Indépendance: raconte-moi le 12 mars 1968

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(de g. à dr.) France Palmyre, Shyam Oodunt et Jianmajai Saddul racontent leurs souvenirs.

(De g. à dr.) France Palmyre, Shyam Oodunt et Jianmajai Saddul racontent leurs souvenirs.

Le 12 mars 1968. Pour Shyam Oodunt, ancien footballeur, aujourd’hui âgé de 68 ans, c’est un jour à jamais gravé dans ses souvenirs. Il était parmi les milliers de Mauriciens qui étaient présents au Champ-de- Mars. «Zis midi, ris rouz, blé, zonn, ver», se remémore-t-il. Pour lui, il s’agit d’un moment historique qui représente le moment exact où les Mauriciens avaient le pouvoir entre les mains.

«J’avais des frissons. Il n’y avait aucun moyen de résister aux larmes qui me montaient aux yeux à ce moment. J’ai pleuré. Tout comme beaucoup de personnes qui ne contenaient plus leurs émotions, certains criaient si fort de joie… C’étaient des larmes de joie, on était libres», se souvient Shyam Oodunt, qui nous entraîne dans ses souvenirs.

Il venait alors d’avoir 18 ans et étrennait aussi son premier pantalon, car à l’époque on portait des shorts jusqu’à 16-17 ans. «On s’était levé tôt. On était déjà prêts plusieurs heures avant, de peur de rater le bus qui allait nous emmener du moulin à poudre au Champ-de-Mars. Une fois là-bas, nous avons dû nous agripper aux loges pour mieux voir ce qui se passait», poursuit le sexagénaire.

«On était enfin libres»

Jianmajai Saddul, 81 ans, a, lui, fait le trajet de Chamouny à Port-Louis pour vivre les célébrations du 12 mars 1968. «Ce n’était pas un moment facile à vivre. J’étais triste de voir les Anglais descendre leur drapeau mais si heureux de voir le nôtre s’élever. Cela signifiait qu’on était enfin libres, après avoir tant souffert.»

C’est d’ailleurs en connaissance de cause qu’il parle, ayant, dit-il, été témoin d’abus des colons. «Dimounn ti pov é si ti gagn ou pé rod manzé dan bwa bann-la pran ou al kit ou lwin, Tamarin, pou ou marsé ou révinn Chamouny», dit-il. Alors secrétaire de l’Arya Sabha du village, il menait la lutte avec le Dr Ramgoolam en faveur de l’éducation.

France Palmyre, octogénaire, n’avait, elle, pas fait le déplacement. Celle qui vivait alors à Ferney, dans le sud du pays, a suivi les célébrations à la télévision. «Il pleuvait énormément ce jour-là, à Ferney. Et avec toute la famille nous avons suivi l’événement à la télévision le soir. Comme nous n’avions pas de télévision à cette époque, nous nous sommes rendus chez le voisin», confie-t-elle.

Frictions raciales

Malgré la crainte qui l’étreignait à cette époque, notamment à cause des frictions raciales, France Palmyre se souvient surtout de la fierté ressentie. «Roger Palmyre, le Mauricien qui a eu l’honneur de hisser le quadricolore ce jour-là, était le cousin de mon mari», lâche-t-elle.

Plus loin, à Rose-Hill, Mahanee Lotun, alors âgée de 17 ans, ratait aussi les célébrations autour de l’Indépendance. Il faut dire qu’elle avait mieux à faire : elle se mariait civilement à son époux, Farid. «On s’est mariés vers 14 heures.» Quid de l’indépendance ? «J’ai suivi les célébrations à la télévision plus tard», dit-elle, sans culpabilité.

À la base, raconte la sexagénaire, elle souhaitait célébrer son mariage le jour de son anniversaire, le 29 mars, histoire de rendre la date encore plus mémorable. «Mon père a dit qu’il fallait que cela se fasse plus tôt et la date du 12 mars a été choisie.» Même s’il coïncidait avec un grand jour pour le pays, le mariage était «simple», se souvient Mahanee Lotun, qui est à présent veuve. «Un cyclone venait de passer sur l’île et de la famille était venue trouver refuge chez nous.»

Un cadeau

Retour dans le présent, chez les Mangapatty, où le 12 mars représente bien plus que le jour de l’indépendance. «Ma petite est née à cette date-là. C’est une véritable fierté pour nous», confie fièrement Cindy Mangapatty, mère de Nathanaëlle, qui fêtera aujourd’hui ses 10 ans. De poursuivre en détaillant l’heureux événement : «C’est notre cadeau. Je suis allée à la clinique à 5 heures du matin et à 6 heures, elle était déjà là.»

Née le jour de l’indépendance, aucun doute qu’à chaque anniversaire de sa fille, ce sont les couleurs du quadricolore qui s’imposent comme décor. «D’ailleurs, toutes les années, notre entrée est ornée de ces couleurs», indique Cindy. Et cette année ne fera pas exception.

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