La vie dans la rue: le poignant récit de trois femmes SDF

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Beaucoup de femmes ont relevé le défi de l’ONG Passerelle, ce jeudi 8 mars.

Beaucoup de femmes ont relevé le défi de l’ONG Passerelle, ce jeudi 8 mars.

Mettre en avant les femmes. Souligner leurs différentes facettes et leurs luttes quotidiennes. Et les célébrer. Ce jeudi 8 mars, Journée internationale des femmes, elles étaient le centre d’intérêt de par le monde. À Maurice, loin des fêtes traditionnelles, l’organisation non gouvernementale (ONG) Passerelle est sortie des sentiers battus. Elle a choisi de braquer regards, caméras et projecteurs sur une dure réalité : celle des femmes sans domicile fixe (SDF) de l’île.
 

«Et si c’était toi ?» La question a été lancée, comme un défi que beaucoup ont relevé en faisant l’expérience, elles-mêmes, ce jeudi 8 mars. Mais, surtout, pour réveiller les consciences sur la vie de ces femmes qui passent leurs journées et leurs soirées dans les rues. Les chiffres compilés par Passerelle sont éloquents : «En moyenne 7 femmes par jour ont besoin d’un abri d’urgence.» Les femmes sont souvent les plus vulnérables en ce qui concerne la précarité et le risque de se retrouver à la rue, prouvent d’autres études. Cependant rien n’évoque l’urgence de mettre fin à cette situation que ces témoignages poignants de femmes qui ont connu la rue et tous ses maux…
 

Ornella Saumoreeah projette aujourd’hui l’image d’une femme forte. Ancienne SDF, elle a pu se stabiliser et a même trouvé un emploi. «Mon message aux femmes qui se retrouvent dans cette situation, c’est la prière. Il faut aussi savoir se tenir debout sur ses deux pieds», lance la femme âgée de 39 ans.

La leçon, elle l’aura apprise de la manière forte, l’an dernier. Lorsqu’elle s’est retrouvée à la rue avec ses trois enfants, du jour au lendemain. «Mo mari ti travay sékirité… Mé pa ti pé gagn kas régilié. Nou’nn roul propriéter mé finalman, an avril, nou’nn gagn pousé kouma lisien», raconte Ornella Saumoreeah. Au souvenir de ce mois d’avril, elle frémit. «Fréser pé dir mwa ki la.» De poursuivre sans se dérober : «Mo mari ek mo trwa zanfan dormi lagar Flacq. Nou’nn koné ki appel fouy poubel pou manzé…»
 

La gare routière sera le dernier arrêt de cette femme et ses enfants qui, dans un premier temps, avaient trouvé refuge près d’un kalimaye. Grâce à une radio privée, Passerelle, réussira à lui trouver un emploi au sein d’un car wash. Grâce à ce boulot, Ornella Saumoreeah parvient alors à économiser deux mois de loyer en avance. Un nouveau départ pour celle qui a un toit désormais.

Dans son malheur, Reena Manohur a, elle, eu moins de chance qu’Ornella. La rue a eu raison du bébé qu’elle portait et attendait tant. Encore sous le coup de la souffrance, la jeune femme a du mal à s’exprimer. Les larmes coulent silencieusement de son regard perdu dans le lointain.

«Elle a accouché d’un enfant qui était déjà mort dans son ventre il y a quelques jours», confie une volontaire de Passerelle qui connaît son parcours. Reena était enceinte et diabétique. Elle a vécu dans la rue, sans manger et boire, avant d’atterrir à Passerelle. Et éventuellement perdu son enfant. La jeune femme de 34 ans se remet petit à petit et apprend «à devenir une femme forte». C’est d’ailleurs la seule confession qu’elle nous fera.

«Monn bwar dépi mo éna laz 14 an… Tou mo fami ti’nn fini mor»

Martine I.V, qui n’a pas souhaité divulguer son nom, connaît, quant à elle, la rue depuis son enfance. Prenant son courage à deux mains, elle raconte que «dépi tipti, [mwa] ar [mo] mama nou ti mizer, nou pa tiéna nanyé». La suite, se souvient-elle, «nou inn démann sarité kot bann mizilman tousala». «Mo éna épilepsi, mo’nn res mantal é mo’nn paralizé tou ar sa malad-la», continue Martine.

Celle qui a longtemps dormi au Champ-de-Mars confie que le côté sombre de la rue, le pire de ce qu’elle peut offrir, ne lui est pas inconnu. «Boukou mésansté inn fer ar mwa, tou kalité kitsoz mo’nn trouvé, mo’nn tom partou.» De la mendicité dans la capitale pendant la journée à l’alcool. D’ailleurs, lâche-t-elle dans un sanglot, «monn bwar dépi mo éna laz 14 an… Tou mo fami ti’nn fini mor». À ce moment-là, elle n’arrive plus à contenir ses émotions, ni ses larmes et pousse un cri de douleur. Martine s’effondre dans les bras d’une employée de Passerelle, le poids de ces années de souffrance ne s’étant toujours pas estompée...

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