Rachna Gopal: «Faire la différence dans la vie des déficients auditifs»

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Rachna Gopal, orthophoniste et audiologiste à la retraite.

Rachna Gopal, orthophoniste et audiologiste à la retraite.

De nombreuses personnes souffrant de déficiences doivent beaucoup à Rachna Gopal, pionnière dans le domaine de l’orthophonie et de l’audiologie au sein du secteur public. Elle a quitté le service après 34 ans de dévouement.

Le sentiment du devoir accompli et la conviction de laisser un solide hé- ritage aux personnes de tous âges ayant une déficience auditive et des troubles du langage. C’est ce que ressent Rachna Gopal, qui s’est retirée du secteur public. C’est une retraite anticipée, motivée par l’impression d’avoir tout donné au secteur public. «L’orthophonie et l’audiologie ont été comme le quatrième enfant dont j’ai accouché et que j’ai élevé. Mes enfants biologiques volent de leurs propres ailes et il est temps pour moi de laisser le quatrième, devenu adulte, prendre son essor», déclare cette femme dynamique et énergique, passionnée par son métier.

Rachna Gopal, née Sinha, est originaire de Mumbai en Inde. Elle est la cadette de trois enfants. C’est sur les conseils de son frère aîné, feu Rakesh Sinha, chirurgien gynécologue et pionnier en laparoscopie dans son pays, que Rachna Gopal se dirige vers l’orthophonie et l’audiologie, spécialité qui démarre en Inde au début des années 80. «Il a estimé que c’était une nouvelle spécialité qui prendrait de la valeur car la communication est essentielle aux humains», raconte-t-elle.

Elle intègre alors le Nair Medical College, à l’université de Bombay. Dès qu’elle découvre l’orthophonie et l’audiologie, elle est conquise. «I was born to be a speech therapist and audiologist. Cela cadrait exactement avec ma personnalité», dit-elle. Le meilleur ami de son frère n’est autre que le Mauricien Harryparsad Gopal, qui étudie la médecine et se spécialise en chirurgie par laparoscopie. Lorsque Rachna et Harryparsad Gopal se rencontrent, c’est le coup de foudre.

Elle complète son Bachelor of Science en audiologie et orthophonie et ils se marient en 1983. Le couple vient s’installer à Maurice peu après. Rachna Gopal propose ses services au ministère de la Santé. Si elle opte pour le secteur public, c’est parce qu’elle considère qu’elle doit «reach as many people as possible». Le ministre de la Santé d’alors de même que son Chief Medical Officer sont favorables à l’ouverture d’une unité d’orthophonie et d’audiologie à l’hôpital ENT, à Vacoas. La Public Service Commission est approchée et un poste est créé. C’est ainsi que Rachna Gopal démarre ses consultations en 1984.

Pendant les 18 années suivantes, elle fait le tour des hôpitaux car elle est consciente que les parents d’enfants ayant des troubles de l’audition et du langage ne pourront pas tous venir à l’hôpital de Vacoas. «Les cellules du cerveau se multiplient entre 0 et trois ans et it is a window of early intervention. It is important to make them overcome the defect they were born with.» Elle fait de même avec les adultes et les personnes âgées ayant développé des troubles de la voix ou des difficultés à s’exprimer pour plusieurs raisons.

Appelée à dire si tous les moyens ont été mis à sa disposition, Rachna Gopal déclare qu’elle a constamment dû lutter pour les obtenir car à l’époque, «le focus du ministère était le life saving et pas la qualité de vie. Mais j’ai été chanceuse car à chaque fois qu’il y a eu un changement de régime, je recevais un peu plus de moyens pour agir».

Formation continue

Son objectif étant d’améliorer les normes à Maurice afin de ne pas être à la traîne des pays développés, Rachna Gopal reprend ses études avec cette fois un Masters en Communication Pathology auprès de l’université de Pretoria, en Afrique du Sud. Au fur et à mesure qu’elle avance dans sa profession, elle réalise que «one person can make a difference in another person’s life». Sachant qu’il est impossible pour elle de continuer à tout faire seule, elle recommande le dé- veloppement d’un programme d’études débouchant sur un certificat pour Speech and Hearing Assistant.

Sa requête est acceptée et avec le Mauritius Institute of Health, elle aide à mettre au point cette formation lancée en l’an 2000, puis en 2010. Une troisième formation a démarré cette année. «Lancer ce cours était une nécessité car au lieu de consulter seulement 10 personnes par jour, mes assistants et moi pouvions toucher 40 d’entre elles au quotidien.» La Zambie s’intéresse à ce cours, de même que l’Australie.

Rachna Gopal est sur tous les fronts. Elle anime un cours en orthophonie pour les futurs instituteurs et les enseignants qui fréquentent le Mauritius Institute of Education. Elle forme des enseignants du Mahatma Gandhi Institute. Elle prépare des appels d’offres par rapport aux appareils auditifs à être commandés par le ministère de la Sécurité sociale, évalue les offres reçues, tout en conseillant les fonctionnaires. Elle encadre ceux chargés d’effectuer le suivi à domicile des personnes handicapées qui souffrent de troubles du langage. Elle prête aussi main-forte à des organisations non gouvernementales comme la Society for the Welfare of the Deaf et l’APEIM. Elle est membre de plusieurs associations internationales d’orthophonie et d’audiologie.

Dans l’optique de hisser toujours plus haut le niveau des interventions dans le secteur public, Rachna Gopal fait son doctorat en Communication Pathology auprès de l’université de Pretoria. Elle l’obtient en 2010.

Sa grande fierté est lorsqu’elle est approchée par des adultes qui lui rappellent qu’ils ont suivi un traitement avec elle. «Je suis très fière lorsque je réalise que leur trouble a été corrigé et qu’ils ont réussi à étudier jusqu’à l’université parfois», racontet-elle émue.«En toute modestie, je laisse un bel héritage. I have followed thousands of people over the years. Chaque année, c’était 2 000 à 3 000 nouveaux cas. Cependant, j’ai toujours eu un intérêt plus prononcé pour le dépistage et l’intervention précoces et les troubles du langage chez les enfants.»

Les unités d’orthophonie et d’audiologie qu’elle a mises en place sont-elles bien équipées ? «Les cinq unités ont les derniers équipements pour le dépistage chez les nouveau-nés et les appareils qu’il faut pour les adultes. Et les derniers appareils auditifs comme les implants cochléaires sont disponibles. Le ministère envoie les enfants qui en ont besoin en Inde pour l’intervention.»

Si elle a quitté le service le cœur gros le 28 février, elle sait qu’elle laisse derrière elle quatre orthophonistes et audiologistes qu’elle a contribué à former, à qui elle a su transmettre son énergie, son empathie et sa passion, des qualités essentielles pour faire ce métier. «C’est la fin d’une ère pour moi. Désormais, je veux passer du temps avec mon mari et mes enfants dont deux sont à l’étranger (NdlR : son aînée Kushla est une des directrices de la Coutts Bank, banque de la Reine, à Londres, sa cadette Komal est responsable de projets informatiques à Melbourne en Australie et son fils Ruman complète ses études de médecine à Maurice). Cela ne veut pas dire que je vais tout stopper. Je veux continuer à transmettre, dans le privé cette fois, mais at my own time and pace…»

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