Success story - Dakri: ça cartonne!

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Ils sont jeunes, beaux et ont de surcroît pris la relève de leur père à la tête de l’entreprise familiale qu’ils ont modernisée, avec succès. Portrait de la fratrie Dakri, élevée pour faire fructifier les acquis destinés à la prochaine génération.

On sent chez Nazir Dakri et ses soeurs jumelles, Aysha Dakri et Somaya Dakri-Moollan, une grande affection et une immense complicité. Il faut dire qu’il n’y a pas de grand écart d’âge entre eux. Le Managing Director de Dakri Cartons, usine située à Petite-Rivière, et ses soeurs approchent de la trentaine. Et ils ont une soeur aînée, Sabina Dakri-Hattea, qui gère un autre business de la famille, à Bambous.

Si Nazir Dakri est né à Londres et ses soeurs à Maurice, où leur père Hanif s’est établi au début des années 60, le sens des affaires coule dans le sang de cette famille originaire du Gujerat, en Inde, et ce, depuis des décennies. Celui qui a développé la combativité chez sa descendance est le grand-père paternel de Nazir Dakri, Ahmed.

Ce dernier, son épouse et leurs sept enfants, dont Hanif Dakri, le benjamin, ont vécu au Malawi, où ils possédaient une usine de textile florissante et une boutique d’usine vendant des «fancy dress que l’on ne porte qu’une ou deux fois dans une vie». À la décolonisation, la situation politique et économique du Malawi contraint Ahmed Dakri et les siens à partir en laissant pratiquement tous leurs biens derrière.

C’est à Londres qu’ils recommencent à zéro, s’installant à White Chapel, où Ahmed Dakri réplique le modèle de business qui leur avait réussi au Malawi. Pour ne jamais revivre une expérience similaire, il encourage ses enfants à aller s’installer dans différents pays et à démarrer leur propre affaire. «Notre grand-père voulait que ses enfants s’implantent dans différents pays afin qu’il y ait différentes positions de repli si cela s’avérait nécessaire. And the children worked to make things happen. Everything we do is for the next generation», raconte Nazir Dakri.

C’est ainsi qu’Hanif Dakri, leur père, vient s’installer à Maurice où la zone franche venait de démarrer ses opérations. Lui, dont le modèle de business est le rachat d’autres entreprises, achète Ravi Fashion à Rose-Hill. Mais la compétition avec les Hong-Kongais, déjà bien installés, est rude.

Grands besoins

Au bout de trois-quatre ans, Hanif Dakri décide de changer son fusil d’épaule mais pas de repartir. «Il y a chez nous le spirit of not failing. When we set out to do something, we have to do our level best», explique Nazir Dakri, qui ajoute que son père a tellement observé les rouages du textile, qu’il a réalisé qu’un des plus grands besoins du secteur est la boîte en carton. C’est ainsi qu’il rachète ABSON Pack Ltd, petite usine fabriquant du carton pour le textile.

Et fidèle à son modèle de business, Hanif Dakri abandonne Rose-Hill lorsqu’il rachète son concurrent le plus proche, à savoir Consolidated Packing Products, qui se trouve à Coromandel. Nazir, Aysha et Somaya Dakri, qui sont scolarisés à Maurice, se retrouvent tous les après-midi dans les locaux de l’usine. «C’était notre school playground.» Nazir Dakri est si fasciné par les machines qu’il passe son temps dans la production. Ce qui fait qu’il arrête l’école et vient travailler à l’usine. Son père l’oblige à connaître tous les départements. S’il n’a aucun mal avec les opérations, dans le bureau, en revanche, c’est une autre paire de manches. Il réalise alors qu’il n’a aucune maîtrise des choses et qu’il doit apprendre l’administration des affaires.

C’est ainsi qu’il entre au Charles Telfair Institute où il complète des études menant à un diplôme en Business Administration. Et c’est à l’université de Curtin, en Australie, où il se rend ensuite qu’il complète son Bachelor en la matière. Somaya Dakri étudie le Human Resources Management au Charles Telfair Institute alors que pour Aysha, c’est le Marketing et le Management.

Hanif Dakri, qui est en avance sur son temps, a de grandes ambitions maintenant que son pied est à l’étrier du carton. Il achète un terrain à Bambous, en 1996, et y fait construire une usine de recyclage de papier. Il y transfère aussi ses machines de production du carton. Il rebaptise son business Dakri Paper and Products Ltd. Il rachète ensuite Standard Carton, l’intégrant au site de production de Bambous. Avec cette manoeuvre, il devient le deuxième plus gros fabricant de carton à Maurice avec une production mensuelle de 600 000 mètres carrés de planches de carton.

