Affaire Platinum Card: le paysage politique redessiné

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La présidente le jour de sa prestation de serment au Château du Réduit, en 2015.

La présidente le jour de sa prestation de serment au Château du Réduit, en 2015.

Le choix ne serait pas anodin. Suivant l’annonce de la démission de la présidente, deux noms sont cités pour occuper le fauteuil laissé vide à Réduit : Ahmad Jeewa et Sam Lauthan, deux anciens ministres mauves. Serait-ce une stratégie ? Selon des observateurs politiques, la direction du Mouvement socialiste militant (MSM) a une préférence pour un ancien du Mouvement militant mauricien (MMM) afin de faciliter les négociations avec Paul Bérenger, le leader mauve, pour une éventuelle alliance.

D’ailleurs, apprend-on, un homme qui a l’habitude d’agir comme «agwa» politiques tente d’établir un pont entre le MSM et le MMM. Sollicité, il a toutefois nié vivement être intervenu entre les deux partis. Et au sein du MSM, l’on insiste que le poste de président doit revenir à quelqu’un qui a toujours été fidèle au parti. Plusieurs voix contestent ainsi le choix d’Ahmad Jeewa ou encore de Sam Lauthan comme prochain président.

Au sein du MSM, l’on ne veut nullement donner des minutions à l’opposition, qui a longtemps utilisé l’expression «deal papa-piti» pour évoquer la transition de pouvoir entre sir Anerood Jugnauth et son fils, Pravind Jugnauth. Car Ahmad Jeewa n’est autre que le frère de la vice-Première ministre, Fazila Jeewa-Daureeawoo.

Par ailleurs, depuis quelques jours, le nom de Shirin Aumeeruddy-Cziffra est cité parmi ceux fréquentant le Sun Trust. Ancienne ministre du MMM ayant quitté la politique depuis 22 ans, elle occupe actuellement la présidence du Public Bodies Appeal Tribunal. «On m’a rien dit et personne ne m’a contactée. Il n’est pas non plus dans mon habitude de demander», a-t-elle déclaré à l’express.

Sollicité, le secrétaire général du MMM, Ajay Gunness, dément, pour sa part, toute négociation entre le MSM et le MMM. «Il n’y a ni rapprochement ni pourparlers. Si le gouvernement veut nommer un ancien du MMM à la présidence, c’est un signe que ce sont des personnes valables.»

Malgré ce démenti, toute cette affaire est suivie de près par le Parti travailliste (PTr). Un proche du leader des rouges, Navin Ramgoolam, affirme que ce dernier ne croirait pas ce que dit Paul Bérenger et se méfierait de lui. Qu’en est-il d’un rapprochement PTr-Parti mauricien social-démocrate (PMSD) ? Sachant que depuis l’éclatement de l’affaire Platinum Card, les deux leaders parlent le même langage.

«Il (NdlR, Navin Ramgoolam) n’est pas trop chaud pour une alliance avec le PMSD pour le moment, à moins que le MMM rejoigne le MSM. En revanche, il s’intéresse à Alan Ganoo, le député de Savanne–Rivière-Noire. Après Port-Louis, il veut conquérir le no14, un bastion du MMM», souligne notre source.

Le président du PTr, Patrick Assirvaden, insiste sur le fait qu’il n’y a aucun rapprochement avec le PMSD. «Tous les partis et toute la population réclament une commission d’enquête. Ce n’est pas une question de rapprochement», maintient-il.

De son côté, le Muvman Liberater (ML) a également eu son mot à dire. Selon un député, lors de l’accord préélectoral, il était question que c’est le ML qui allait nommer le président de la République.

Commission d’enquête: «Oui par principe»

Le «Queen’s Counsel» n’a pas voulu dévoiler l’identité de celui qui l’a approché pour présider l’instance.

Malgré l’annonce de la démission de la présidente de la République, qui prendra effet le 23 mars, une question taraude toujours bon nombre de personnes. Comment sir Hamid Moollan, Queen’s Counsel (QC), s’est-il retrouvé au cœur de cette histoire de commission d’enquête instituée par Ameenah Gurib-Fakim sur les affaires Álvaro Sobrinho et Platinum Card, le vendredi 16 mars ? Nous avons posé la question à un proche du QC, qui a souhaité préserver son anonymat.

«On a demandé à sir Hamid Moollan s’il veut présider la commission. Par principe et par devoir civique, il a dit oui. Comme il l’a fait à plusieurs reprises dans le passé, pour la commission MacKaye, par exemple», indique-t-il. Avant de poursuivre que sir Hamid Moollan n’a strictement rien à faire avec les procédures suivies ou non, car ce n’est pas à lui de s’en occuper. «Il ne s’occupe pas de ce genre de problème», explique notre interlocuteur.

Par ailleurs, nous avons interrogé sir Hamid Moollan, samedi 17 mars, sur l’identité de celui ou celle qui l’a approché pour présider cette instance. «Vous me posez une question personnelle à laquelle je ne peux pas répondre», a alors répliqué l’homme de loi.

Rappelons qu’Ameenah Gurib-Fakim a annoncé la mise en place de cette commission d’enquête sur les affaires Sobrinho et Platinum Card, vendredi, sans avoir eu le feu vert du Conseil des ministres. Cette démarche a été, le jour même, qualifiée de «violation grave à l’article 64 de la Constitution» par le bureau du Premier ministre. Qui a aussi précisé que «toute suite donnée par quiconque à cet acte illégal de la présidente sera nulle et sans effet». 

«Violation grave»

Même Yousuf Mohamed, alors Leading Counsel de la présidente de la République, n’a pas caché son opposition à cette décision et a affirmé avoir été pris de court par cette démarche de sa cliente.

D’autre part, malgré la démission d’Ameenah Gurib-Fakim, l’opposition continue de réclamer l’institution d’une commission d’enquête, à l’instar du Parti mauricien social-démocrate (PMSD). Dans une déclaration à l’express, hier, Me Khushal Lobine, qui fait partie de l’équipe juridique du PMSD, a déclaré que, maintenant que la présidente a pris la décision de démissionner de son poste le 23 mars, le projet de mettre sur pied un tribunal pour destituer la présidente de la République est devenu caduc. Or, souligne-t-il, le PMSD réclame la mise sur pied d’une commission depuis au moins un an.

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Un nouveau scandale défraie la chronique depuis le mercredi 28 février à Maurice. Cette fois-ci cela concerne ni plus ni moins la garante de notre Constitution, son excellence Ameenah Gurib-Fakim, présidente de la République. Elle a dépensé plusieurs centaines de milliers de roupies pour des achats personnels, entre autres, sur une carte de crédit Platinum offerte par la Planet Earth Institute, la fondation d’Álvaro Sobrinho, homme d’affaires angolais hautement controversé. Retrouvez tous les articles concernant cette affaire dans notre dossier spécial : Platinum Card. Une enquête exclusive de l’express.

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