec des violences intrafamiliales. La proposition de soins pour eux doit éviter une répétition du modèle scolaire pur et proposer des activités ludiques et créatives. Le but est de voir un enfant s’épanouir, reprendre confiance en lui, avoir une meilleure estime de soi. La psychothérapie peut être guidée par le jeu où l’enfant va exprimer avec des personnavges sa souffrance et, petit à petit, des fantasmes où il reproduit souvent ce qui correspond aux images parentales. L’enfant a cette capacité ludique créative dont il nous faut profiter. Michel Leiris, anthropologue, l’avait très bien dit: «L’enfant a cette capacité peu commune de transformer un désert en terrain de jeu.»

Ces troubles mentaux sont-ils réversibles ?

Les troubles mentaux cités plus haut concernent des équivalents dépressifs, des névroses, des instabilités psychomotrices dont le pronostic est favorable si les soins sont réguliers, c’est-à-dire, que la famille prend conscience de l’intérêt d’un soutien psychologique. Nous n’abordons pas la question des troubles autistiques qui relèvent d’une prise en charge singulière.

Quelle est l’importance de cette équipe pluridisciplinaire mise en place à OpenMind ?

L’équipe pluridisciplinaire (psychologues, éducateurs sociaux, art-thérapeutes, counsellors) était en fonction depuis plusieurs années déjà lors de mon arrivée. Nous avons discuté de l’opportunité d’ajouter à cette équipe une psychomotricienne et une ergothérapeute, deux spécialités présentes pendant des années à OpenMind mais qui n’a plus cours aujourd’hui faute de financement adéquat pendant une période. Le regard spécifique de chaque soignant apporte beaucoup de richesses aux observations des enfants et ces éléments de compréhension sont mis en commun lors des réunions de synthèse, cela crée une dynamique de groupe et un choix d’orientation adapté à l’enfant.

Ce type d’équipe pluridisciplinaire n’aurait-elle pas dû être dans le service public également pour toucher le plus grand nombre d’enfants souffrant de problèmes mentaux ?

Les enfants en grande souffrance nécessitent des soins psychologiques qui ne peuvent être organisés que dans des structures d’accueil sur des temps longs, sur la durée. Nous avons pensé pour l’avenir à la conception d’un centre de jour, c’est-à-dire, un accueil à la semaine ou à temps partiel, donc plusieurs jours par semaine. Ce type de programme de soins serait associé à l’éducation - soins et scolarité aménagée - dans le même établissement. Les progrès de l’enfant, la stabilisation des troubles, une reprise du développement psychoaffectif aboutirait à une re-scolarisation des enfants exclus en raison de leurs troubles psychiques sur des temps courts au début et, si cela se passe bien, une intégration complète avec des enfants de son âge.

Vous avez pu voir 46 enfants lors de votre visite. Seront-ils en mesure de mener une vie «normale» après l’encadrement au sein de cette ONG ?

Les enfants ont été principalement vus à OpenMind mais aussi, grâce à un programmesynergie d’OpenMind pour partager cette expertise et renforcer cet exercice d’état des lieux, nous avons été dans six autres ONG ou écoles spécialisées aux quatre coins de l’île. Toutes ces organisations ne sont pas des écoles dans le sens strict du terme et n’ont pas la prétention de former des ingénieurs mais leur but est de former des citoyens autonomes pour leur avenir dans la société.

Allez-vous garder contact avec l’équipe mauricienne pour des évaluations régulières ?

C’est évident. Le contact bien installé va continuer par des échanges sur le terrain ou depuis Paris. Il ne s’agit pas de se fixer sur des évaluations mais de confronter nos observations, l’évolution des enfants à travers nos pratiques qui peuvent être différentes. Nous avons débuté des discussions sur la question cruciale de la prévention. En réponse, le débat est lancé sur des projets de détection d’enfants en souffrance dès la maternelle. Agir plus tôt pour le bien de l’enfant dans un moment où le développement psycho-intellectuel est primordial et rapide.

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