Aviation: frustration généralisée à Air Mauritius

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Outre la mauvaise gestion du personnel, le manque d’effectifs à tous les niveaux est également montré du doigt au sein d’Air Mauritius.

Outre la mauvaise gestion du personnel, le manque d’effectifs à tous les niveaux est également montré du doigt au sein d’Air Mauritius.

Manque d’effectifs à tous les niveaux, mauvaise gestion du personnel, mesure de sécurité défaillante… Air Mauritius (MK), qui fait déjà face à la grogne des pilotes, est désormais confrontée à une frustration généralisée, qui gagne les 1 200 employés affectés aux Ground Floor Operations, le plus grand département de la compagnie d’aviation nationale.

D’ailleurs, dans un rapport soumis à la direction en date du 13 mars, l’intersyndicale dénombre une série de dysfonctionnements. À commencer par les comptoirs de Check-In jusqu’à l’embarquement des passagers, en passant par la manutention des marchandises.

Le Chief Executive Officer (CEO) de MK, Somas Appavoo, coincé entre le syndicat et le management, peine à trouver des solutions, indiquent les syndicats. Mike Seetaramadoo, Executive Vice-President Human Resources, et Pravin Jogoo, vice-président des Ground Operations au Paille-en-Queue Court, sont notamment montrés du doigt.

La décision de transférer les responsabilités concernant l’ouverture et la fermeture des portes à l’embarquement des employés d’Airports of Mauritius Ltd à ceux de MK n’ayant pas la formation requise est largement décriée. «This responsibility can cause serious security breaches of passager contamination», peut-on lire dans le rapport.

La situation est jugée inquiétante aux Check-In Counters. On note une mauvaise organisation des ressources par rapport aux comptoirs des autres compagnies aériennes. Ce qui expliquerait pourquoi le service aux passagers est médiocre. Les employés doivent, ainsi, faire face à une pression exagérée. L’approche de la direction d’avoir recours à un personnel dédié à des vols spécifiques est aussi déplorée dans ce rapport.

Le manque d’effectifs est également montré du doigt par les Tarmac Coordinators. Ils sont au nombre de sept seulement, après le départ de quatre officiers en 2016, à la suite d’un plan de retraite anticipée. Un nombre insuffisant qui obligerait ceux en poste à faire des heures supplémentaires. Cette situation est intenable, commente un responsable. Au-delà du stress et des problèmes de santé, le niveau du service a aussi chuté, en témoignent les plaintes reçues des compagnies clientes.

Même constat dans le département Cargo. Le temps d’attente après l’installation d’un nouveau scanner a considérablement augmenté, suscitant l’exaspération des passagers, qui s’en prennent aux employés déjà peu nombreux. Il faudrait, selon la Air Mauritius Staff Association, 11 officiers additionnels. Pour pouvoir répondre aux besoins actuels, des employés d’Airmate sont appelés en renfort.

Ce qui fait en outre tiquer le personnel, c’est la signature prochaine d’un contrat avec la compagnie allemande Lufthansa pour assurer les activités de load control. «C’est inacceptable qu’une firme étrangère soit sollicitée pour un exercice aussi délicat qui concerne la sécurité des appareils et des clients», s’insurge un membre de l’intersyndicale. Celle-ci craint que cette décision n’entraîne des licenciements.

Sollicité pour une réaction sur le problème de manque d’effectifs, le responsable de communication de MK, Prem Sewpaul, affirme que ce n’est pas du tout le cas. «La preuve, c’est que nous gérons non seulement les vols de MK, mais aussi ceux des compagnies clientes», déclare-t-il.

Malgré plusieurs courriels et rencontres avec le CEO de la compagnier d’aviation nationale, la situation n’a pas beaucoup évolué. Au contraire, un climat de peur s’est installé. «Nous craignons de parler, de peur de finir comme le commandant Patrick Hoffman», confie le président d’un syndicat à MK.

Négociations salariales : une grève pas écartée

«Devastating» pour les relations industrielles à Air Mauritius (MK). Voilà comment l’intersyndicale qualifie la réunion sur les négociations salariales avec la responsable des Ressources humaines, Roshni Purmessur, tenue lundi. La rencontre s’est soldée par le walk-out des délégués syndicaux et du «Technical Adviser», Jack Bizlall. L’intersyndicale tiendra son assemblée générale le 28 mars, où la décision de grève sera prise.

Alors que les discussions sur les conditions salariales n’ont pas encore abouti, la direction est venue de l’avant avec l’ébauche définitive d’un «collective agreement». Cela, pour une révision salariale de l’ordre de 10 % non cotisable et sans possibilité de back pay. L’accord a été rejeté par l’intersyndicale, qui réclame une augmentation de 27 % depuis 2015.

Dans une lettre envoyée au CEO de MK, Somas Appavoo, les trois syndicats exigent de retourner à la table des négociations. La «task force» pour discuter des salaires est présidée par Donald Payen. «S’il y a un deadlock, nous n’aurons d’autre choix que d’aller vers une grève», affirme une source syndicale. 

Les délégués syndicaux ont aussi rejeté le rapport du cabinet français Capfor, dont les services avaient été retenus pour épauler la direction dans la préparation de la nouvelle structure. Cette société est spécialisée dans le recrutement et l’audit du management des ressources humaines dans les entreprises. Au niveau du Paille-en-Queue Court toutefois, on nous fait savoir que les négociations salariales sont toujours en cours. Tout en précisant que, selon un «procedural agreement» en vigueur, ni le syndicat ni le management n’a le droit de divulguer des informations à ce stade.

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