Mais le recyclage nécessite une importante quantité de déchets et requiert de lourds volumes en eau. C’est à ce moment crucial que Nazir Dakri, qui maîtrise désormais la gestion, rentre au pays et rejoint l’entreprise familiale. On est en 2008. Il réalise que l’île n’est pas encore prête pour le recyclage et conseille de mettre un bémol à cette activité pour se concentrer sur la fabrication de planches en carton. Nazir Dakri va plus loin, estimant qu’il faut investir massivement pour informatiser les opérations de l’usine et convainc son père quant au bien-fondé de ses arguments. Hanif Dakri confie les rênes de l’usine à son fils et bien que le sexagénaire vienne à l’usine deux fois la semaine, il se fait discret. Mais Nazir Dakri sait qu’il peut compter sur les conseils avisés de son père lorsqu’il en a besoin. «He has the magical ability not to make us feel he is there», dit le jeune Managing Director.

Les jumelles rejoignent l’usine à leur tour et, étrangement, elles permutent leurs spécialisations. C’est donc Aysha Dakri qui finit par s’occuper des ressources humaines et des finances alors que Somaya Dakri-Moollan se charge de la production, du marketing et de la vente. Elles n’objectent pas au fait que la direction ait été confiée à leur frère. De toutes les façons, disent-elles, toutes les décisions sont prises en concertation avec elles. Et en cas de désaccord ? «L’opinion de mes soeurs est vitale pour moi. Si l’une ou l’autre n’est pas d’accord, je vais chercher à savoir pourquoi avant de me décider», déclare Nazir Dakri. Aysha Dakri et Somaya Dakri-Moollan estiment que chacun connaît son rôle et que leur frère est le patron. «Nous devons reconnaître qu’il a presque toujours raison.» Nazir Dakri ajoute que lorsqu’ils ont des décisions à prendre, lui et Somaya Dakri-Moollan sont en général sur la même longueur d’onde par rapport au développement de la compagnie tandis qu’Aysha Dakri est plus mesurée. «C’est normal car elle tient les cordons des finances», reconnaît Nazir Dakri.

En 2013, leur usine occupe la seconde place sur le marché. La même année, ils reçoivent l’offre de racheter la compagnie en pole position, soit la Mauritius Stationnery Manufacturers (MSM), basée à Petite-Rivière, et qui connaît des difficultés financières.  Dans l’optique de consolider leurs acquis, Nazir Dakri et ses soeurs n’hésitent pas. En sus de racheter MSM, ils investissent massivement dans les nouvelles technologies afin que les processus de fabrication soient informatisés. Cet investissement lourd leur permet de tripler leur production de carton, de fabriquer le même produit mais de meilleure qualité et de façon plus efficiente. Le plus gros de leur production va dans l’alimentaire puis le textile et finalement dans les usages généraux.

Pour qu’ils puissent travailler l’esprit tranquille, tout en ayant leurs enfants à portée de main, ils ont aménagé une crèche à l’usine pour leurs enfants qui sont suivis par une pédagogue.

Opportunités dans la région

Depuis 2010, ils ont démarré l’exportation sur La Réunion. Même si les choses n’étaient pas aussi simples au départ, ils envoient désormais trois conteneurs par semaine à l’île soeur et auraient souhaité implanter une usine sur place. Madagascar les intéresse aussi beaucoup, mais rien n’est décidé à ce niveau. Par contre, Nazir Dakri estime que le temps est arrivé de rouvrir une usine de papier recyclé à Maurice. Non seulement parce que le mot d’ordre national est de Go Green, mais pour qu’ils puissent

ne pas être tributaires des aléas du prix du papier importé et être en grande partie leur propre fournisseur. Ils sont en quête du montage financier à cet effet.

L’an dernier, Nazir Dakri et ses soeurs ont initié une opération de rebranding de l’entreprise de Petite-Rivière, simplifiant leur logo et leur slogan en Dakri Cartons – Excellence in a box. Ce qui leur a donné davantage de visibilité. Vu que leurs enfants passent énormément de temps à l’usine, leur transmettront-ils les valeurs du travail en famille et la nécessité de faire fructifier cet héritage ? «Nous sommes frères et soeurs. Eux seront cousins, ce qui n’est pas le même bonding. We raise them the best we can and we’ll let them do what they want to do. Time will tell…»

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