Sharmila Seetulsingh-Goorah: «Je n’ai pas le pouvoir ni l’autorité de faire quoi que ce soit...»

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Sharmila Seetulsingh-Goorah directrice générale de l’université de Technologie (UTM)

Sharmila Seetulsingh-Goorah directrice générale de l’université de Technologie (UTM)

Restera, restera pas ? Avant même le renouvellement de son contrat, Sharmila Seetulsingh-Goorah s’attire les foudres des employés et étudiants.

Votre reconduction à la direction de l’université de Technologie (UTM) provoque des remous des syndicats d’employés et d’étudiants. Pourquoi ?

Pourquoi en parle-t-on à ce stade ? Mon contrat arrive à terme le 27 juillet 2018. J’ai encore cinq mois devant moi.

Mais bon, ces personnes étaient opposées à ma nomination bien avant mon entrée en poste. Il y avait de petits copinages auparavant qui n’existent plus. Détrompez-vous si vous croyez que notre société est moderne et qu’on accepte d’être dirigé par une femme travaillant avec droiture.

Pourtant, on vous reproche la fuite des questions du personnel, un bilan inexistant et la détérioration de la situation à l’université. Concrètement, quelles actions prouveraient le contraire du positionnement de vos détracteurs ?

Je suis loin d’être quelqu’un qui fuit. Je suis là pour les bons et mauvais côtés. S’il y a un problème, on vient me voir et on discute. Je ne veux pas perdre mon temps à répondre à des insanités. J’ai reçu un héritage catastrophique concernant les études médicales que j’ai pu résoudre…

Aux nouvelles nominations, on brandit toujours l’héritage catastrophique. Vous en faites donc autant ? N’est-ce pas plutôt un problème de gestion ?

Les comptes n’avaient pas été soumis au bureau de l’Audit depuis 2010. Cela a été fait. De même que les rapports annuels qui n’avaient pas été remis au ministère de tutelle pour être déposés à l’Assemblée nationale depuis 2002.

Il y avait du désordre dans les règlements académiques qu’on a revus. Des schemes of service n’avaient pas non plus été approuvés par le comité depuis 2005, ce qui entravait le recrutement.

J’ai apporté des changements majeurs, élaborés dans mon bilan. Par exemple, nous avons entamé la première phase de l’Integrated Information System, soit l’informatisation pour améliorer l’administratif au département des finances, les ressources humaines, le procurement et les student affairs.

Non, ce n’est pas un problème de gestion. L’UTM est l’institution qui reçoit le moins d’argent de l’État. Avant que je n’arrive, le budget gouvernemental alloué était de Rs 9 millions par an. Là, c’est passé à Rs 20 millions mais cela représente uniquement 6 % de nos coûts d’opération.

Les coûts d’opération sont de Rs 223 millions annuellement. On doit trouver les fonds restants à travers les frais de scolarité et des activités. En termes d’infrastructures, on a promis aux étudiants une meilleure salle commune. Pour l’université de Maurice, le gouvernement alloue Rs 600 millions.

Est-ce normal que vous ayez autant de soutien de la ministre Leela Devi Dookun- Luchoomun ?

Posez-lui la question. Pourquoi est-ce si anormal ? La ministre m’a choisie sur la base de mon CV. C’est quelqu’un qui suit de près le progrès des institutions. Elle connaît le travail accompli.

J’ai trouvé des solutions aux problèmes dans la filière médicale. J’arrive à faire avancer l’institution malgré le manque de moyens financiers et une infrastructure dépassée dont la maintenance requiert beaucoup d’investissement.

Aurez-vous le courage de continuer, vu que votre contrat se termine en queue de poisson, du moins par rapport aux relations conflictuelles ?

Si je manquais de courage, je ne serais ni venue ni restée pendant tout ce temps. La majorité du personnel travaille d’arrache-pied pendant qu’une minorité se prélasse et se contente de critiquer le travail des autres sur le devant de la scène ou dans l’ombre.

Et vous laissez faire une telle situation ?

Je n’ai pas le pouvoir ni l’autorité de faire quoi que ce soit. Toute mesure disciplinaire revient au staff committee. Tout le monde voit ce qui se passe et cela ternit l’image de l’université. Cette publicité négative sert seulement les besoins de certains.

Il faudrait qu’ils réalisent qu’ils sont en train de «kras dan zot prop lasiet manzé». L’opposition a toujours été là et elle le restera. C’est la démocratie. Mais avec la liberté vient la responsabilité de nos actes et paroles.

Que devriez-vous changer dans votre comportement pour le bon fonctionnement de l’institution ?

La perfection n’existe pas. Tout humain doit toujours essayer de mieux faire. Ce que je peux faire, c’est de continuer à faire des efforts pour améliorer les procédures, les conditions de travail du personnel et l’informatisation, entre autres.

Et si votre contrat n’est pas renouvelé ?

J’ai travaillé pendant 26 ans à l’université de Maurice. Je suis présentement en congé avec cette institution. J’y retournerai. Je trouverai bien quelque chose.

Êtes-vous en guerre avec la Tertiary Education Commission qui analyse la qualité de l’UTM ?

Absolument pas. C’est une procédure normale pour l’audit de qualité. D’ailleurs, cela devait se faire depuis novembre 2013.

Évidemment, ce rapport aura un impact sur l’institution. Un tel exercice prend du temps. Tout se fait dans la transparence. Je n’ai rien à cacher.

BIO EXPRESS

Née en 1965, Sharmila Seetulsingh-Goorah a une licence en microbiologie de la School of Biological Sciences du Queen Mary College et une maîtrise en biochimie du King’s College London. Elle détient aussi un doctorat de l’université de New South Wales, en Australie. Comptant 26 ans de service à l’université de Maurice, elle a été responsable du département Health Sciences, de 2010 à 2012. Professeure associée au sein de cette institution, elle a pris un congé suivant sa nomination à la direction de l’université de Technologie, en juillet 2015.

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