Campagne de Sarkozy: Djouhri, le financement libyen et Maurice

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Alexandre Djouhri (à g.) aux côtés de l’ancien Premier ministre français Dominique de Villepin en 2014.

Alexandre Djouhri (à g.) aux côtés de l’ancien Premier ministre français Dominique de Villepin en 2014.

Son nom ne parle certainement pas à beaucoup d’entre vous. Alexandre Djouhri est présenté comme l’homme clé dans l’enquête ouverte à Paris depuis 2013 sur des soupçons de financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. D’ailleurs, l’ex-président français a été placé, pour la première fois, en garde à vue, mardi 20 mars, par les policiers de l’Office anticorruption de Nanterre (Hauts-de-Seine), dans le sillage de cette affaire. C’est ce qu’a annoncé Mediapart, soit le même journal en ligne qui a révélé toute l’histoire en 2012.

Pour revenir à Alexandre Djouhri, cet homme d’affaires français se trouve actuellement en détention provisoire à Londres. Son audience d’extradition initialement prévue en avril a été repoussée au 9 juillet par un tribunal londonien. Entre-temps, une autre audience est fixée au 28 mars. Mais pourquoi parler de ce personnage ?

Au fil de l’enquête, les liens entre Maurice et cet homme d’affaires, qui a longtemps évolué dans le secret des grandes affaires de la République française (voir encadré) ont surgi. C’est du moins ce qui ressort d’un article de l’hebdomadaire Le Point en date du 30 juillet 2015. 

«Mister Sharp» 

On peut y lire qu’après une perquisition au siège du groupe Airbus, «les juges lancés sur la piste des commissions libyennes regardent désormais du côté de l’île Maurice, où aurait pu passer une partie du paiement. Les autorités soupçonnent en effet un proche d’Alexandre Djouhri, homme-lige de l’ancien Premier ministre et conseiller de la compagnie Air Mauritius pour l’achat d’Airbus, d’avoir touché plusieurs millions sur des comptes offshore».

L’hebdomadaire va plus loin. «Cet ancien trader en matières premières, surnommé “Mister Sharp”, a-t-il pu servir de ‘parking’, comme on dit dans le jargon ? Autrement dit, a-t-il permis de stocker sur une de ses sociétés une part du gâteau à redistribuer plus tard ?»

Rappelons que «Mister Sharp», de son vrai nom Frank Gleeson, est un proche de l’ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam. Ceux qui l’ont côtoyé disent qu’il a influencé les grandes décisions prises par l’ex-chef du gouvernement, dont l’achat des six Airbus A350 par Air Mauritius.

Lien Laurent Obadia-Alexandre Djouhri

Mister Sharp est aussi le directeur de Wigam Holdings Ltd, enregistrée à Nicosie, à Chypre, et qui détient la totalité des actions de Frydu AG, dont les principaux actionnaires étaient jusqu’à peu Nandanee Soornack, Rakesh Gooljaury et le Français Laurent Obadia. Le dernier nommé, Trade Adviser de l’ambassade de Maurice à Paris de mars 2006 à janvier 2015, et directeur conseil de la boîte de communication et de pub Euro RSCG (Havas depuis) qui travaille beaucoup avec Airbus, connaît bien Alexandre Djouhri.

La presse française fait notamment état d’un cas d’agression le 6 décembre 2004 au George-V, prestigieux hôtel parisien. Ce jour-là, Laurent Obadia est au bar en compagnie de l’ancien magistrat reconverti dans la politique Alain Marsaud et Alexandre Djouhri lorsque ce dernier monte tabasser Mohamed Ajroudi, un concurrent. Selon Challenges, Djouhri, placé en garde à vue avec Obadia, sera finalement condamné à 400 euros pour «violence ayant entraîné une incapacité de travail inférieure à huit jours».

Nous avons appelé le bureau de Laurent Obadia en France le 1er mars. Son assistante nous a demandé d’envoyer un courriel. Toujours aucun retour.

Arrêté deux fois

Alexandre Djouhri, un résident suisse de 59 ans, a été arrêté une première fois le 7 janvier à l’aéroport d’Heathrow à la suite d’un mandat d’arrêt européen émis par la justice française. Après cinq nuits en détention, il a été libéré contre paiement d’une caution de 1,13 million d’euros. 

Très proche de l’ancien Premier ministre français Dominique de Villepin ou encore de l’ancien secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant, il a été une nouvelle fois placé en détention provisoire le 26 février après qu’un second mandat d’arrêt européen a été émis par la France. Selon «Le Monde» du 26 février, «c’est le risque de fuite de l’intéressé qui a décidé les autorités judiciaires à le remettre derrière les barreaux». 

Ce sont l’intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine et d’ex-responsables libyens qui ont allégué que l’ancien président français Nicolas Sarkozy avait bénéficié des fonds de la Libye de l’ex-dignitaire Mouammar Kadhafi pour financer sa campagne électorale victorieuse de 2007. Des accusations que Nicolas Sarkozy a toujours rejetées.

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