Préservation de l’environnement: la forêt se socialise

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Poojanraj Khurun (en médaillon), devant le kiosque en bois construit par ses collègues, parle de la forêt en devenir, à Bel-Air.

Poojanraj Khurun (en médaillon), devant le kiosque en bois construit par ses collègues, parle de la forêt en devenir, à Bel-Air.

En ce mercredi 21 mars, on suffoque à Bel-Air. Brûlant et étouffant, le soleil joue les trouble-fêtes. Les visages en sueur, une dizaine d’hommes s’affairent à labourer la terre. Tantôt sèche et craquelée, tantôt se mêlant aux roches enfoncées dans le sol ou encore noyée par les marécages, cette terre accueille les premiers bulbes et plantules qui présagent une forêt en devenir.

Armé de sa pioche, Basdeo Bhundhun arrache les mauvaises herbes. Certains de ses collègues procèdent à l’arrosage des plants fraîchement mis en terre, tandis que d’autres s’attellent à entasser des poutres pour la fabrique d’un kiosque en bois. «Depuis le 14 février, nous travaillons sur la création de cette forêt à Bel-Air. C’est important de planter des arbres ici et dans d’autres quartiers, pour que les gens renouent avec la nature», confie-t-il.

Employé au département des Bois et forêts, Basdeo Bhundhun s’active à donner des directives à ses collègues pour avancer avec ce projet. Celui-ci repose sur le concept de forêt urbaine ou sociale, précise Poojanraj Khurun, adjoint au conservateur des forêts : «C’est un nouveau concept pour Maurice. Nous avons des difficultés à étendre les espaces pour les forêts car les terrains pour cela sont très limités.»

À ce jour, il existe uniquement 45 000 hectares de forêts dans l’île, ce qui équivaut à 25 % de la couverture totale de la superficie du pays. Les 75 % restant représentent des terrains convertis pour des projets de développement. Puisqu’il est difficile d’augmenter la superficie des forêts, il fallait trouver un moyen d’amener les forêts vers des zones résidentielles, ajoute l’adjoint au conservateur des forêts.

D’où l’idée d’introduire la forêt sociale. «Ce concept permet d’identifier des terrains inoccupés ou abandonnés, dont ceux qui appartiennent à l’État ou qui sont situés à proximité des écoles, des hôpitaux et d’autres établissements publics, pour les convertir en forêt. Mais nous veillons à ce que celleci soit intégrée à une région habitée. Ainsi, la forêt en question vient s’implanter en zone résidentielle», déclare notre interlocuteur. Par exemple, à Bel-Air, le terrain a été mis à la disposition des Bois et forêts par le ministère du Logement et des terres. S’il s’agissait d’un terrain privé, la demande pour la création de la forêt pourrait être effectuée auprès de l’organisme qui l’entretient.

Une fois le terrain déterminé et délimité, commence son tracé. Les aménités d’origine sont généralement conservées. Une fois le nettoyage du site complété, la création peut commencer. Ainsi, à Bel-Air, sur ce terrain de deux arpents, une allée de pierre a été aménagée. Elle jouxte un petit kiosque et se balade entre des zones forestières s’éveillant aux premières lueurs du jour.

Trésor naturel

Environ 70 espèces indigènes y seront cultivées, notamment le bois chandelle, le bois d’olive, le dombeya, entre autres. Et dans ce nouvel espace vert, des arbres fruitiers viendront aussi s’y ajouter. «Ces plantes seront cultivées vers l’arrière du site, pour qu’on les distingue des autres arbres. Nous concevrons ainsi une zone dédiée aux espèces rares telles que la bibasse, la vavangue, le roussaille, le bilimbi, l’atte, le coronsol», explique Poojanraj Khurun.

En fait, la disposition des espèces dépend de la spécificité du terrain. Par exemple, sur une terre dépourvue de rochers, ce sont des arbres dotés de grosses racines qui seront cultivées, à l’exemple du bois d’olive et du takamaka. Sur des terres plus rocailleuses, des bambous nains et du pikadia sont privilégiés. Sur les sites marécageux, ce sont des muguets qui sont cultivés. Ainsi, à Bel-Air, ceux-ci s’alignent sur les berges d’un ruisseau qui canalise l’eau.

À côté, un petit pont constitué de fines poutres en bois permet de traverser et de grimper sur des marches en terre. Menant à une péniche conique en ciment, la zone renferme un trésor naturel. Au milieu de cette forêt nichée en plein Bel-Air, coule une rivière. Arpentant un petit sentier, des lavandières mettent le coeur à l’ouvrage alors que certains habitants font trempette, histoire de se rafraîchir.

«L’objectif est aussi de contribuer à ce que les résidants renouent avec la nature. Ils peuvent venir passer du temps en famille et découvrir les plantes indigènes et les fruitiers», déclare Panah Balloo, officier de division des forêts par intérim. Et aux côtés de ces deux espèces végétales, les plantes médicinales ne feront pas dans la langue de bois.

En effet, l’ayapana, l’aloe vera, la citronnelle, le tulsi, le noni et le baume de l’île Plate vanteront leurs vertus, alors que des espèces florales comme l’hibiscus et le trochetia feront resplendir couleurs et senteurs. Outre les arbres, des bancs se planteront également dans le décor.

Actuellement, une trentaine d’ouvriers s’activent pour la finalisation de cette nouvelle forêt. Celle-ci sera fin prête le 29 mars. Et après Bel-Air, deux autres projets de réserves naturelles sont prévus, notamment à Forest-Side et à Mare-aux-Vacoas.

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